LES INFECTIONS PAR LE VIRUS DE L’INFLUENZA DE TYPE A - La Semaine Vétérinaire n° 1851 du 24/04/2020
La Semaine Vétérinaire n° 1851 du 24/04/2020

QUESTIONS-RÉPONSES

PRATIQUE CANINE FÉLINE NAC

FORMATION

Auteur(s) : JAVIER YUGUEROS MARCOS*, ÉMILIE KRAFFT**

Le contexte actuel de pandémie humaine associée au virus Sars-CoV-2, d’origine animale, est l’occasion de faire un résumé des connaissances actuelles sur un autre virus susceptible de causer des infections respiratoires chez le chien, le chat et l’humain : le virus de l’influenza de type A (ou influenza A virus, IAV).

Que sont les virus influenza ?

Les virus influenza, appartenant à la famille des Orthomyxoviridae, sont des virus enveloppés à ARN. Chez l’humain et l’animal, deux genres sont principalement décrits : le genre Influenzavirus A, rencontré dans une large diversité d’espèces animales, dont les oiseaux, principaux réservoirs de ces virus, et le genre Influenzavirus B, circulant exclusivement chez l’humain. Leur enveloppe est hérissée de deux glycoprotéines : l’hémagglutinine (H) et la neuraminidase (N), permettant respectivement l’attachement du virus au récepteur membranaire de la cellule cible et l’exocytose des nouvelles particules virales. Ce sont les différentes combinaisons des types H et N qui permettent de classer ces virus en sous-types (influenza A H1N1, H5N7, etc.).

Les chiens et les chats peuvent-ils être infectés ?

Oui, les chats et les chiens font partie de la liste des espèces animales, incluant l’humain, où l’IAV peut être isolé. Cinq sous-types d’IAV sont fréquemment décrits dans la littérature comme cause d’infection respiratoire aiguë chez le chat et le chien (tableau). D’autres sous-types, principalement d’origine aviaire ou fruit de réarrangements génétiques après coinfection avec différents virus influenza, sont sporadiquement isolés. Bien que moins fréquent, il existe aussi des rapports décrivant la présence d’un virus influenza de type saisonnier humain chez les carnivores domestiques. Chez le chien, les virus influenza sont désormais inclus parmi les agents pathogènes émergents impliqués dans le syndrome toux de chenil ou canine infectious respiratory disease (Cird). L’IAV est présent dans les sécrétions respiratoires des animaux infectés. Il entre directement en contact avec les muqueuses des voies aériennes ou par la projection d’aérosols. La contamination par voie digestive ne semble pas possible, mais la mastication d’animaux sauvages infectés peut donner lieu à une pénétration par voie respiratoire.

Les chiens et les chats infectés peuvent-ils transmettre l’infection ?

La transmission au sein de la même espèce est fréquente, surtout lorsque le contact direct entre les animaux est important : refuges, pensions, hospitalisation, etc. La transmission du chien au chat, et vice-versa, est possible. Son efficacité est variable selon le sous-type d’IAV, car elle dépend des facteurs génétiques viraux et nécessite une période d’adaptation à la nouvelle espèce hôte. Le sous-type H3N8, d’origine équine, est établi chez le chien, notamment au sein de refuges urbains. Il n’y a aucune évidence de transmission chez le chat. Le sous-type H3N2, endémique chez le chien, a été aussi isolé chez le chat. La similarité des génomes suggère une très grande facilité du virus à transiter entre les deux espèces. Le sous-type low pathogenic avian influenza virus (LPAIV) H7N2 circule aujourd’hui chez le chat, sans aucune évidence de transmission chez le chien. Le sous-type highly pathogenic avian influenza virus (HPAIV) H5N1 circule aujourd’hui chez le chien et le chat. Chez ce dernier, l’infection peut être asymptomatique, indiquant un potentiel rôle de réservoir naturel. La prévalence reste toutefois faible d’après les études sérologiques. Le sous-type A (H1N1) pdm 2009, d’origine humaine, est plus fréquemment rapporté comme cause d’infection respiratoire chez le chat que chez le chien, pour lequel les études expérimentales suggèrent une capacité de transmission intra-espèce très faible.

L’infection conduit-elle à des signes cliniques ?

Ces infections sont le plus souvent asymptomatiques ou associées à des signes cliniques peu marqués (toux, éventuellement fièvre), comparables à ceux observés lors de toux de chenil chez le chien. Des atteintes plus sévères, pouvant aller jusqu’à la mort de l’animal, sont possibles, mais généralement associées à des coinfections par des bactéries ou d’autres virus, ou la présence de comorbidités.

Comment confirmer une suspicion d’infection ?

Les tests RT-PCR se fondent sur la détection de l’ARN viral à partir d’écouvillons nasaux ou oropharyngés. Il est toutefois important de rappeler que ces tests mettent en évidence l’ARN du virus, et que cette détection d’ARN n’implique pas forcément que l’animal soit excréteur du virus ni que le virus soit à l’origine des signes cliniques (portage asymptomatique). Un résultat positif doit donc s’interpréter dans le contexte clinique. Les tests sérologiques (recherche des anticorps) permettent de confirmer ou non a posteriori l’exposition de l’animal au virus et sont utilisables lors d’enquêtes épidémiologiques pour appréhender la circulation du virus, et non pour le diagnostic en raison de l’apparition tardive des anticorps.

Ces infections sont-elles des zoonoses ?

Seuls deux cas de transmission du chat à l’humain ont été décrits pour le sous-type LPAIV H7N2, ceci après une exposition prolongée avec des chats contaminés (vétérinaire traitant et soigneur dans un refuge). Le potentiel zoonotique semble donc être faible à l’heure actuelle. Le sous-type A (H1N1) pdm 2009, saisonnier chez l’humain, est en revanche adapté aux carnivores domestiques (au chat notamment) et peut donc être à l’origine d’une zoonose inverse, c’est-à-dire de l’humain vers l’animal.

Dans un contexte “un seul monde, une seule santé”, quel est le rôle des chats et des chiens ?

Étant susceptibles d’être infectés par plusieurs virus influenza, et vivant en contact rapproché avec leurs propriétaires, les carnivores domestiques pourraient favoriser le réarrangement génétique entre sous-types et ainsi donner naissance à de nouveaux virus influenza avec un potentiel de transmission et de pathogénicité pour d’autres espèces, dont l’humain. Une surveillance des sous-types d’IAV circulant chez le chien et le chat est donc à considérer dans un contexte où les épidémies, voire une pandémie, représentent un risque réel pour les communautés humaines et animales.

1. Directeur recherche et développement chez bioMérieux (Grenoble).

2. Diplomate de l’European College of Veterinary Internal Medicine - Companion Animals (Ecvim-CA), maître de conférences à VetAgro Sup.

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