LE VÉTÉRINAIRE COMMUNAL, UNE NOUVELLE RESSOURCE ? - La Semaine Vétérinaire n° 1847 du 27/03/2020
La Semaine Vétérinaire n° 1847 du 27/03/2020

DOSSIER

Cinq vétérinaires, dont un adjoint et un maire victorieux au premier tour le 15 mars dernier, s’expriment sur l’intérêt ou non du poste de vétérinaire communal en France.

Vétérinaire maire, conseiller municipal… et, dans un registre différent, vétérinaire communal, une autre façon de s’investir pour sa ville ? Saint-Georges-sur-Meuse, en Belgique, a son vétérinaire communal. Il a été désigné à la suite d’un marché public de services. Sa mission consiste à proposer à la commune un support technique et scientifique, de nature à l’aider à exécuter différentes actions, comme la stérilisation des chats errants, à assurer le bien-être animal et la police sanitaire. Depuis le 1er novembre dernier, la ville de Liège s’est aussi adjointe les services d’un vétérinaire dit communal, avec pour mission principale la protection animale. Il gère notamment les animaux errants ou blessés, domestiques et sauvages, et les amène en centre de soins. Il intervient aussi en cas de détention illégale, de maltraitance ou de négligence1. La formule est-elle applicable en France ? Réponses de nos interviewés.

1. Voir aussi La Semaine Vétérinaire n° 1836 du 10/1/2020, page 11.

JACQUES GUÉRIN
Président du Conseil national de l’Ordre des vétérinaires (CNOV)
L’État devrait réfléchir à une autre formule

Il existe, en France, quelques similitudes de missions avec le vétérinaire communal, notamment chez les vétérinaires pompiers ou dans le cadre de l’habilitation au mandat sanitaire des vétérinaires ruraux ou du mandatement au bien-être animal. Cependant, elles ne sont pas superposables. Dans certaines régions où le modèle d’économie de marché ne motive plus les praticiens à s’installer, l’État aurait intérêt à confier des missions de ce type à titre libéral à des vétérinaires. Cela fait d’ailleurs partie des réflexions soulevées dans la feuille de route sur le maillage vétérinaire.

VINCENT COUPRY
Praticien canin à Cholet (Maine-et-Loire)
Pourquoi pas 

Qu’une ville puisse salarier un vétérinaire communal, en lui laissant son indépendance médicale, pourquoi pas ? Si les tarifs pratiqués sont corrects, on pourrait même imaginer que ce dispositif pourrait s’autofinancer. Mais je ne pense pas que notre Code de déontologie et les règles qui régissent notre profession libérale l’autorisent. J’imagine qu’il faudrait donc que les collectivités territoriales parviennent à négocier une dérogation pour ce faire… Si jamais cela devait venir à l’ordre du jour, je ne m’y opposerai pas.

PHILIPPE BOIDIN
Adjoint au maire de Saint-Omer (Pas-de-Calais), praticien canin à Arques
J’aimerais plutôt créer une fourrière intercommunale

Un vétérinaire communal, j’ai du mal à imaginer ce que cela pourrait être. En revanche, je reconnais que les animaux errants posent souvent un énorme problème dans les communes. Ici, par exemple, la Société protectrice des animaux (SPA) intervient durant les heures d’ouverture. Mais, notamment les samedis et dimanches, il n’y a plus personne pour répondre aux appels. Du coup, les gens téléphonent soit à la mairie, soit au vétérinaire de garde. Or ce n’est pas le travail de ce dernier, d’autant plus qu’il peut ne pas être du tout équipé pour ce faire… C’est pourquoi j’aimerais proposer la création d’une fourrière intercommunale, qui fonctionnerait uniquement en dehors des heures de garde qui existent déjà. Si ce nouveau mécanisme pouvait être pris en charge par notre communauté de communes, j’ai calculé que le coût en reviendrait à environ 1 € par an et par habitant. Ce ne serait donc pas une fortune, d’autant plus qu’il ne fait pas oublier que les animaux errants peuvent malheureusement aussi parfois provoquer de graves accidents ! Franchement, ils posent un véritable problème à des villes comme la nôtre, de taille moyenne, situées en outre à proximité de milieux ruraux.

JOËL BALANDRAUD
Maire de la commune nouvelle d’Évron (Mayenne), ancien praticien bovins et chevaux
Je n’imagine pas cette fonction dans ma commune

Lors de ma précédente mandature, nous nous sommes posé la question d’embaucher un maraîcher communal pour la ville. Mais cela semble très compliqué, en raison de tout ce qui concerne les règles régissant la fonction publique. De plus, les vétérinaires sont connus pour exercer une profession où les rendements se font sur des temps de travail importants, voire « démentiels ». Par conséquent, j’ai du mal à comprendre comment un vétérinaire communal pourrait fonctionner. De prime abord, sans avoir étudié de façon poussée cette idée, j’aurais naturellement plutôt tendance à dire que je n’imagine pas avoir un vétérinaire communal dans ma commune.

Abonné à La Semaine Vétérinaire, retrouvez
votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr