PILOTER EFFICACEMENT SA TRÉSORERIE - La Semaine Vétérinaire n° 1854 du 15/05/2020
La Semaine Vétérinaire n° 1854 du 15/05/2020

FINANCES

ENTREPRISE

Auteur(s) : FRANÇOISE SIGOT

En temps normal, la trésorerie est l’élément majeur d’une bonne gestion. Tandis que la crise sévit, la capacité à gérer et, plus encore, à économiser la trésorerie sera décisive pour repartir sans encombre.

Le “carburant” mérite plus que jamais sa réputation. Alors que le monde est à l’arrêt, les entreprises auront besoin de trésorerie pour relancer la machine. Les cliniques vétérinaires n’échapperont pas à la règle. « Le redémarrage se fera, mais les encaissements ne seront pas forcément immédiats », prévient Thierry Loriaux, expert-comptable au sein du réseau associé Walter France. Que les cliniques soient partiellement ouvertes ou totalement à l’arrêt voire en activité normale, les dirigeants doivent mettre une bonne partie de leur énergie - pour ne pas dire toute - à faire et à refaire des plans de trésorerie. Pourquoi ? Simplement pour être en capacité de s’adapter à l’évolution de la crise et à celle des mesures d’aide nationales et locales. Mais aussi pour doser quasiment au jour le jour les efforts à produire afin de repousser ou de lisser les dépenses, au regard des rentrées d’argent, s’il y en a. Pour ceux qui sont à l’arrêt, les calculs sont plus simples, pour autant, il convient de ne pas les négliger en les adaptant à différents scénarios de sortie de crise. En revanche, si la clinique poursuit son activité, même partielle, les scénarios seront encore plus nombreux et fluctuants.

Repousser les échéances

Dans les deux cas, la première action à faire vise à conserver le plus possible de cash. « Il faut utiliser tous les leviers possibles pour ne pas être pris de court au moment de la reprise », conseille l’expertcomptable. Pour commencer cet exercice, le gel des charges qui peuvent l’être, comme les loyers ou les remboursements d’emprunts, sont à activer en priorité. Le chômage partiel est aussi à envisager. Toute l’équipe sera concernée si la clinique est à l’arrêt. Si l’activité se poursuit en étant fortement réduite, une partie seulement sera en chômage partiel. Pour décider qui travaille ou pas, les compétences sont bien évidemment l’élément à prendre en compte, mais les collaborateurs dits “à risque” sont ceux qui devront bénéficier de cette mesure en priorité. Par ailleurs, certains salariés peuvent faire valoir leurs droits à congé pour garder leurs enfants. La gestion de l’équipe doit donc prendre en considération une multitude d’éléments. Concernant les charges, l’action se fait au regard des dispositifs mis en place par le gouvernement et des négociations avec les débiteurs. Certaines ne pourront toutefois pas être repoussées, notamment la TVA qui n’entre pas, pour l’instant, dans le champ des charges dont le paiement peut être décalé. Logiquement, les retards de paiement devraient donc être sanctionnés par des pénalités. C’est pourquoi dans le doute, si la trésorerie de la clinique le permet, mieux vaut payer les charges plutôt que de s’exposer à des pénalités. Enfin, les cliniques vétérinaires, comme les autres entreprises, peuvent bénéficier du prêt garanti par l’État (PGE). « Il permet d’obtenir jusqu’à trois mois de chiffre d’affaires », note Thierry Loriaux. Reste les fournisseurs. Le vrai dilemme… Chacun devra le résoudre au regard de sa trésorerie et des éventuelles négociations qu’il pourra conclure ou pas avec ses fournisseurs pour grapiller un peu de délai.

Prévenir plutôt que prendre des risques

Ces conseils peuvent sembler d’un autre monde pour ceux qui disposent d’une bonne trésorerie. Il n’en est rien. « On considère que la trésorerie est saine lorsque l’on dispose d’au moins trois mois de chiffre d’affaires. Même si cela est le cas, il faut quand même se prémunir et activer au moins les reports de charges dont il est possible de bénéficier. Personne ne peut savoir de quoi la reprise sera faite. L’objectif est donc de se prémunir », estime Thierry Loriaux. Certes, mobiliser les dispositifs d’accompagnement du gouvernement et des collectivités sera long et probablement pas toujours couronné de succès, mais ils permettront de mettre la clinique à l’abri si jamais la reprise est longue et lente. « Certaines aides, comme le PGE, peuvent être remboursées par anticipation. Si l’activité reprend à un rythme normal, voir plus soutenu, il sera toujours temps de rembourser par anticipation. Si ce n’est pas le cas, la clinique sera protégée et aura un peu de temps pour retrouver son rythme de croisière », explique l’expert-comptable. Pour mettre en place toutes ces mesures, le dialogue est comme toujours la bonne option. La majorité des démarches instaurées par l’État et les collectivités sont accessibles de façon dématérialisée, mais un coup de fil ne nuit pas. C’est encore plus vrai avec les fournisseurs, et peut-être même davantage avec son banquier. Prendre le temps de contacter son banquier pour lui expliquer la stratégie que l’on privilégie, les aides que l’on convoite est impératif. « Le banquier appréciera de voir que vous êtes mobilisé pour traverser la crise », assure l’expert-comptable. Rien n’empêche aussi de lui transmettre les différents scénarios de sortie de crise que l’on envisage. Le lien sera ainsi maintenu et la confiance en sortira grandie si la clinique a besoin de réaliser des investissements après la crise. « Même s’il est difficile de se projeter durant cette période, les banques seront certainement sensibles aux projets permettant d’assurer une continuité d’activité au cas où d’autres crises devaient se produire », est convaincu Thierry Loriaux. Et l’expert-comptable de citer en exemple des solutions type “drive” pour délivrer médicaments et aliments en temps de confinement. L’ultime étape, mais pas la moindre, du pilotage de la trésorerie pendant la crise se situe sur les rentrées d’argent. Relancer les retardataires n’est donc pas interdit, même si l’activité de la clinique est très ralentie, voire à l’arrêt.

RETOUR D’EXPÉRIENCE

PIERRE-MARIE CADOT Clinique SeineVet (6 associés, 5 vétérinaires collaborateurs libéraux, 3 vétérinaires salariés, 13 ASV)

La trésorerie est, pour moi, l’un des deux nerfs de la guerre durant cette crise. L’autre étant l’équipe. Notre première action dès l’annonce du confinement s’est donc portée sur les collaborateurs. Nous leur avons expliqué ce que nous allions mettre en place jusqu’à la fin du confinement. Nous avons pris toutes les mesures nécessaires pour protéger les collaborateurs les plus vulnérables en appliquant le chômage partiel et pour ceux qui restent au travail, soit environ un tiers des effectifs, nous avons adopté des mesures barrières. Le grand sujet qui mobilise aussi notre attention est bien évidemment la trésorerie. Nous avons repoussé toutes les échéances pouvant l’être. Nous sommes en contact régulier avec nos banques, cela nous permet de montrer que nous sommes mobilisés pour gérer l’entreprise et ajuster les décisions. Nous faisons un point sur la trésorerie chaque semaine, afin de recalculer celle qui est disponible au regard de l’évolution de la crise et de l’activité. Il est important de prendre en compte l’ensemble du report de charges consolidées pour anticiper les remboursements futurs.

Abonné à La Semaine Vétérinaire, retrouvez
votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr