DERMATITES À MALASSEZIA : LE CONSENSUS DES SPÉCIALISTES MONDIAUX - La Semaine Vétérinaire n° 1849 du 10/04/2020
La Semaine Vétérinaire n° 1849 du 10/04/2020

DERMATOLOGIE

PRATIQUE CANINE FÉLINE NAC

FORMATION

Auteur(s) : MARION MOSCA

L’Association mondiale de dermatologie vétérinaire a publié un ensemble de recommandations sur les dermatites à Malassezia. Les Malassezia sont des organismes commensaux, présents à la surface de la peau des mammifères et des oiseaux, qui ont besoin de lipides pour se développer. Aujourd’hui, 18 espèces ont été décrites. Celle qui prédomine chez le chien et le chat est M. pachydermatis, acquise dès la naissance par contamination depuis la flore de la mère. Au niveau du mycobiome cutané, les Malassezia sont les champignons les plus abondants chez l’homme, mais pas chez le chien ni le chat.

Facteurs prédisposants

Les facteurs prédisposants de la dermatite à Malassezia sont la race, une dermatose sous-jacente et l’environnement. Les races prédisposées dans l’espèce canine sont le west highland white terrier, le basset hound, le cocker américain, le boxer, le teckel, le caniche, le terrier australien à poil soyeux et les races avec des plis cutanés. Chez le chat, le devon rex et le sphinx sont les plus concernés. Une dermatose inflammatoire, prurigineuse ou non, entraîne un changement du microclimat cutané qui favorise le développement des Malassezia. Un autre facteur de prédisposition est l’environnement, qu’il soit externe (climat tropical et mois chauds et humides dans les latitudes plus tempérées) ou propre au chien (multiplication des Malassezia dans certaines zones chaudes et humides).

Le rôle d’une antibiothérapie et d’une immunosuppression sur la multiplication des Malassezia n’a pas été démontré. Enfin, il est important de savoir que certains cas de dermatite à Malassezia sont idiopathiques ou primaires (ils méritent, seuls, le nom de dermatite à Malassezia, les autres étant secondaires et doivent être appelés prolifération de Malassezia), c’est-à-dire qu’aucun facteur de prédisposition n’a été identifié.

Symptômes

Les signes cliniques sont variables et les dermatites à Malassezia peuvent être localisées ou généralisées. Chez le chien, les dermatites localisées se caractérisent par une atteinte du museau, des lèvres, de la face ventrale du cou, des plis axillaires, de l’intérieur des cuisses, des espaces interdigités, du périnée, du conduit auditif externe ou des zones de pli. Une paronychie associée est possible. Un érythème diffus, des squames et un matériel séborrhéique de couleur marron, jaune ou gris sont observés. La peau et le pelage peuvent devenir gras et du prurit peut provoquer des dépilations. La griffe ou les poils prennent parfois une coloration brun-rougeâtre. Les cas chroniques présentent de la lichénification, parfois marquée, parfois de l’hyperpigmentation et une odeur rance, forte. Chez le chat, les signes consistent en une alopécie, une séborrhée, modérée à marquée, et une hyperpigmentation affectant les plis axillaires et replis inguinaux, la face ventrale du cou et la face palmaire des espaces interdigités. Les griffes ou les replis unguéaux sont souvent recouverts d’un matériel séborrhéique, adhérent, marron. Le prurit n’est pas typique des proliférations de Malassezia chez le chat. Les otites externes, cérumineuses, érythémateuses et prurigineuses, avec prolifération de Malassezia, sont aussi fréquentes.

