QUELS CHANGEMENTS POUR LES GARDES ET LES SERVICES D’URGENCE ? - La Semaine Vétérinaire n° 1847 du 27/03/2020
La Semaine Vétérinaire n° 1847 du 27/03/2020

ANALYSE

Auteur(s) : CHANTAL BÉRAUD

Dans un premier temps, il semblerait logique et raisonnable, d’un point de vue sanitaire, que les cliniques ne changent guère leur organisation des gardes de nuit et de week-end malgré la pandémie… Toutefois, sur le terrain, en milieu urbain, un basculement sur les services d’urgence commence déjà à se faire sentir et il faut anticiper comment s’organiser si jamais une structure devait fermer à la suite d’une infection au coronavirus.

Pour l’instant, pour l’organisation de nos gardes de nuit et de week-end, notre structure vétérinaire fonctionne sans aucun changement par rapport au planning que nous avions préétabli pour cette année. Car il est déjà inscrit dans nos habitudes de ne pas répondre à la demande d’actes de convenance non urgents », explique Sylvia Goncalves, vétérinaire canin et NAC à la clinique Astragale, sur le site de Divonne-les-Bains (Ain). Et d’ajouter, avec pragmatisme : « En revanche, il faudra évidemment revoir le fonctionnement et l’organisation entre nous, si jamais un praticien venait à être infecté, ou si l’une des six structures partenaires qui font partie de notre tour de garde sur le pays de Gex devait fermer. À ce moment-là, nous en reparlerons évidemment entre nous tous. Donc, en résumé, pour l’heure, je pense vraiment qu’il n’y a pas lieu de paniquer. Je trouve même que l’on a l’habitude de gérer des choses bien pires dans notre profession ! »

Travailler dans le respect des restrictions demandées

De son côté, Daniel Vienet-Legué, praticien canin à Canteleu (Seine-Maritime) et vice-président de SOS Véto Rouen, constate que « les questions commencent seulement à se poser dans notre profession, juste après la période d’annonce de la cessation des vaccins, des actes de convenance… Ici, je connais cependant certains confrères qui pensent déjà à fermer et à passer le relais à SOS Véto Rouen. Je ne suis pas favorable à cette démarche, sauf pour une clinique fermée pour cause de maladie. En effet, premièrement, je rappelle que l’État demande que les entreprises restent ouvertes, afin de ne pas diminuer l’activité économique. Deuxièmement, il faut qu’il reste suffisamment de praticiens de disponibles, car réaliser des consultations en appliquant des mesures barrières, cela est difficile et long ! Et en urgence, avec l’affolement des clients, c’est pire. Par exemple, dimanche soir à minuit, je l’ai testé sur un chien qui venait de décéder : clients incontrôlables dans la salle de consultation, deux personnes, des pleurs, etc. Enfin, troisièmement, n’oublions pas que l’on demande aussi aux clients de limiter leurs déplacements ».

Au final, on l’aura compris : pour nombre de structures vétérinaires, l’heure n’est malheureusement plus à la recherche de la rentabilité économique, mais à celle de la limitation des pertes, dans le respect du maintien de la permanence et de la continuité des soins urgents.

Confinés, les clients ont le réflexe des urgences à domicile

« Pour nous, la situation a déjà radicalement changé ! Les gens confinés ont en effet encore plus tendance à appeler directement nos services d’urgence à domicile », constate pour sa part Christophe Le Dref, fondateur du groupe Vétalia (dont l’équipe de praticiens effectue des interventions à domicile et d’urgence en région parisienne, 7 j/7 et 24 h/24). Il assure cependant : « Bien sûr, nous différons les actes moins urgents pour privilégier les actes de réelle détresse. » Concernant l’autre service qu’il a cocréé en 2010, Vétophonie (un service de régulation des urgences et des gardes, auquel sont abonnées quelque 300 cliniques vétérinaires, essentiellement en zone urbaine), il constate, pour l’heure, que la crise sanitaire apporte aussi quelques changements, mais dans une moindre mesure. « Nous avons étoffé nos équipes, afin de disposer d’opérateurs pour répondre à des appels sur des créneaux horaires élargis. En effet, certaines cliniques vétérinaires abonnées ont déjà choisi de diminuer un peu leurs horaires de travail, en ouvrant plus tard le matin ou en fermant plus tôt en fin de journée », observe-t-il. Quid de l’évolution future ? « Certes, la situation n’est pas réjouissante et nous ne savons pas combien de temps elle va durer. Notre entreprise a en tout cas déjà calculé une stratégie interne, en se projetant sur un scénario d’au minimum deux mois de confinement ».

À moyen terme, vers un scénario à l’italienne ?

Claire Meunier, vétérinaire canin au sein de la clinique AniCura Saint-Roch de La Rochelle (Charente-Maritime), travaille dans un établissement qui a développé depuis mi-janvier 2019, comme nouvel axe de développement économique, les urgences, avec une ouverture 24 h/24, 7 j/7, gérées par une équipe qui y est entièrement consacrée. Et la praticienne de s’interroger pour savoir si les cliniques vétérinaires françaises ne suivront pas, dans un futur plus ou moins proche, un scénario à l’italienne ? Car, explique-t-elle, « notre structure fait partie du réseau AniCura. Nous avons donc des retours d’expérience intéressants sur ce qui se passe là-bas chez nos confrères. Cela nous permet d’être plus pertinents et efficaces dans les mesures sanitaires que nous mettons en place en France. Avec un léger recul, on constate aujourd’hui en Italie une montée en puissance des cliniques d’urgence. Si, à moyen terme, cela devait aussi se produire à La Rochelle, nous nous préparons à doubler nos effectifs de nuit et les jours fériés. Mais seulement si cela devenait nécessaire ». La structure va donc procéder très régulièrement à des points d’évolution de la situation…

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