VETSIMS, UNE PRÉPARATION À LA PRATIQUE - La Semaine Vétérinaire n° 1845 du 13/03/2020
La Semaine Vétérinaire n° 1845 du 13/03/2020

ENVA

COMMUNAUTÉ VÉTÉRINAIRE

Auteur(s) : TANIT HALFON

Depuis 2015, l’école nationale vétérinaire d’Alfort s’est équipée d’une salle de simulation afin que les étudiants puissent s’entraîner aux gestes techniques du praticien. La salle s’est progressivement enrichie de matériels pédagogiques.

À l’instar des préconisations en santé humaine, les écoles nationales vétérinaires développent depuis quelques années des méthodes pédagogiques fondées sur la simulation de santé. Le principe est le même qu’en humaine : « Jamais sur le patient la première fois ». à l’école nationale vétérinaire d’Alfort (ENVA), la salle de simulation VetSims a ouvert ses portes aux étudiants en septembre 2016. 120 m2 d’espace réservé à l’apprentissage sans stress de la pratique, notamment grâce à des mannequins, certains particulièrement réalistes. « L’idée est de pouvoir confronter nos étudiants à des gestes techniques plus tôt dans le cursus, afin de mieux les y préparer et de développer leur autonomie, explique Henry Chateau, enseignant-chercheur en anatomie à l’ENVA et directeur des formations. Dans la suite du cursus, ils pourront alors davantage se focaliser sur le raisonnement clinique. » Une formule qui est « préparatoire et complémentaire des cliniques ». De plus, « les étudiants peuvent s’entraîner à certains gestes qu’il est impossible de proposer à chacun d’entre eux et dans tous les cas de figure sur des animaux vivants, comme le vêlage dystocique, avec notre mannequin de vache. »

Apprendre sans stress

À VetSims, l’apprentissage se fait pas à pas : les quelque 150 ateliers pratiques sont associés à des fiches, classées suivant leur niveau de difficulté, détaillant les objectifs à atteindre, ainsi que les étapes à suivre pour y arriver, photos voire vidéos à l’appui (système QR code). Une aide qui permet à l’étudiant d’avancer à son rythme, et sans devoir être forcément encadré par un enseignant. « Cet autoapprentissage est relativement efficace car il y a moins de contraintes, moins de stress. C’est un espace de travail à la fois concret et ludique », souligne l’enseignant. La salle est laissée libre d’accès à tous les étudiants sur des créneaux horaires prédéfinis. D’autres sont réservés à des séances inscrites à l’emploi du temps, en particulier en 2e et 3e années. L’encadrement ne se limite pas aux fiches : l’ENVA s’est adjoint les services d’un ingénieur pédagogique, Louis Ballet, en charge de veiller au bon déroulé des ateliers. « Ma mission principale est d’accompagner les étudiants qui me sollicitent pour toutes questions relatives au fonctionnement des outils, explique-t-il. En parallèle, je participe à l’élaboration des ateliers, leur mise en œuvre pratique ainsi que la recherche de sponsors1. » Des enseignants-chercheurs viennent aussi régulièrement faire des démonstrations, dans le cadre des unités d’enseignement.

« Confiance et habileté »

« Nous avons de bons retours de la part de nos étudiants. Cela apporte confiance et habilité pour réaliser le geste la première fois sur un animal vivant », soutient Henry Chateau. Ce que semble confirmer une récente thèse2 dont l’objectif était d’évaluer l’intérêt de l’atelier consacré à l’apprentissage de la gestion des dystocies dans l’espèce bovine, en comparant deux groupes d’étudiants de 3e année, dont un avec un accès à la salle de simulation pour s’entraîner en plus des cours théoriques. Résultat : ces étudiants obtenaient de meilleurs résultats autant pour les questions pratiques que théoriques. VetSims est amené à évoluer : il est ainsi prévu l’achat prochain d’un mannequin de cheval grandeur nature. Sans oublier le fait que de nouveaux ateliers sont constamment créés, notamment dans le cadre des thèses d’exercice vétérinaire ou en collaboration avec les autres ENV, en particulier Virtual Vet à Oniris. Par ailleurs VetSims ne se limite pas qu’aux gestes techniques. Preuve en est avec le développement du e-learning, et le projet de modules de visite virtuelle en élevage porcin et en abattoir. Mais pas que. « La simulation, c’est d’une part Mim’Alfort, c’est-à-dire un espace pour apprendre les gestes techniques, et d’autre part Com’Alfort, qui correspond à des ateliers faisant intervenir des acteurs pour simuler des situations difficiles ou conflictuelles en consultation. L’objectif affiché est de continuer à contextualiser au maximum les situations reproduites en faisant converger ces approches », explique Henry Chateau. La formation initiale avance, pas à pas.

1. Certains sponsors aident financièrement, d’autres font des dons de matériel.

2. « Intérêt d’un atelier de simulation scénarisé par e-learning dans l’apprentissage de la gestion des dystocies dans l’espèce bovine ». Thèse vétérinaire soutenue en 2019 par Morgane Selig (ENVA).

LES QUATRE ÉCOLES DÉVELOPPENT LA SIMULATION

→ Oniris (Nantes) a été la première école vétérinaire française à ouvrir sa salle de simulation en 2012, suivie d’Alfort en 2016 et de VetAgro Sup (Marcy-L’étoile) en 2018. L’école nationale vétérinaire de Toulouse disposera d’une salle d’autoapprentissage d’ici fin janvier 2020. Toutes échangent entre elles pour améliorer leurs pratiques.

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