MÉDICAMENTS ET INSUFFISANCE RÉNALE : IDENTIFIER LES SITUATIONS À RISQUE - La Semaine Vétérinaire n° 1868 du 25/09/2020
La Semaine Vétérinaire n° 1868 du 25/09/2020

IATROGÉNIE

PRATIQUE CANINE FÉLINE NAC

FORMATION

Auteur(s) : MYLÈNE PANIZO

CONFÉRENCIER

JACQUES BIETRIX, praticien à la clinique vétérinaire de l’Arche (Valence, Drôme) et membre du comité de suivi des médicaments vétérinaires à l’Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV).

Article rédigé d’après une présentation faite à l’Association française des vétérinaires pour animaux de compagnie (AFVAC) à Lyon, en novembre 2019.

De nombreux médicaments peuvent entraîner des effets indésirables par altération de la fonction rénale, certains sont bien connus, comme les anti-inflammatoires non-stéroïdiens (AINS) ou les diurétiques. Chez l’humain, environ 20 % des insuffisances rénales aiguës sont pharmaco-induites. Il n’y a pas de données sur le sujet en médecine vétérinaire, mais les effets indésirables rénaux des médicaments sont généralement décrits comme étant rares dans les résumés des caractéristiques du produit (RCP) des médicaments. Ils peuvent cependant être très graves pour l’animal et certains contextes favorisent leur apparition. Il est donc indispensable de connaître les situations à risque, afin de prévenir et, le cas échéant, de prendre en charge efficacement les animaux.

Situations à risque

Plusieurs facteurs peuvent augmenter le risque d’apparition d’un effet indésirable rénal :

- L’âge : les jeunes animaux (de moins d’un an, probablement en lien avec des anomalies rénales congénitales), ainsi que les chiens de plus de 8 ans et les chats de plus de 12 ans sont surreprésentés dans les déclarations enregistrées à l’ANMV1.

- Les antécédents médicaux : insuffisance rénale, infection du tractus urinaire, urolithiase, intoxication, etc. Toute altération de la fonction rénale, même subclinique, peut accroître le risque de développement d’effets indésirables rénaux.

- L’état du patient au moment de l’administration du traitement : hypovolémie, déshydratation, hémorragie, insuffisance cardiaque, choc septique, etc.

- Les affections systémiques concomitantes : les insuffisances rénale ou hépatique, l’hypoalbuminémie, le diabète sucré ou encore la présence d’une hypertension artérielle systémique peuvent altérer la fonction rénale mais aussi le métabolisme des médicaments.

Précautions à prendre

Il est important de corriger une éventuelle déshydratation ou hypovolémie chez un animal avant tout traitement potentiellement néphrotoxique. Il est indispensable d’évaluer la fonction rénale au préalable chez les patients à risque (recherche d’une éventuelle polyuro-polydipsie, palpation rénale, analyse d’urine, créatinémie, dosage de la diméthylarginine symétrique [SDMA]). Il convient d’éviter autant que possible les associations de médicaments néphrotoxiques : il est nécessaire d’être vigilant lors de l’association d’un AINS et d’un inhibiteur du système rénine-angiotensine-aldostérone (SRAA) ou d’un AINS et d’un diurétique. L’utilisation d’un AINS au cours d’une anesthésie présente également un risque car cette dernière peut provoquer une hypotension et une baisse de la perfusion rénale. Chez le chat, 60 % des cas déclarés de maladie rénale associée au méloxicam l’étaient dans un contexte anesthésique1.

Les animaux doivent être surveillés pendant toute la durée d’un traitement à base d’un médicament potentiellement néphrotoxique, particulièrement au cours de la première semaine (délai de survenue de la majorité des effets indésirables rénaux). Il est toujours conseillé de trouver la dose minimale efficace et de suivre l’évolution clinique et biologique de l’animal. Le propriétaire doit être attentif aux symptômes suivants : anorexie, troubles digestifs, amaigrissement, apathie, etc.2. Le traitement d’une insuffisance rénale aiguë (IRA) pharmaco-induite comprend principalement l’arrêt du traitement incriminé, la mise en place d’une fluidothérapie par voie intraveineuse et la surveillance de la diurèse et de la kaliémie. Le pronostic est toujours réservé, en particulier pour les IRA oligo-anuriques.

Il est important de toujours se reporter au RCP du médicament avant prescription, et de déclarer à l’ANMV tout effet secondaire suspecté.

1. Caria M., Rougier S., Begon E. et coll. Néphrotoxicité des médicaments vétérinaires : étude rétrospective des cas de pharmacovigilance déclarés chez le chien et le chat, Le Point Vétérinaire, 2019 ; 50(396) : 28-35.

2. Monteiro-Steagall B.P., Steagall P.V.M., Lascelles B.D.X., Systematic review of nonsteroidal anti-inflammatory drug-induced adverse effects in dogs, J Vet Intern Med., 2013, Sep-Oct ; 27(5) : 1011-9.

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