COVID-19 : POURQUOI SI PEU DE FEMMES « EXPERTES » INTERROGÉES ? - La Semaine Vétérinaire n° 1882 du 15/01/2021
La Semaine Vétérinaire n° 1882 du 15/01/2021

EXPRESSION

LA QUESTION EN DÉBAT

Auteur(s) : CHANTAL BÉRAUD

Selon le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), les experts questionnés par les médias sur le Covid-19 et ses conséquences, durant le premier confinement, étaient… des hommes à 80 % ! Les médias ont en revanche plutôt invité les femmes à raconter leurs expériences de « mamans confinées » ou de victimes de violences. Qu’en pensez-vous ?

AUX « EXPERTES » APPARTIENDRA L’AVENIR

CHRISTIAN DIAZ (T 81)

Praticien canin à Balma (Haute-Garonne) et président de l’Association francophone des vétérinaires praticiens de l’expertise (AFVE)

D’après l’Atlas démographique CNOM 2018, 64 % des médecins en activité de moins de 35 ans sont des femmes, alors qu’elles sont moins de 30 % parmi les plus de 65 ans. Or c’est dans cette seconde tranche que les médias recrutent leurs experts. En fait, on est souvent considéré comme un expert quand on est vieux, voire très vieux. C’est la confusion âge/expérience qui joue, donc actuellement mathématiquement au détriment des femmes. Si les médias interviewaient des jeunes, il devrait donc y avoir davantage de femmes représentées. Mais un jeune, sauf exception, n’est pas un expert médiatiquement crédible, il est plutôt interviewé en tant que chercheur, malgré ses connaissances. De plus, les talents de communication ainsi que les relations apparaissent plus importants que les compétences propres… La communication durant cette crise sanitaire n’a donc pas invalidé l’adage selon lequel celui qui sait fait. Celui qui ne sait pas faire enseigne. Celui qui ne sait ni faire ni enseigner… est expert !

MESSIEURS, VOUS AVEZ ENCORE QUELQUES ANNÉES DEVANT VOUS !

YOLANDE DAVID (N 04)

Vétérinaire mixte à Sens-de-Bretagne et à Antrain (Ille-et-Vilaine)

Effectivement, il n’y a eu que très peu d’interviews de femmes scientifiques. Hasard ou pas ? Même dans notre profession, où la représentation féminine est forte, les postes à responsabilité sont plus nombreux à être tenus par des hommes. C’est notamment vrai pour la composition des bureaux à l’AFVAC, l’Avef, la SNGTV, l’Ordre ou le SNVEL. Des explications à cela ? La vie de famille revient encore bien souvent à la charge des femmes, ce qui leur laisse moins de temps pour assumer, en plus de leur métier, un poste à responsabilité souvent très chronophage ! Les femmes sont aussi moins attirées par la compétition, parfois par manque de confiance en elles d’ailleurs… Cependant, il reste que les femmes présentes dans nos instances professionnelles sont tout de même consultées régulièrement pour donner leur avis. C’est un premier pas vers une évolution des mœurs. Mœurs qui continueront à s’améliorer avec les prochaines générations.

IL Y A ENCORE UNE IMAGE D’ÉPINAL DE « L’EXPERT »

EMMANUEL THEBAUD (N 97)

Directeur communication et marketing pour Coveto, à Montaigu (Vendée)

J’y vois un double effet d’inertie. Le premier reste comptable. L’égalité des genres est en passe de devenir une évidence pour tous mais il reste du chemin pour atteindre la parité effective. Pendant des décennies, les postes à responsabilité, à visibilité médiatique, étaient de facto destinés aux hommes. Le rééquilibrage s’accélère mais n’est pas encore achevé. Sans juger de leur compétence individuelle, il demeure sans doute encore plus d’experts hommes disponibles sur le marché que de femmes… Les choses devraient changer dans les années à venir. Le deuxième effet d’inertie est plus insidieux. Le monde médiatique est un monde d’immédiateté, de lisibilité. L’expert que l’on interroge doit être, si possible, identifié comme tel au premier coup d’œil. Le poids des représentations est très fort. Le stéréotype dominant, de « l’expert », reste un homme blanc, d’au moins 40 ans, en costume-cravate. Plus ou moins consciemment, les médias s’orientent mécaniquement vers ce type de profil. C’est terrifiant à écrire mais, culturellement, se diriger vers « une experte » demande encore une sorte d’effort conceptuel, une démarche volontariste.

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