Diagnostic

Le meilleur prélèvement pour mettre en évidence les Malassezia est le calque cutané, par application de cellophane adhésive, coloré au RAL 555. Les écouvillons sont réservés au conduit auditif externe. L’extrémité d’un cure-dent serait plus efficace pour prélever le repli unguéal chez le chien. La culture en routine (sur milieu modifié de Dixon) apporte des données qualitatives : présence ou absence de levures. La biopsie cutanée pour examen histopathologique n’est pas un prélèvement pertinent pour établir le diagnostic. Quelques chiens et chats peuvent présenter une maladie sous-jacente, surtout une allergie, une infection parasitaire, une pyodermite, une dysendocrinie ou une maladie plus rare. Le diagnostic est difficile dans ces cas et il convient de retenir que la quantité de Malassezia sur la peau et l’intensité des signes cliniques ne sont pas corrélés.

Traitement

Le traitement d’une dermatite à Malassezia repose sur la réalisation d’un shampoing, associé ou non à un traitement systémique. Le shampoing a l’avantage d’avoir une action mécanique qui retire les squames et l’exsudat de surface. Il est recommandé d’utiliser un shampoing contenant 2 % de miconazole et 2 % de chlorhexidine, deux fois par semaine. Un traitement systémique est ajouté quand le traitement topique ne permet pas la résolution clinique ou quand la dermatose est généralisée et sévère. Chez le chien, les traitements recommandés sont le kétoconazole (5 à 10 mg/kg, une fois par jour au moment d’un repas) et l’itraconazole (5 mg/kg, une fois par jour). Chez le chat, les traitements topiques n’ont pas été évalués dans la littérature, mais il est recommandé de les utiliser en première intention, surtout dans les formes localisées. Le traitement systémique de choix est l’itraconazole (5 à 10 mg/kg, une fois par jour, ou tous les jours pendant une semaine, une semaine sur deux). La cause sous-jacente, s’il y en a une, doit aussi être traitée. La prévention de ces affections consiste à contrôler les facteurs prédisposants. Si ce n’est pas possible, les traitements topiques doivent être choisis au long terme pour diminuer le risque de toxicité des azolés et le développement de résistance. Un shampoing agissant sur les Malassezia, deux fois par semaine, suivis de réhydratants cutanés, permet de prévenir une récidive de dermatite à Malassezia. Les cas sans cause sous-jacente, primaire ou idiopathique, répondent entièrement à un traitement antifongique.

Enfin, grâce à des études utilisant la polymerase chain reaction (PCR), il a été montré que plus de 90 % des propriétaires de 125 chiens portaient M. pachydermatis sur les mains. La transmission est donc possible mais les infections dues à cette levure sont très rares et n’affectent que les personnes fragiles (nouveaux-nés, personnes immunodéprimées). Il convient donc de respecter de bonnes règles d’hygiène, en se lavant régulièrement les mains, pour limiter la possibilité de transmission de ces levures.

1. Bond R., Morris D. O., Guillot J. et coll. Biology, diagnosis and treatment of Malassezia dermatitis in dogs and cats Clinical Consensus Guidelines of the World Association for Veterinary Dermatology. Vet. Dermatol. 2020 ;31 (1) :28-74.

CRITÈRES D’AIDE À LA PRISE EN CHARGE D’UNE DERMATITE À MALASSEZIA

- Signes cliniques compatibles avec une dermatite à Malassezia ou une prolifération de Malassezia : localisation (face ventrale du cou, zones de plis, oreilles, griffes), érythème, squames, hyperpigmentation, aspect gras, odeur rance, etc.

- Cytologie : en cas d’observation de Malassezia dans les zones lésionnelles (quel que soit leur nombre), utiliser un traitement topique ou systémique contre la dermatose. Dans le cas contraire, prélever d’autres sites ou reconsidérer l’hypothèse diagnostique.

- Évaluation de la réponse après un traitement approprié. Lors de réponse mycologique et clinique complète, la dermatite à Malassezia est considérée comme primaire. Si la réponse clinique est partielle ou nulle et mycologique complète, il s’agit d’une prolifération de Malassezia (rechercher une cause sous-jacente). En cas de réponse clinique et mycologique partielle ou nulle : revoir le traitement mis en place (observance, ajout d’un traitement systémique, résistance).

Abonné à La Semaine Vétérinaire, retrouvez
votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr