STELFONTA, UN NOUVEAU TRAITEMENT LOCAL - La Semaine Vétérinaire n° 1854 du 15/05/2020
La Semaine Vétérinaire n° 1854 du 15/05/2020

MASTOCYTOME CANIN

PRATIQUE CANINE FÉLINE NAC

Auteur(s) : TANIT HALFON

Distribué à la rentrée 2020 par le laboratoire Virbac, Stelfonta est un médicament, qui s’administre par voie injectable directement dans la tumeur, et qui induit une nécrose tumorale.

Nouvelle approche thérapeutique en vue pour les mastocytomes canins avec Stelfonta, un nouveau médicament1 développé par le laboratoire de recherche pharmaceutique australien QBiotics. Commercialisé par Virbac d’ici la fin de l’année, il est indiqué dans le traitement des mastocytomes cutanés non métastatiques et non résécables, ainsi que dans celui des mastocytomes sous-cutanés non métastatiques ni résécables, situés dans la région du coude ou du jarret, ou en position plus distale. La substance active du médicament est le tiglate de tigilanol, un composé issu d’un arbre endémique de la forêt tropicale australienne. Le principe : la molécule s’injecte directement dans la tumeur. De là, intervient une réponse inflammatoire locale, associée à un phénomène de mort cellulaire et à une interruption de la vascularisation tumorale. Cette réponse est très rapide : un oedème, plus ou moins large, apparaît seulement en quelques heures (possible dès 2 heures postinjection), la peau se noircit et la tumeur se ramollit. Entre 3 à 5 jours postinjection, la tumeur se détache du tissu sain environnant et finit par se nécroser. Ne reste alors qu’un “trou” qui se comblera par cicatrisation par seconde intention. Cette nécrose est généralement effective en 7 jours. La cicatrisation complète intervient 28 jours postinjection. À ce jour, le traitement a été approuvé par l’Agence européenne des médicaments (EMA), mais est toujours en attente de validation par ses équivalents américains et australiens.

Un cadre strict d’utilisation

Le protocole thérapeutique est très précis. Seules les tumeurs avec un volume inférieur à 8 cm3 sont concernées. Les tumeurs ulcérées sont à exclure. Un traitement de corticoïdes doit être instauré 48 heures avant l’injection, et ce pendant 7 jours. Le jour de l’injection, et à continuer pendant 8 jours, il convient d’ajouter des inhibiteurs des récepteurs H1 et H2. La dose de l’injection se calcule le jour même, suivant la formule indiquée dans le résumé des caractéristiques du produit, sans dépasser 4 mg, soit 0,15 mg/kg. L’injection se fait en une fois, sans aller dans les marges, et l’usage d’une anesthésie locale est contre-indiqué. La plaie doit être couverte les premières 24 heures pour éviter tout contact avec du produit résiduel. Une prescription antibiotique n’est, dans la majorité des cas, pas nécessaire. Par ailleurs, outre les réactions locales, le chien passe par une phase douloureuse avec boiterie et baisse de forme, qui pourra nécessiter l’ajout d’analgésiques. Le retour à un comportement normal est généralement observé au bout de 14 jours postinjection. À noter que l’innocuité du médicament n’a pas été évaluée pour les animaux âgés de moins de 12 mois.

Des essais sur un nombre limité de chiens

Pour évaluer l’efficacité locale du traitement, le laboratoire a procédé à une étude clinique randomisée multicentrique sur 118 chiens de plus de 12 mois et de différentes races, répartis en deux groupes, traité et non traité (essai Pivot, États-Unis). Les premiers résultats se sont révélés intéressants puisque 28 jours post-injection, 60 chiens traités sur 80 (75 %) présentaient une réponse complète (absence de la tumeur visuellement et à la palpation). La tumeur était stable dans 12 % des cas, avait progressé chez 8 % d’entre eux et une réponse partielle était constatée pour 5 %. En comparaison, dans le groupe contrôle, la tumeur était stable chez 74 % des chiens, en progression dans 21 % des cas et avait disparu pour 5 %. À 84 jours, 55 sujets sur 57 chiens traités ayant répondu totalement au traitement ne présentaient toujours pas de récidive. À noter que certains chiens ont dû recevoir une deuxième injection mais les données spécifiques à ces chiens n’ont pas été communiquées. Autre précision : le grading tumoral est fondé sur l’examen cytologique uniquement et pas sur l’examen histologique. Dans l’étude, selon les données fournies par le laboratoire, une majorité des chiens sont de bas grade cytologique. De plus, sur 10 chiens sur 13 suspectés de haut grade ayant reçu une ou deux injections, 5 ont obtenu une réponse complète, dont 4 qui n’ont pas présenté de récidives à 84 jours post-traitement. L’ensemble des résultats à 12 mois seront prochainement publiés2.

1. www.bit.ly/35P8wt7.

2. 74 chiens présentant une rémission complète à J84 ont pu être suivis pendant un an. Parmi eux figurent des chiens du groupe traité ayant reçu une ou deux injections, mais aussi certains sujets du groupe contrôle qui ont fini par recevoir une injection de Stelfonta.

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