PROJET D’AGENCEMENT : COMMENT BIEN S’Y PRENDRE ? - La Semaine Vétérinaire n° 1857 du 05/06/2020
La Semaine Vétérinaire n° 1857 du 05/06/2020

TRAVAUX

ENTREPRISE

Auteur(s) : JACQUES NADEL

Les agenceurs doivent répondre aux besoins des vétérinaires et à leurs impératifs de budget serré. Avec une bonne préparation, l’aménagement de sa clinique n’en sera que facilité.

Un agencement ne se décide pas dans la précipitation. « Il faut se donner au moins six mois pour penser le projet, en y associant le plus en amont possible les agenceurs », conseille Christine Laudoueineix, architecte d’intérieur et commercial d’Athex. Il convient de prendre le temps d’aller voir des confrères récemment réagencés, sans s’en tenir aux références communiquées par l’agenceur qui leur sont souvent favorables. Le mieux est de pouvoir approcher de nouvelles réalisations par d’autres canaux (grossistes, commerciaux des laboratoires, groupements d’achats, etc.). Le fait de discuter avec des confrères, de consulter les sites des agenceurs afin de visualiser leurs dernières réalisations, de piocher des idées autour de soi, etc. permet de mettre son sens critique en éveil. Grâce à ce premier travail de recherche personnelle, il sera plus facile d’éliminer les agenceurs qui se contentent de vendre des meubles au profit de ceux capables de déterminer les besoins précis de la clinique vétérinaire. « L’agenceur n’est pas maître d’œuvre, on l’attend donc sur son travail de création sur le logo, l’identité visuelle et commerciale tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de la clinique, sur l’ergonomie des différentes zones afin d’offrir un environnement agréable et confortable à la clientèle d’une part, d’optimiser le fonctionnement et les déplacements des équipes entre les différents espaces de travail d’autre part », résume-t-elle.

La recherche de prestataires

Il est essentiel d’opérer une sélection des agenceurs, de s’informer de la qualité des intervenants auprès de confrères qui leur ont confié la réalisation de leur projet, de les rencontrer à l’occasion d’un salon professionnel pour prendre contact, de retirer leur catalogue, de se renseigner sur leurs qualifications et l’étendue de leurs services, leur expérience, leurs références, leurs méthodes de travail (visites sur place, avant-projet puis projet, devis, engagement de réalisation, échéancier des versements, etc.). « Il faut éviter de mettre en concurrence plus de trois à quatre agenceurs, conseille Patricia Boursin, de Boursin Agencement. C’est suffisant pour avoir des éléments de comparaison. »

Présenter un cahier des charges aux agenceurs

Christine Laudoueineix invite le vétérinaire à réaliser « un cahier des charges uniquement fondé sur son ressenti ». Ce qui implique de disposer d’une bonne connaissance des forces et faiblesses de son entreprise, de ses potentialités… « À défaut d’avoir une idée sur ce qu’il souhaite, il doit savoir ce qui ne va pas dans l’organisation actuelle de son entreprise », insiste-t-elle. C’est à partir de ce cahier des charges et de « l’audit réalisé par nos soins que nous élaborerons un préprojet d’implantation en 2 D et ensuite une présentation en 3 D », précise Patricia Boursin.

Il convient d’établir une enveloppe budgétaire afin d’éviter de se voir proposer des projets très séduisants mais qui outrepassent largement les capacités financières de l’entreprise. « Elle nous permet de fixer un curseur sur le montant des travaux à entreprendre », explique Christine Laudoueineix. Il est toujours intéressant de ramener leur coût au m². Il est en moyenne compris entre 1 000 € et 1 500 € hors taxes par m2. Sur le plan comptable, le bon sens veut que le revenu supplémentaire généré par l’investissement permette le remboursement du financement des travaux. « Après rénovation, l’augmentation de passage de la clientèle est de 30 % en moyenne », observe-t-elle.

Examiner et comparer les projets en concurrence

L’étape la plus délicate est certainement le chiffrage du projet et la détermination de l’enveloppe budgétaire idoine. « Les vétérinaires rechignent souvent à allouer un budget de 30 à 35 000 € pour le mobilier », constate Patricia Boursin. Cependant, « un sous-investissement peut se révéler aussi dangereux financièrement qu’un surinvestissement », met en garde Christine Laudoueineix, qui rappelle que la réputation d’un vétérinaire repose à 50 % sur les soins et à 50 % sur l’image.

S’agissant du mobilier de l’espace d’accueil et de vente, par exemple, choisir des bornes ou des caissons à bas prix de revendeurs dont la tenue dans le temps n’est pas garantie, au lieu d’un mobilier de qualité du fabricant composé de panneaux Komacel (PVC expansé) qui n’absorbent pas l’urine de chien, est une erreur qui laissera beaucoup de regrets.

Les discussions avec les commerciaux et l’analyse des devis et préétudes permettront un premier écrémage évinçant les esquisses qui se distinguent par leur fadeur, les études trop chères par rapport au budget défini, les propositions sans originalité qui n’apportent rien par rapport à l’agencement actuel, les projets bâclés ou qui ne respectent pas les attentes exprimées…« Dans ce processus de mise en concurrence et de sélection, se fier à son feeling est important, car l’agencement d’une clinique est un réel travail d’équipe entre l’agenceur et le vétérinaire », conclut Christine Laudoueineix.

L’heure du choix

Pour Patricia Boursin, le choix final doit se faire selon la pertinence du projet sur cinq pôles distincts (l’accueil, la salle d’attente, l’espace de vente, les salles de consultation, de chirurgie et de réveil, l’espace de stockage), selon la qualité d’écoute et de créativité du partenaire… et pas seulement en fonction du budget. La préférence doit aller vers le projet présentant le meilleur rapport qualité/prix. Bien sûr, la décision doit tenir compte de la satisfaction des aspirations du vétérinaire et du jugement porté sur le professionnalisme des intervenants (respect des délais de fabrication, de la date de démarrage du chantier, service après-vente, maintenance des appareils, contrats d’assurance des maîtres d’œuvre, etc.). Un bon projet doit aussi garder une certaine souplesse pour d’éventuelles modifications.

DES CONSEILS POUR…

L’analyse du devis

Les devis doivent être comparés d’abord d’après le montant global de chaque projet en lice, puis poste par poste. Chaque devis doit être extrêmement précis et reprendre tous les secteurs à agencer, ainsi que la nature des travaux à effectuer dans chaque secteur (descriptif des opérations avec les options possibles et leur coût, et indication des travaux non inclus). Il doit faire apparaître les moindres détails (quantités et qualité des fournitures et équipements). Une attention particulière doit être portée aux quantités, aux prix unitaires et à la qualité des différents matériaux et équipements. L’idéal est d’aligner les différents devis en homogénéisant les quantités et en calculant à partir des prix unitaires, mais selon Christine Laudoueineix, c’est difficilement réalisable.

La planification des travaux

Il est important de toujours fixer des délais, même pour l’obtention d’un devis (un mois maximum). Le rétroplanning est un élément essentiel de la négociation. En l’absence d’architecte, être intransigeant est une façon d’éviter tout débordement sur les délais “élastiques” liés aux impératifs des entreprises qui peuvent être sollicitées sur des chantiers plus importants en cours de travaux et abandonner quelques jours le vôtre. D’où la nécessité d’obtenir un rétroplanning détaillé au jour le jour pendant toute la durée des travaux.

Les modalités de paiement

Il convient de déterminer les modalités de paiement (échéancier), ne serait-ce pour la banque qui doit débloquer les fonds. L’argent est un moyen de pression à utiliser avec perspicacité, en ne prenant pas le risque de voir le chantier s’arrêter. L’idéal est de travailler par acompte fractionné, si possible de 10 à 15 %.

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