DERNIERS CARCANS - La Semaine Vétérinaire n° 1851 du 24/04/2020
La Semaine Vétérinaire n° 1851 du 24/04/2020

ÉDITO

Auteur(s) : MICHAELLA IGOHO-MORADEL

Fonctions : Cheffe de rubrique pharmacie et réglementation

Dans un contexte de “guerre” sanitaire, il est plus que temps de faire sauter les derniers carcans idéologiques ! Un petit retour en arrière s’impose, souvenez-vous. En 2009, Roselyne Bachelot, alors ministre de la Santé, tenait ces propos1 : « Dès lors que je veux médicaliser la biologie médicale, je ne puis la confier à un professionnel [comprendre ici un vétérinaire] qui ne connaît pas la médecine humaine, pas plus d’ailleurs que le médecin ne connaît l’art de soigner les animaux. Mesdames, Messieurs les sénateurs, chacun son métier, et les vaches seront bien gardées ! » Aujourd’hui, c’est sous la pression populaire et la mobilisation des acteurs de la profession - et certainement des académies de médecine et de pharmacie - que le gouvernement a finalement autorisé les laboratoires d’analyses vétérinaires à réaliser des tests PCR pour le diagnostic du virus Sars-CoV-2, puis qu’il a répondu favorablement à l’offre des industriels du diagnostic vétérinaire de fabriquer des tests. Certes, il s’agit d’une avancée majeure. Mais ne nous réjouissons pas trop vite. L’implication des laboratoires d’analyses vétérinaires est très encadrée. Ils interviennent dans le cadre d’une convention et sous la responsabilité d’un laboratoire de biologie médicale. Ils ne peuvent pas effectuer les prélèvements eux-mêmes. Alors que l’exécutif a annoncé vouloir multiplier les tests pour dépister le Covid-19, son choix de limiter le renfort vétérinaire aux seuls tests PCR suscite l’incompréhension. Les tests sérologiques restent la chasse gardée des laboratoires de biologie médicale. Comment interpréter cette réserve de nos décideurs ? Souhaitent-ils encore avancer à petits pas prudents ? L’expertise vétérinaire démontrée dans la gestion de crises sanitaires n’est-elle pas suffisante ? Cette crise sanitaire est-elle le témoin d’un concept One Health (“une seule santé”) galvaudé ? Elle rappelle en tout cas qu’il reste encore un long chemin à parcourir pour qu’il soit appliqué sans barrières.

1. www.bit.ly/2Vqe2ix.

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