ÉTABLIR UN DIAGNOSTIC FIABLE DE L’ENCÉPHALITOZOONOSE - La Semaine Vétérinaire n° 1846 du 20/03/2020
La Semaine Vétérinaire n° 1846 du 20/03/2020

FILIÈRE CUNICOLE

PRATIQUE MIXTE

FORMATION

Auteur(s) : SAMUEL BOUCHER

CONFÉRENCIER

SAMUEL SAUVAGET • BENOÎT DILÉ. Article rédigé d’après une conférence faite lors des journées cunicoles du réseau cristal à vallet (Loire-Atlantique), le 20 septembre 2019.

Selon les statuts sanitaires des troupeaux, la prévalence de l’encéphalitozoonose varie de 4 à 97 % chez les lapins domestiques1. Un faible nombre d’animaux contaminés développera cependant la maladie. En élevage, la baisse de gain moyen quotidien (GMQ) chez un lapin infesté peut être de 11 %, aboutissant alors à un “tri naturel” des animaux dont le lot perd de son homogénéité. Dans ce contexte, il est donc important de bien faire le diagnostic en recherchant le parasite systématiquement en cas de croissance ralentie inexpliquée par des éléments plus habituels.

Trois formes de la maladie

La maladie est due à une microsporidie, Encephalitozoon cuniculi, intracellulaire, qui produit des spores de très petites tailles (2,5 x 1,5 µm). Les lapins se contaminent en ingérant ou en inhalant ces spores éliminées par les urines, et au début du cycle, par les fèces. La contamination via le sperme ou par voie transplacentaire est possible. Le parasite, 30 jours après être passé par le tractus digestif, atteint les reins ou l’arbre respiratoire. Il poursuit un cycle assez bref de 24 à 48 heures. Habituellement asymptomatique, la maladie peut se développer sous trois formes : rénale, oculaire ou nerveuse. Elle peut être respiratoire au début de l’infection. Dans la forme rénale, une polyuro-plydipsie est notée. Au niveau histologique, des petites vésicules contenant un liquide clair sont observées à la surface des reins, associées à une dégénérescence de l’épithélium rénal.

La forme nerveuse se caractérise par les symptômes d’une encéphalite, mais aussi des crises convulsives, des tremblements, un nystagmus ou encore une incoordination motrice. Il conviendra alors d’établir le diagnostic différentiel avec une simple otacariose (gale d’oreille) ou une infection de l’oreille interne, souvent due à des pasteurelles.

Dans la forme oculaire, le lapin présente une rupture spontanée de la capsule du cristallin, associée à une uvéite, souvent sur un seul œil. Cette forme ferait suite à une infection intra-utérine.

S’aider des examens de laboratoire

La démarche diagnostique doit être menée avec rigueur. Sur les animaux vivants, elle implique une recherche des spores dans les urines, voire dans les fèces, les sécrétions respiratoires ou le liquide cérébrospinal. Cependant, l’excrétion des spores n’est pas constante et il est possible de “passer à côté”.

Des méthodes sérologiques ont également été développées ces dernières années. Une simple prise de sang suffit alors. La technique met en évidence des anticorps témoins d’une infestation, 13 jours après l’infestation primaire, mais ne permet pas de dire si l’animal est en phase de maladie au moment de l’analyse. Ces anticorps persistent 2 à 3 mois. L’imagerie médicale couplée à la sérologie peut aider à différencier les causes d’un syndrome vestibulaire dû à une encéphalitozoonose (IgM présents et bulle tympanique vide) ou à une pasteurellose (IgM absents et bulle pleine de pus).

Sur des animaux sacrifiés, il est possible de faire pratiquer un examen histologique des reins et de l’encéphale. On observera une néphrite tubulo-interstitielle multifocale, et une encéphalite nécrosante multifocale. Le parasite sera mis en évidence dans les formes aiguës ou subaiguës, mais il sera beaucoup plus difficile de le localiser dans les formes chroniques. Après énucléation, ou après phacoémulsification quand la cataracte est installée, il est également possible de diagnostiquer l’encéphalitozoonose par polymerase chain reaction (PCR) sur tissu.

À noter qu’une spécialité à base de fembendazole présentée en pâte orale a reçu à l’étranger une autorisation de mise sur le marché avec une indication de soin contre l’encéphalitozoonose. La dose recommandée est de 20 mg/kg/j pendant 1 mois.

1. Le lapin sauvage est peu contaminé.

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