ÉVALUATION ET VARIATIONS DE LA COBALAMINÉMIE - La Semaine Vétérinaire n° 1859 du 19/06/2020
La Semaine Vétérinaire n° 1859 du 19/06/2020

ÉTUDE

PRATIQUE CANINE FÉLINE NAC

FORMATION

Auteur(s) : TAREK BOUZOURAA

Tout comme chez l’humain, la cobalamine (vitamine B12) est un cofacteur essentiel des enzymes intracellulaires méthionine synthase et méthylmalonyl-CoA mutase impliquées dans plusieurs voies métaboliques, dont le cycle de Krebs. Son rôle est donc central et de plus en plus considéré chez les animaux de compagnie. L’évaluation du bilan d’absorption (au minimum cobalaminémie et dosage sérique des folates) est désormais accessible en routine. Les variations de la cobalaminémie ont plusieurs origines et implications pronostiques. Une récente revue de la littérature1 aborde le métabolisme de la cobalamine chez les animaux de compagnie, le diagnostic et la prise en charge de ses variations.

Quand doser la cobalaminémie ?

L’évaluation de la cobalaminémie est indiquée lorsqu’une affection causant un déficit est envisagée (entéropathie chronique, insuffisance pancréatique exocrine ou contexte racial). Il existe plusieurs modalités d’évaluation de la cobalaminémie, dont une méthode de chimiluminescence automatisée qui est la plus employée actuellement en laboratoire. Les valeurs de référence renseignées varient entre les structures, mais sont généralement comprises entre 300 et 1 000 ng/l. Une méthode d’immunologie est également disponible uniquement chez le chien, toutefois les résultats diffèrent significativement de ceux obtenus par la première méthode renseignée.

Différencier une hypocobalaminémie sans conséquence d’une véritable carence

L’interruption d’activité de la méthionine synthase (intracytoplasmique) entraîne une augmentation d’homocystéine principalement (et de folates dans une moindre mesure), tandis que l’arrêt de la méthylmalonyl-CoA mutase engendre une accumulation de méthylmalonyl-CoA. L’élévation des concentrations intracellulaires de ces deux métabolites serait un marqueur plus précoce de dysfonctionnement du métabolisme de la cobalamine. Cependant, en dépit d’une sensibilité accrue pour le dépistage d’une hypocobalaminémie débutante, la spécificité du métholmalonyl-CoA est réduite, tandis que celle de l’homocystéine est encore plus faible. Un idéal serait donc de pouvoir mesurer conjointement la cobalaminémie et les concentrations en méthylmalonyl-CoA et homocystéine, même si cela n’est pas réalisable en routine mais pourrait le devenir dans un futur proche. L’évaluation groupée permettrait de séparer des chiens présentant une hypocobalaminémie sans conséquence fonctionnelle (sans modification des autres métabolites) d’une carence vraie en cobalamine (avec accumulation et majoration des deux autres métabolites).

L’hypercobalaminémie, un possible biomarqueur tumoral

Auparavant, une hypercobalaminémie n’était pas considérée comme une anomalie biologique. Cependant, ces dernières années, plusieurs études ont révélé que 14 % des chats et 2 à 36 % des chiens pouvaient présenter une hypercobalaminémie avec une origine propre. Ainsi, une hypercobalaminémie peut-être objectivée chez des chats présentant une affection néoplasique, hématologique, hépatique, voire rénale. Chez le chien, une hypercobalaminémie peut suggérer une entéropathie, voire possiblement une atteinte néoplasique.

La supplémentation suit un protocole rigoureux

Lorsqu’une supplémentation est jugée nécessaire, la cyanocobalamine est privilégiée, car elle est facilement accessible et bon marché. Le protocole recommandé lors d’entéropathie chronique avec hypocobalaminémie nécessite une injection sous-cutanée de 50 mg/kg tous les 7 jours ou une administration orale journalière de 50 mg/kg. Le protocole injectable requiert 6 injections, puis une septième 1 mois plus tard, suivie d’un contrôle de la cobalaminémie 1 mois après la dernière dose. Le protocole oral nécessite une administration journalière durant 12 semaines. Il est accepté qu’un éventuel surdosage n’entraîne pas de toxicité sur l’organisme.

1. Kather S., Grützner N., Kook PH et Coll. Review of cobalamin status and disorders of cobalamin metabolism in dogs. J. Vet. Intern. Med. 2019;33:1-16.

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