GESTION DU COVID-19 : FAUT-IL ALLER PLUS LOIN ? - La Semaine Vétérinaire n° 1849 du 10/04/2020
La Semaine Vétérinaire n° 1849 du 10/04/2020

EXPRESSION

LA QUESTION EN DÉBAT

Auteur(s) : TANIT HALFON

Confinement avec limitations strictes des déplacements, restrictions de l’activité économique… Mi-mars, le gouvernement a décidé de mettre en place des mesures exceptionnelles pour lutter contre la diffusion du Sars-CoV-2. Sont-elles suffisantes ?

IL FAUDRA RÉALISER DES ANALYSES SÉROLOGIQUES

JEANNE BRUGÈRE-PICOUX

Membre de l’Académie vétérinaire de France et de l’Académie nationale de médecine

Ce qui est certain est que nous avons pris un retard sur les moyens de protection individuelle. Nous sommes dans une situation de pénurie de masques, une aberration, et de moyens pour les tests sérologiques. Pour le moment, seuls des tests PCR pour la recherche virale sont réalisés. Dans ce contexte, comment pourrons-nous mettre fin au confinement en étant certain que les gens soient protégés ? Pour y arriver, il faudra réaliser des analyses sérologiques, pour connaître le nombre de personnes ayant été contaminées et donc immunisées. Lever cette incertitude sera indispensable pour se protéger d’un deuxième pic à la levée du confinement. Une autre certitude est que le gouvernement chinois a certainement caché le vrai taux de mortalité de la maladie, ce qui explique peut-être que nous n’avons pas pris assez de mesures barrières au départ pour limiter la diffusion du virus, notamment au niveau du trafic aérien. En 2003, pour le Sras, cela avait été le cas.

UN CONFINEMENT INÉLUCTABLE

PASCAL HENDRIKX

Vétérinaire épidémiologiste, ENSV-FVI

Nous sommes confontés à une maladie très contagieuse, qui se répand à une vitesse impressionnante, donc malgré la faible proportion de cas graves, on se retrouve avec un nombre absolu très important de personnes en détresse respiratoire. Face à un système de santé qui ne peut pas les gérer, le confinement était inéluctable, car plus il y a saturation, plus le taux de mortalité augmente. Avec le confinement, on espère obtenir une inflexion de la courbe épidémique, pour pouvoir traiter les malades correctement. L’objectif n’est donc pas d’arrêter la circulation virale, mais de l’étaler dans le temps. La question aujourd’hui est de connaître le niveau d’immunité de la population, et à partir de quel niveau un arrêt du confinement pourra être envisagé. La réponse n’est pas simple et seule une étude en population nous éclairera. Il est probable que les personnes les plus fragiles devront se protéger plus longtemps pour avoir une chance de ne jamais être contaminées si l’épidémie s’arrête une fois les trois quarts de la population immunisés.

NOUS FAISONS UN PARI

BARBARA DUFOUR

Professeure d’épidémiologie et de maladies contagieuses à l’ENVA

Je ne peux pas m’empêcher d’être interpellée par la réaction internationale. Cette situation sanitaire n’est pourtant pas inédite, en témoigne la pandémie de grippe de Hongkong que nous avons connue en 1969 et qui avait tué près de 40 000 personnes en France et 1 million dans le monde. Aujourd’hui, l’objectif est de ne pas engorger notre système de santé qui est, on le voit bien, très mal en point. Mais on peut s’interroger sur la manière de gérer cette crise. En l’étalant, nous espérons qu’il y aura moins de morts mais ça, c’est un pari ! Je ne crois pas en la disparition spontanée du virus avec l’arrivée des beaux jours : pour en venir à bout, il faudra bien en passer par l’immunité collective. Là, nous mettons l’économie à genou, et ce sont les plus fragiles qui risquent d’en souffrir. Ne nous y trompons pas, s’il s’agit bien d’une épidémie meurtrière, mais il nous faut aussi en peser les conséquences économiques et psychosociales. D’autres pays ont fait des choix différents avec l’usage de tests et le confinement des malades. L’histoire nous dira s’ils s’en sont mieux sortis.

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