LES SPÉCIFICITÉS DES POLYARTHRITES CHEZ LE CHAT - La Semaine Vétérinaire n° 1844 du 06/03/2020
La Semaine Vétérinaire n° 1844 du 06/03/2020

ARTICULATIONS

PRATIQUE CANINE FÉLINE NAC

FORMATION

Auteur(s) : MYLÈNE PANIZO

CONFÉRENCIÈRE

CINDY CHERVIER, diplomate ECVIM-CA, spécialiste en médecine interne au centre hospitalier vétérinaire Massilia (Marseille).

Article rédigé d’après une conférence présentée à l’Afvac à Lyon (Rhône), en novembre 2019

Les polyarthrites sont des inflammations de plusieurs articulations, courantes chez le chien. Chez le chat, elles sont plus rares, mais probablement sous-diagnostiquées car leur symptomatologie est plus fruste. Leurs causes et leurs présentations cliniques sont différentes de celles du chien. Connaître les spécificités des polyarthrites félines permet de mieux les suspecter et ainsi de pouvoir les prendre en charge plus efficacement.

Des origines variées

Les polyarthrites sont classées de la même façon chez le chat et le chien (dysimmunitaires/infectieuses et érosives/non érosives), mais leurs fréquences sont différentes. Les polyarthrites félines sont plus souvent infectieuses que celles du chien et, s’agissant des polyarthrites dysimmunitaires, les formes érosives sont plus fréquentes que chez le chien.

– Les polyarthrites infectieuses résultent de la multiplication d’un agent pathogène directement dans l’articulation, via une dissémination hématogène à partir d’un foyer infectieux à distance (endocardite, discospondylite, etc.). Lors de monoarthrite, il s’agit d’une inoculation directe à la suite d’une morsure, par exemple. La plupart des polyarthrites infectieuses sont non érosives, sauf exceptions (polyarthrites bactériennes chroniques, mycoplasmes). Concernant les germes en cause, il peut s’agir de bactéries conventionnelles, dont les plus fréquentes sont les Pasteurella spp, et les Streptococcus spp du groupe D. Des polyarthrites à mycoplasmes sont également décrites (six cas). Ces bactéries sont des agents commensaux (du système respiratoire, urogénital, ou des conjonctives et du pharynx) qui atteignent les articulations par la circulation sanguine à partir d’un foyer primaire respiratoire, conjonctival ou urogénital. Dans ces publications, les chats atteints présentaient plus souvent une immunodépression (FIV ou FeLV1 positif, lymphome, etc.). Les polyarthrites dues aux mycoplasmes sont probablement sous-diagnostiquées. Des polyarthrites dues à des bactéries de forme L (sans paroi), similaires aux mycoplasmes, sont plus rares. Elles apparaissent généralement après une inoculation directe consécutive à une morsure, puis s’étendent par dissémination locale et hématogène, à l’origine d’abcès sous-cutanés, de trajets fistuleux et de polyarthrites septiques. Les calicivirus peuvent aussi être une cause de polyarthrite infectieuse, soit par une infection naturelle, soit survenant après la vaccination (notamment chez les chatons) ; la résolution clinique est souvent spontanée, en quelques jours. Plus rarement des cas de polyarthrites dues à un coronavirus lors de PIF2 ou à une cryptococcose ont été rapportés.

– Les polyarthrites dysimmunitaires sont dues à des réactions d’hypersensibilité de type III, qui induisent la formation d’immuns complexes, soit directement dans l’articulation, soit dans le sang avec dépôt ensuite dans l’articulation. Elles sont classées en formes érosives et non érosives selon des critères radiographiques. Parmi les formes érosives figurent une forme principalement érosive (polyarthrite rhumatoïde), qui est rare (prédisposition des siamois), et une autre forme, principalement proliférative, plus fréquente chez le chat : la polyarthrite périostée proliférative, qui entraîne une prolifération des lésions osseuses. Une prédisposition est constatée chez les jeunes adultes mâles. Les polyarthrites dysimmunitaires non érosives peuvent être déclenchées par une stimulation antigénique d’origine infectieuse (type II dans la classification de Bennett), par exemple à partir d’un foyer infectieux localisé (pyélonéphrite, pneumonie, etc.) ou d’une maladie infectieuse systémique (PIF, FIV, FeLV, toxoplasmose, etc.), en lien avec une entéropathie (type III) ou d’origine néoplasique (type IV, tumeurs hématopoïétiques en majorité). Lors de polyarthrites idiopathiques, l’origine de la stimulation antigénique n’est pas identifiée (type I). Lors de lupus érythémateux systémique, l’atteinte articulaire est plus rare chez le chat que chez le chien (36 % versus 78 %).

