LES ALTERNATIVES AUX CORTICOÏDES - La Semaine Vétérinaire n° 1866 du 11/09/2020
La Semaine Vétérinaire n° 1866 du 11/09/2020

DERMATOLOGIE

PRATIQUE CANINE FÉLINE NAC

FORMATION

Auteur(s) : MYLÈNE PANIZO

CONFÉRENCIÈRE

CÉLINE DARMON, diplômée ECVD, spécialiste en dermatologie, praticienne au Centre hospitalier vétérinaire (CHV) Frégis, Arcueil, Val-de-Marne Article rédigé d’après un webinaire organisé par le Centre hospitalier vétérinaire Frégis en avril 2020

Les corticoïdes ont longtemps été le seul traitement efficace disponible dans la gestion du prurit, en particulier dans le cadre de la dermatite atopique canine (DAC). Leurs effets secondaires indésirables sont bien connus. Dans un contexte de DAC, le prurit est chronique et évolue par poussées. Un chien atopique le sera toute sa vie, il est donc important, dès le diagnostic, de proposer des traitements sécurisés. Actuellement, chez le chien, plusieurs alternatives existent. Le choix se fait en fonction du profil de l’animal à traiter, de l’efficacité, de l’innocuité et du coût du traitement.

Les effets délétères des corticoïdes en dermatologie

Les corticoïdes réduisent rapidement le prurit et ont un coût abordable. Cependant, ils ont de nombreux effets secondaires : alopécie (généralement tronculaire), finesse cutanée, état kérato-séborrhéique, comédons, calcinose cutanée. Les conséquences systémiques sont également bien connues : syndrome de Cushing iatrogène, amyotrophie, troubles digestifs, polyuro-polydipsie, etc. Les corticoïdes sont contre-indiqués chez les animaux diabétiques, insuffisants rénaux ou cardiaques, les individus en croissance et les immunodéprimés.

L’utilisation de corticoïdes topiques proactifs (acéponate d’hydrocortisone) en « week-end thérapie » (deux jours de suite par semaine, même en l’absence de lésion) permet de diminuer l’intensité des poussées prurigineuses. Il est cependant nécessaire de suivre l’animal car des effets secondaires dermatologiques peuvent apparaître sous corticothérapie locale, comme ceux cités précédemment. En outre les corticoïdes restent très utiles dans le cadre de la gestion multimodale d’une otite hyperplasique.

Des alternatives efficaces

Deux autres molécules allient efficacité, rapidité d’action et rares effets secondaires, ce qui en fait un traitement de première intention chez les chiens atopiques : l’oclacitinib (Apoquel) et le lokivetmab (Cytopoint) 1. Dans les deux cas, le coût peut apparaître comme un frein à leur utilisation, mais il est nécessaire de bien informer le propriétaire sur les différentes options thérapeutiques. Il convient de lui expliquer que la dose du médicament sera probablement diminuée au cours du temps et qu’un traitement de fond permettra de réduire les risques de poussées inflammatoires et d’infections secondaires, et ainsi d’espacer les visites vétérinaires.

- Le lokivetmab est un anticorps monoclonal caninisé ciblant l’interleukine-31 canine. Le prurit disparaît entre 24 et 48 heures après l’administration. Il n’y a pas d’âge minimal pour son utilisation, mais il doit être prescrit chez les chiens de plus de 3 kg. La posologie est de 1 mg/kg par voie sous-cutanée, une fois par mois ; en cas de bonne réponse au traitement, les injections peuvent être espacées.

- L’oclacitinib est un inhibiteur sélectif des enzymes janus kinases (dont le rôle est d’activer des cytokines pro-inflammatoires). Cette molécule ne doit pas être prescrite aux chiens âgés de moins d’un an, à ceux pesant moins de 3 kg et aux animaux immunodéprimés. La posologie est de 0,4 à 0,6 mg/ kg, 2 fois par jour pendant 14 jours, puis une fois par jour. Il convient ensuite de trouver la dose minimale efficace.

- La ciclosporine a également une action antiprurigineuse efficace. Elle est contre-indiquée chez les chiens de moins de 2 kg et âgés de moins de 6 mois, ainsi que chez les chiens diabétiques et insuffsants rénaux. Son principal inconvénient est son mode d’action très lent : il faut attendre entre 2 et 4 semaines pour constater une diminution du prurit. Pour cette raison, elle est de moins en moins utilisée en pratique lors de DAC. La ciclosporine est cependant un bon traitement pour la gestion des fistules anales, ou lors d’échec thérapeutique avec le lokivetmab et l’oclacitinib.

- Gérer efficacement une DAC impose un suivi régulier de l’animal ainsi qu’un traitement multimodal : traitement des surinfections, traitement de fond, hydratation cutanée, lutte contre les parasites externes, administration d’acides gras essentiels, etc.

1. Chez le chat, le lokivetmab ne peut pas être utilisé car c’est un anticorps caninisé, et l’oclacitinib ne possède pas d’AMM dans cette espèce.

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