LA CHAÎNE DE L’ENTRAIDE VÉTÉRINAIRE EN ACTION - La Semaine Vétérinaire n° 1861 du 03/07/2020
La Semaine Vétérinaire n° 1861 du 03/07/2020

CORONAVIRUS

ANALYSE

Auteur(s) : TANIT HALFON

Face à une situation sanitaire et économique sans précédent, la profession vétérinaire peut compter sur le soutien du réseau des organismes d’entraide vétérinaire.

On dit que la profession vétérinaire est une grande famille. Il est vrai qu’en cas de difficultés le vétérinaire dispose de soutiens financiers, juridiques et psychologiques de la part de multiples organisations professionnelles faisant de l’entraide sociale. Dans ce contexte particulier de crise sanitaire, toutes ont répondu présent. « Depuis le début de la crise, le fonds d’action social (FAS) de la Caisse autonome de retraites et de prévoyance des vétérinaires (CARPV) se réunit une fois par semaine pour évaluer les dossiers des demandeurs d’aides et y répondre le plus rapidement possible », explique Corinne Bisbarre, l’une des vétérinaires administratrices et aussi responsable de la commission gestion et prévention des risques du Conseil national de l’Ordre des vétérinaires (CNOV). Ainsi, le FAS de la CARPV a mis en place un fonds spécial Covid-19 de 215 133 €, soit 45 % du budget total annuel du FAS, dont 122 463 € qui proviennent de la Caisse nationale d’assurance vieillesse des professions libérales (CNAVPL). Jusqu’ici, les aides financières pour répondre à la pandémie proviennent surtout de la CARPV et, dans une moindre mesure, de l’Ordre1. « Les offres de la CARPV sont de deux niveaux : prise en charge des cotisations retraites pour les mois concernés par une baisse d’activité et, pour les cas les plus sérieux, aide exceptionnelle, plafonnées à 2 500 €, détaille-t-elle. Du côté du CNOV, le premier niveau d’aide consiste en la prise en charge de la cotisation ordinale par le fonds d’action sociale de l’Ordre. Le cas échéant, une aide supplémentaire2 peut être attribuée. »

Identifier les profils à risque

L’enquête réalisée par l’Ordre, au nom de toutes les organisations professionnelles engagées dans l’entraide, quelques semaines après le début de la crise, a permis de cerner les profils des praticiens à soutenir en priorité. « Il s’agit des personnes à la santé fragile ou malades ou accompagnant un proche à risque, de ceux ayant totalement cessé leur activité, des vétérinaires avec plus de 50 % de réduction de leur chiffre d’affaires, des jeunes installés ayant subi une baisse de chiffre d’affaires de plus de 30 %, car ils ont généralement des emprunts importants, et enfin des collaborateurs libéraux, car ce sont souvent des jeunes vétérinaires disposant de peu de réserve de trésorerie, liste la vétérinaire. Nous avons, par exemple, eu à étudier quelques dossiers de vétérinaires installés depuis janvier 2020. » Ces profils n’exonèrent pas d’une gestion au cas par cas, et le déblocage d’une aide financière ne se fait qu’après « un examen collégial minutieux » des dossiers. « Jusqu’à présent, le fonds d’action sociale de l’Ordre a reçu peu de dossiers. En parallèle, les conseils régionaux traitent en interne les demandes de prises en charge de la cotisation. Côté CARPV, 46 dossiers ont été traités au 25 juin, compte-t-elle. Et il en reste encore qui arrivent progressivement - presque 50 en une semaine - comme si, passée une première phase de sidération, les vétérinaires en souffrance tentaient de s’organiser. » Face à cet afflux de demandes, « nous pensons, grâce à l’union de toutes les organisations professionnelles d’entraide, pouvoir faire face, soutient Corinne Bisbarre. Par exemple, s’il le faut, nous mobiliserons une partie des réserves du fonds d’action sociale de l’Ordre. »

Négocier

Le soutien aux entreprises vétérinaires ne se résume pas à une prise en charge financière spécifique à la profession, le Syndicat national des vétérinaires d’exercice libéral (SNVEL) y veille, comme l’explique Éric Lejeau, son secrétaire général. « Notre action se situe à une échelle plus globale, afin d’éviter autant que possible le recours aux caisses d’entraide vétérinaire », expli­que-t-il. Au programme : des négociations avec les pouvoirs publics. « Il a fallu négocier assez fermement, jusqu’aux plus hauts sommets de l’État, pour que la profession vétérinaire soit intégrée au dispositif d’indemnisation du chômage partiel, indique-t-il. Aujourd’hui, des discussions se poursuivent avec les prévoyances pour faire avancer le dossier des indemnités complémentaires pour gardes d’enfants. » De manière générale, le syndicat s’est assuré de l’éligibilité des entreprises vétérinaires aux différentes mesures annoncées pour les libéraux par le gouvernement, mais a également discuté avec les assureurs pour que des mesures exceptionnelles soient prises pour les vétérinaires libéraux. « Notre action est aussi d’aider le vétérinaire à travailler le plus efficacement possible et à obtenir une bonne rentabilité. C’est dans ce sens que nous avons créé, en partenariat avec Boehringer, Vet’Inspire, une plateforme d’échanges entre vétérinaires, afin que l’expérience de chacun puisse profiter à tous, notamment pour la préparation au déconfinement. » Cela dit, Éric Lejeau se veut optimiste : « On se rend compte que les gens reviennent massivement dans les cliniques. Reste néanmoins une incertitude liée à l’impact potentiel d’une crise économique globale sur l’activité des vétérinaires. »

1. L’Association centrale d’entraide vétérinaire (ACV) et l’Association française de la famille vétérinaire (AFFV) peuvent également attribuer des aides financières exceptionnelles.

2. Contacter son conseil régional ordinal ou directement le FAS de l’Ordre (action-sociale@ordre.veterinaire.fr) pour bénéficier d’une aide exceptionnelle.

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