UNE NOUVELLE MÉTHODE D’ÉVALUATION DU STRESS THERMIQUE - La Semaine Vétérinaire n° 1859 du 19/06/2020
La Semaine Vétérinaire n° 1859 du 19/06/2020

VACHE LAITIÈRE

PRATIQUE MIXTE

FORMATION

Auteur(s) : CLOTHILDE BARDE

CONFÉRENCIER

D. BAR, SCR Engineers, Netanya (Israël).

Article rédigé d’après une conférence présentée lors du congrès de la SNGTV à Nantes (Loire-Atlantique), du 15 au 17 mai 2019.

Les périodes de fortes chaleurs sont de plus en plus étudiées en élevage laitier et allaitant du fait de leurs conséquences négatives sur la production et sur le bien-être des animaux1, 2, 3. L’évaluation du statut thermique de l’animal (mesure de l’hyperventilation4), en utilisant une méthode fiable, pratique et non invasive, faciliterait la gestion des troupeaux laitiers durant les périodes de forte chaleur. Or, actuellement, les méthodes de diagnostic existantes sont invasives, difficiles à mettre en œuvre et non robustes.

Des premières preuves existent

Les bovins ont pourtant la capacité de s’intéresser à leurs congénères et aux caractéristiques de leur environnement (disponibilité de l’alimentaire, notamment)6. Selon les résultats d’une étude datant de 20107, il semblerait que le comportement d’apprentissage soit important dans cette espèce. Des génisses de race prim’holstein avaient été formées à appuyer sur un panneau pour accéder à une récompense alimentaire. Leur fréquence cardiaque a augmenté pendant les séances au cours desquelles leurs performances d’apprentissage se sont améliorées. De plus, elles ont eu tendance à se déplacer plus vigoureusement que les génisses témoins n’ayant pas fait l’objet d’un apprentissage. Certaines ont même présenté un comportement de jeu après l’ouverture de la porte. Les auteurs en ont conclu, avec prudence, qu’il s’agissait de preuves d’une réponse émotionnelle positive (« excitation ») à l’apprentissage.

Hyperventilation et température corporelle

C’est pourquoi, dans cette étude, une équipe de chercheurs s’est intéressée aux capteurs accéléromètres sur collier (HR-LDn). Ils ont cherché à déterminer si ces outils étaient capables de mesurer une respiration difficile (RD) et s’ils permettaient de donner, de façon fiable, le statut thermique de vaches laitières hautes productrices et de vaches taries. Ils ont, en outre, tenté d’évaluer leur capacité à mesurer la réponse des vaches soumises à une stratégie de rafraîchissement (ventilation et brumisation). Pour cela, 10 animaux en fin de tarissement et 20 vaches hautes productrices autour du pic de lactation d’un élevage laitier d’environ 300 vaches prim’holstein, situé dans la vallée de Jordanie (Israël), ont été équipées d’une sonde de mesure de la température intravaginale et de colliers accéléromètres HR-LDn. Les vaches sont traites trois fois par jour, avec des périodes de rafraîchissement régulières avant et après la traite. La relation entre la température vaginale et la proportion de vaches enregistrées avec une RD moyenne sur trois périodes de 24 heures a été étudiée distinctement pour chaque groupe.

Un outil intéressant à développer

Alors que les températures journalières oscillent entre 23 et 37 °C, les résultats révèlent que la température vaginale des vaches laitières a dépassé 39 °C à plusieurs reprises dans la journée. La proportion de vaches ayant une RD suit alors les variations de leur température corporelle avec un pic supérieur à 50 % deux fois dans la journée. Par ailleurs, les animaux présentent une RD (accéléromètre) avant que leur température vaginale ne s’élève. La proportion de vaches dont la respiration est difficile augmente d’environ 10 % chaque fois que la température vaginale progresse de 0,5 °C entre 39 et 40,5 °C. De plus, lorsque le comportement de RD atteint ou dépasse 10 % des animaux, la température corporelle est alors de 39 °C ou plus.

Par conséquent, d’après les résultats de cette étude, il semblerait que le collier accéléromètre, qui permet la mesure en continu du comportement de RD, soit intéressant pour une stratégie de rafraîchissement. Cela pourrait permettre d’optimiser la conduite d’élevage durant les périodes de forte chaleur et de réduire ainsi les effets du stress thermique sur la production des vaches laitières.

1. Karimi et coll., 2015, J. Dairy Sci., 98: 10, 6865-6875.

2. Garner et coll., 2017, Animal Prod. Sci., 57: 7, 1233-1241.

3. Polsky and von Keyserlingk, 2017, J. Dairy Scr., 100: 11, 8645-8657.

4. Gaughan and Mader, 2014, Int. J. of biometeorology, 58:7, 1443-1450.

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