AIDE À LA DÉCISION ÉTHIQUE EN CAS DE DOULEUR CHRONIQUE - La Semaine Vétérinaire n° 1868 du 25/09/2020
La Semaine Vétérinaire n° 1868 du 25/09/2020

OUTIL

PRATIQUE CANINE FÉLINE NAC

FORMATION

Auteur(s) : LORENZA RICHARD

Conférencière

ALESSANDRA BERGADANO, professeure à l’université de Berne (Suisse)

Article rédigé d’après une conférence présentée lors de la Journée Douleur animale organisée par CAPdouleur en novembre 2019 à Lyon (Rhône).

Pour Alessandra Bergadano, professeure à l’université de Berne, « dans les cas de douleurs chroniques où la qualité de vie de l’animal est mise en question, une réflexion éthique s’impose au vétérinaire. Avec une approche structurée prenant en compte l’intérêt de l’animal, il est possible de faire le choix entre continuer à administrer un traitement, le changer, ou bien tout arrêter. » Le vétérinaire, qui a déontologiquement l’obligation de reconnaître, traiter et prévenir la douleur, dispose en effet désormais de nombreuses possibilités diagnostiques et thérapeutiques selon le type de douleur relevée ou son évolution. Dans les cas chroniques, il peut également proposer certaines mesures en complément pour moduler différents processus physiopathologiques et augmenter le succès thérapeutique, comme la physiothérapie, l’acupuncture, etc.

Pouvoir n’est pas devoir

Cependant, pour notre consœur, l’approche de la douleur ne doit pas être que technique, mais aussi éthique, et s’inscrire dans une démarche de compassion. « Ce n’est pas parce qu’on peut traiter, qu’on doit toujours le faire », insiste-t-elle. La question est de se demander si les thérapies appliquées sont toujours adaptées, et d’en analyser les bénéfices par rapport à leurs inconvénients ou leurs risques. Un curseur doit être placé par le praticien entre la douleur ou la diminution de qualité de vie qui peut être supportée par l’animal et ce qui n’est plus acceptable. C’est pourquoi Alessandra Bergadano et ses collègues1 ont eu l’idée de créer le tableau éthique VET, pour Veterinary Ethics Tool, afin d’aider les vétérinaires à trouver une limite et prendre une décision dans les cas difficiles, en tenant compte de la triade animal-propriétaire-vétérinaire.

Dans le cas de douleurs chroniques, le praticien doit lister des options de traitement, en préférer une et la tester avec le VET. Si un score vert est obtenu dans tous les domaines, le traitement peut être instauré ; si c’est un score rouge ou orange dans un ou plusieurs domaines, une solution alternative doit être recherchée.

Évaluation systématique de la douleur

Pour quantifier la douleur de l’animal de façon objective, il convient de déterminer un score multiparamètre. En plus de l’examen clinique, de la palpation et des examens complémentaires si besoin, le propriétaire peut être invité à remplir un questionnaire spécifique2, afin d’évaluer l’effet émotionnel de la douleur. L’observation du comportement de l’animal et de ses modifications (jeu, agressivité, etc.) est importante pour préciser sa qualité de vie. L’évaluation régulière de la douleur par le biais du « score » permet d’apprécier son évolution au fil du temps, et d’adapter le traitement. Alessandra Bergadano conseille d’accompagner chaque consultation d’un diagnostic de douleur, car « nous ne pouvons pas toujours savoir que notre patient a mal, mais nous pouvons faire de notre mieux pour nous assurer qu’il n’a pas mal ».

Comité éthique

Notre consœur invite également à créer un comité d’éthique dans chaque structure, pour contribuer à l’analyse éthique des traitements. Il peut être minimal, et composé du vétérinaire et d’un auxiliaire vétérinaire, par exemple, qui donne sa vision sur la douleur et la qualité de vie. Le but est d’instaurer une culture du soin, qui montre l’approche scientifique et l’engagement des praticiens pour améliorer le bien-être des animaux, en toute transparence pour les propriétaires.

1. Grimm H., Bergadano A., Musk G.C., Otto K., Taylor P.M., Duncan J.C. (2018) : Drawing the line in clinical treatment of companion animals : recommendations from an ethics working party, Vet Rec. 2018.

2. Index de douleur chronique d’Helsinki, Grille d’Helsinki modifiée de l’application Dolodog de CAPdouleur, Canine brief pain inventory (CBPI), Questionnaire de l’école vétérinaire de l’université de Glasgow (GUVQuest), etc.

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