MAMMITES : UN IMPACT ÉCONOMIQUE DIFFICILE À ESTIMER - La Semaine Vétérinaire n° 1851 du 24/04/2020
La Semaine Vétérinaire n° 1851 du 24/04/2020

VACHES LAITIÈRES

PRATIQUE MIXTE

Auteur(s) : CLOTHILDE BARDE

Les données sur le coût de ces affections chez les vaches laitières se révélant peu prédictives, l’équipe d’Epidec-Interactions hôtes-agents pathogènes (UMR Inrae/ENVT) préconise de s’orienter vers une stratégie de gestion des mammites cliniques.

Le coût réel moyen des mammites cliniques est de 224 € par cas. » Telle est l’une des conclusions du travail de méta-analyse d’une équipe de chercheurs du laboratoire Epidec-Interactions hôtes-agents pathogènes (UMR Inrae/ENVT)1 portant sur neuf études réalisées en élevages de vaches laitières. En effet, comme l’a indiqué Didier Raboisson (encadré p. 40), professeur de médecine des populations et d’économie de la santé des animaux à l’ENVT, « les mammites représentent un trouble majeur de la santé des vaches laitières et la première raison d’usage des antibiotiques dans cette filière ». C’est pourquoi, « même si de nombreuses études économiques sont disponibles, a-t-il ajouté, pour répondre au besoin d’uniformisation des résultats et de leurs ajustements sur les conditions de l’étude, cette méta-analyse a été réalisée. Elle permet de synthétiser l’information de la littérature de manière structurée et systématique. »

Des pertes financières d’origine variées

Dans ce cadre, les chercheurs ont analysé 82 observations réalisées sur des élevages présentant des mammites cliniques. Les données observées ont permis de montrer que le type de mammites influence significativement l’importance de la perte financière. Ainsi, alors que la perte moyenne observée était de 224 € par vache, quelle que soit la nature de la mammite, elle était respectivement de 457 € et de 101 € par vache atteinte de mammite clinique due à des bactéries Gram - et Gram +, et respectivement de 428 € et 74 € lors de mammites dues à Escherichia coli et à Staphylococcus aureus. Par ailleurs, la perte financière moyenne constatée dépend de la prise en compte des frais liés au diagnostic de la mammite et de ceux liés à la réduction de consommation de la vache, et donc de la baisse de production de celle-ci. Les données obtenues montrent également que l’estimation du coût du travail, de celui des traitements et des frais d’abattage influence significativement la perte financière globale.

Des données à consolider

Toutefois, « l’usage de ces résultats reste assez difficile en pratique, souligne Didier Raboissson, car une forte variation est observée autour des valeurs moyennes et la méta-analyse n’a pas réussi à clairement identifier l’origine de ces variations. Cela signifie que, pour les mammites, utiliser le coût moyen en élevage est peu informatif et qu’il est préférable d’employer des outils de type budget partiel (calculateurs d’impacts) ». Par conséquent, en l’état actuel des connaissances, les auteurs recommandent de se concentrer sur les stratégies de gestion des mammites cliniques plutôt que sur les estimations monétaires pures des coûts à l’échelle de l’exploitation. À cet égard, l’équipe de chercheurs est d’ailleurs actuellement en train de développer un nouveau modèle bioéconomique d’optimisation de l’atelier bovin laitier (DairyHealthSim).2

1. Unité mixte de recherche entre l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement et l’École nationale vétérinaire de Toulouse.

L’étude porte sur l’impact économique des mammites en élevages bovins : Raboisson D., Ferchiou A., Pinior B., Gautier T., Sans P., Lhermie G. The Use of Meta-Analysis for the Measurement of Animal Disease Burden : Losses Due to Clinical Mastitis as an Example. Front. Vet. Sci. 2020;7:149.

2. www.simherd.com/en.

« DES APPLICATIONS SUR L’APPROCHE ÉCONOMIQUE DES MAMMITES SONT EN COURS »

ENTRETIEN AVEC DIDIER RABOISSON, PROFESSEUR DE MÉDECINE DES POPULATIONS ET D’ÉCONOMIE DE LA SANTÉ DES ANIMAUX (UMR ENVT-INRA IHAP). PROPOS RECUEILLIS PAR CLOTHILDE BARDE

En quoi cette étude apporte-t-elle de nouvelles données ?

La méta-analyse permet de synthétiser l’information de la littérature de manière structurée et systématique. Elle montre clairement les valeurs moyennes du coût des mammites par étiologie et, en même temps, se précisent les limites de l’utilisation en pratique de ces données sur le terrain.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le projet DairyHealthSim ?

C’est un projet de recherche et d’enseignement1 autour d’une approche renouvelée en économie de la santé animale, fondée sur de l’optimisation multicritère. La méthode développée permet de mieux appréhender la complexité des situations en élevage, tout en proposant des solutions simples et fonctionnelles. Il s’agit de l’aboutissement de quatre ans de développement, toujours en cours d’amélioration. Des applications sur l’approche économique des mammites, des boiteries, de la reproduction et de la longévité sont en cours.

1. Une page DairyHealthSim est en cours de rédaction ici : www.medpopbov.envt.fr.

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