CORONAVIRUS : LES RÉPONSES À APPORTER AUX PROPRIÉTAIRES - La Semaine Vétérinaire n° 1845 du 13/03/2020
La Semaine Vétérinaire n° 1845 du 13/03/2020

ÉPIDÉMIE

PRATIQUE CANINE FÉLINE NAC

Auteur(s) : ANNE-CLAIRE GAGNON

Rien n’indique à ce jour que les chiens et les chats puissent jouer un rôle dans la propagation du Sars-CoV-2 agent du Covid-19. Cependant, il convient de rappeler par précaution les règles d’hygiène élémentaires.

Depuis le début de l’épidémie de Covid-19, chats et chiens paient un lourd tribut aux peurs irrationnelles des humains. Pourtant, en l’état actuel des connaissances, rien ne prouve qu’ils puissent jouer un rôle épidémiologique dans cette maladie1, même si à Hongkong un chien, sans signes cliniques, semble avoir été contaminé par sa propriétaire infectée et aujourd’hui hospitalisée. Les vétérinaires sont en première ligne face aux questions que peuvent se poser les propriétaires. Étienne Thiry, professeur en virologie à la faculté de médecine vétérinaire de l’université de Liège, répond à des cas concrets pouvant se présenter en consultation.

Mon voisin a été hospitalisé pour une suspicion de Covid-19 et je viens m’occuper de son chien et son chat : comment dois-je procéder ? Dois-je aérer l’appartement ? Puis-je désinfecter le sol ?

Étienne Thiry : Comme les coronavirus sont peu résistants dans l’environnement et que le Sars-CoV2 se transmet par voie respiratoire, il convient de respecter une distance de 1 m avec le museau du chien et du chat, à titre de précaution. Ceci, dans l’attente d’une meilleure connaissance de l’infection chez les animaux domestiques qui permettra d’adapter éventuellement ces conseils. Il est possible de caresser les chiens et les chats, en évitant cependant le contact proche avec les muqueuses orale, respiratoire et oculaire. J’espère que le chien n’est pas trop affectueux et ne tente pas de vous lécher facilement, auquel cas vous devez éviter ce type de contact ! Aérer l’appartement et désinfecter le sol pour réduire la contamination par ce virus est sage. Il est bien sûr nécessaire de respecter les consignes de nettoyage soigneux des mains (poignets inclus) au savon, puis, après séchage, de désinfecter les mains par une solution hydroalcoolique à 70 % durant 30 secondes. Une précaution supplémentaire est de réserver des vêtements de surface pour le soin de ces animaux et de se changer dans l’appartement à l’entrée et avant de sortir, en évitant le contact entre les vêtements d’intérieur et d’extérieur.

Un de mes clients est consigné en quarantaine. Il me demande quelles précautions il doit prendre pour sortir promener son chien et s’il peut laisser son chat aller et venir comme à son habitude.

Si le chien n’a pas de parcours extérieur dans le jardin, il sera promené par un proche que le chien connaît et dont il peut facilement s’approcher. La laisse et le matériel (sac à fèces, par exemple) doivent être à disposition sans que le propriétaire ne les touche. Le proche portera des vêtements de surface réservés à cet usage et gardera une distance de 1 m avec le museau du chien. Lors de la promenade, il fera attention que le chien ne se trouve pas à proximité immédiate d’un congénère. À titre de précaution, il est utile de ramasser et de jeter les fèces dans un sac réservé à cet usage. Après la promenade, il convient d’appliquer les mêmes mesures d’hygiène précédemment citées. En l’absence de connaissance sur l’infection du chat, il est recommandé de le garder à l’intérieur avec le matériel nécessaire de nourriture et de litière. Ces recommandations seront à adapter selon d’éventuelles nouvelles données.

J’interviens avec mon chat et mon chien en médiation animale dans des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) et des maisons de retraite. Dois-je suspendre mes activités ?

À titre de précaution, il est raisonnable de suspendre ces activités. La contamination, qu’elle soit passive ou active, a été reconnue chez un chien (encadré). Les données manquent pour le chat, quoiqu’il puisse être infecté avec succès par le virus du Sars, qui est apparenté au Sars-CoV-2. Cependant, la précaution s’impose pour deux raisons. D’abord les personnes en contact sont âgées et potentiellement atteintes de maladies chroniques. À ce titre, elles font partie d’une population très vulnérable envers le Sars-CoV-2. De plus, cette activité amène à fréquenter plusieurs établissements avec un risque de propagation du virus. Même si les animaux visiteurs sont très bien soignés, il convient d’éviter qu’ils puissent être contaminés, même passivement, par le virus qui peut persister plusieurs heures dans l’environnement.

Quelle conduite l’équipe vétérinaire doit-elle tenir avec des animaux de personnes testées positives ou infectées par le Covid-19 ?

Ces animaux respecteront la même quarantaine que leur propriétaire. Toute intervention médicale sera différée. En cas d’urgence, ils seront soignés au mieux chez leur propriétaire. Le vétérinaire portera un équipement de protection individuelle de même nature que celui revêtu par le personnel médical au chevet du malade et respectera les consignes de nettoyage et de désinfection préconisées pour la médecine humaine. Si l’animal est hospitalisé, il convient de réserver une cage en isolement et d’utiliser les mêmes procédures de biosécurité qu’en cas de maladie contagieuse. Les substances biocides actives envers les parvovirus et calicivirus sont a fortiori virucides envers les coronavirus.

1. www.bit.ly/2IzPex3, www.bit.ly/3aEYfkt, www.bit.ly/39IhLwE.

LA TRANSMISSION DU SARS-COV-2 EST INTERHUMAINE

Trois animaux de compagnie, deux chiens et un chat, ont fait l’objet de dépistage pour le Sars-CoV-2 à Hongkong. Un chien et un chat ont présenté des tests négatifs et un chien de 17 ans a obtenu des tests faiblement positifs, la détection d’ARN viral ayant été faite par polymerase chain reaction (PCR) sur les écouvillons nasaux et oraux les 26 et 28 février. Ce chien a été placé en quarantaine fin février, sa propriétaire étant atteinte du Covid-19. Le 2 mars, seul le test pratiqué sur un écouvillon nasal s’est révélé faiblement positif, mais sans pouvoir préciser si le matériel génétique détecté était infectieux ou pas. Le chien ne présente pas de symptômes, mange bien et reste sous surveillance. Les tests réalisés sur l’écouvillon rectal et les fèces ont été négatifs à chaque fois. Des examens complémentaires (sérologiques) sont toujours en cours. Vanessa Barrs, responsable du département de santé des animaux de compagnie, de santé publique et de pathologie infectieuse de l’université vétérinaire de Hongkong, a précisé qu’il n’était pas surprenant que ce chien ait été exposé au virus par son propriétaire atteint par le Covid-19. Mais la transmission du Sars-CoV-2 reste interhumaine. « Ces résultats suggèrent une infection de bas niveau pour ce chien, comme cela avait été le cas pour de nombreux animaux de compagnie lors de l’épidémie de 2003. L’expérience avec le Sars montre que les chats et les chiens ne deviennent pas malades ni ne transmettent le virus aux humains. »

Prévenir les abandons

L’équipe vétérinaire de City University of Hongkong travaille avec les associations de protection animale pour éviter toute réaction de panique et abandons. « La meilleure des préventions du Covid-19 est d’adopter une bonne hygiène », rappelle Vanessa Barrs. Pour les propriétaires qui le souhaitent, à titre de précaution supplémentaire, elle indique qu’il est possible de désinfecter leurs pattes et leur pelage avec une lingette désinfectante avant de rincer.

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