QUELS ENSEIGNEMENTS LA PROFESSION DOIT-ELLE TIRER DE CETTE CRISE ? - La Semaine Vétérinaire n° 1854 du 15/05/2020
La Semaine Vétérinaire n° 1854 du 15/05/2020

EXPRESSION

LA QUESTION EN DÉBAT

Auteur(s) : ALEXIA RICHARD

Baisse d’activité, réorganisation de la structure, priorité aux urgences, applications de mesures de biosécurité, la pandémie de Covid-19 a bouleversé la vie quotidienne de la profession. Qu’en retiendra-t-elle ?

UNE LOGIQUE DE CROISSANCE À REPENSER

GUILLAUME LAMAIN (N 06)

Praticien mixte à Saint-Cosmeen-Vairais (Sarthe)

Face à la crise du Covid-19, notre première réaction a été de réduire l’équipe au minimum vital, afin de ne pas exposer le personnel inutilement. Malgré cela, il fallait continuer d’assurer un service réclamé par la clientèle et, bien entendu, de faire fonctionner l’entreprise. Au tout début, nous avons connu des moments de flottement, coincés entre les consignes de l’Ordre et les exigences gouvernementales. La question de la vaccination des carnivores était par exemple litigieuse.

Je ne sais pas si cette crise fournira la dynamique nécessaire pour les grands changements sociétaux auxquels certains s’attendent, tant les habitudes de consommation et de confort sont profondément ancrées en nous.

Quoi qu’il en soit, cette crise est une preuve de plus que la société que nous avons connue jusqu’à présent, qui repose sur la logique de la croissance à tout prix, ne pourra plus fonctionner bien longtemps de cette façon.

PROTECTION ET BIENVEILLANCE

ANTOINE DUNIÉ-MÉRIGOT (T 03)

Praticien canin à Montpellier (Hérault)

Ce qui est inédit est la nécessité de protection de nos salariés. Dans notre profession, les mesures barrières sont plus faciles à appliquer, car nous disposons d’équipements. En revanche, les entreprises sont confrontées à des lourdeurs administratives pour préserver les emplois, compliquées à gérer pour les petites structures.

Concernant la pratique, le changement principal est la perte de lien présentiel avec les clients : le propriétaire pose son animal et attend dehors, la consultation se fait par téléphone. Cela pose la question de l’avenir de la téléconsultation. Ce n’est pas une fin en soi, mais elle peut rassurer les gens et faciliter notre tâche, pour le suivi d’une plaie, par exemple. Ce qui a changé ma vie, c’est qu’il n’y a plus d’avis sur Google, qui a désactivé cette fonctionnalité. Je constate beaucoup de bienveillance, une reconnaissance inhabituelle, et les remerciements nationaux, même peu médiatisés, font plaisir et donnent envie d’aller travailler.

DES AMBITIONS NOBLES ET DURABLES

MICHAËL LALLEMAND (N 02)

Praticien canin à Saint-Philbertde-Grand-Lieu (Loire-Atlantique)

Cette pandémie, pourtant loin d’égaler les plus meurtrières que l’humanité ait connues dans son histoire récente, aura été le révélateur de l’extrême faiblesse d’une société obsédée par le court terme. Qu’est-ce qu’un mois et demi de pause dans une vie ? Il n’en a pas fallu plus pour que le capitalisme mondialisé mette un genou à terre. Je retiens de cette crise que j’ai la chance d’être vétérinaire et largement perçu comme indispensable. Le flot d’appels téléphoniques reçus depuis le début du confinement suffit à s’en convaincre. Je suis fier de jouer le rôle du petit hérisson dans cette tempête : pas bien prétentieux, mais capable de faire le dos rond et de s’en sortir au bout du compte. J’espère naïvement que les ambitions de la profession après cette crise seront aussi nobles et ambitieuses pour les animaux qu’elles seront modestes et durables envers la planète, que nous miserons notre avenir sur le temps long, sur les services qui améliorent la qualité de vie, soulagent la douleur et la souffrance, que nous serons de braves hérissons prêts à affronter les prochaines tempêtes.

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