Des symptômes souvent frustes

Des difficultés locomotrices (démarche raide, hésitante, étirements fréquents, difficultés à sauter, “marche sur des œufs”) peuvent être constatées chez le chat et le chien. Il est plus rare d’observer une boiterie chez le chat et plus fréquent de constater uniquement une diminution de l’activité, une malpropreté, une douleur non spécifique, une dysorexie ou une prostration. Les polyarthrites sont aussi à prendre en compte dans le diagnostic différentiel d’une fièvre d’origine indéterminée. À l’examen des articulations, une distension, une chaleur, une déformation ou une ankylose peuvent être notées.

Les examens complémentaires à effectuer

– Ponction. La démarche diagnostique est la même que celle à effectuer lors de suspicion de polyarthrite chez le chien. Bien que le praticien soit parfois plus réticent à ponctionner une articulation d’un chat, l’analyse des liquides articulaires par arthrocentèse est le seul examen permettant de confirmer une polyarthrite. La technique est la même que celle réalisée chez le chien, sous anesthésie générale. En cas de polyarthrite, le liquide articulaire présente une cellularité augmentée (> 3 000 cellules/µl) et une population de neutrophiles élevée (> 10 %). En cas de polyarthrite septique, des bactéries peuvent être visualisées lors d’un examen cytologique. Chez le chat, il importe de réaliser un examen bactériologique avec une culture aérobie et anaérobie (si possible avec un milieu de culture spécifique pour les mycoplasmes). Il est intéressant de réaliser une recherche par polymerase chain reaction (PCR) pour les mycoplasmes et le calicivirus. Des faux négatifs sont possibles.

– Les radiographies permettent de qualifier la polyarthrite d’érosive ou de non érosive. Chez le chat, les polyarthrites sont plus souvent érosives que chez le chien. Les lésions peuvent n’apparaître à la radiographique qu’au bout de 10 à 12 semaines. Lors de polyarthrite rhumatoïde, des lésions destructives de l’os sous-chondral “à l’emporte-pièce” sont principalement notées. Lors de polyarthrite périostée proliférative, une prolifération périostée et une ankylose articulaire sont présentes. Lors de polyarthrite non érosive, il n’y a pas de lésion osseuse, mais uniquement un gonflement des tissus mous péri-articulaires et une distension de la capsule articulaire.

– Il convient ensuite d’effectuer une recherche étiologique, qui passe par une analyse complète sanguine et urinaire (dont le rapport protéines sur créatinine urinaires), ainsi qu’un test FIV-FeLV. Un foyer primaire infectieux et un processus tumoral peuvent être recherchés par des examens d’imagerie. Selon le contexte, des maladies infectieuses (PIF, toxoplasmose, maladies vectorielles, etc.) sont à explorer. En cas de suspicion de lupus érythémateux systémique ou de polyarthrite rhumatoïde, un dosage d’anticorps antinucléaires ou de facteurs rhumatoïdes peut être effectué.

Traitement

Lors de polyarthrites septiques, une antibiothérapie à durée prolongée est indiquée (entre 4 à 6 semaines). La molécule utilisée dépend du résultat de l’antibiogramme. Lors de polyarthrite à mycoplasmes ou à bactéries de forme L, la doxycycline est prescrite pendant 6 à 8 semaines (résistance aux â-lactamines). Les formes dysimmunitaires se traitent en fonction de la cause. Si celle-ci n’a pas pu être identifiée, il est recommandé de réaliser systématiquement un essai avec de la doxycycline, pendant 2 à 3 semaines (car des faux négatifs à la culture existent), avant d’entamer un traitement immunosuppresseur (corticoïdes en première intention puis, en cas d’échec, ciclosporine ou chlorambucil). Des rechutes sont possibles. Lors de polyarthrite d’origine virale (calicivirus), le traitement est uniquement symptomatique (analgésiques, anti-inflammatoires non stéroïdiens). La réponse au traitement est moins bonne lors de forme érosive que lors de forme non érosive.

1. Virus de la leucose féline et de l’immunodéficience féline.

2. Péritonite infectieuse féline.

Bibliographie

– Lemetayer J., Taylor S. Inflammatory joint diseases in cats: diagnostic approach and treatment, J. Feline Med. Surg. 2014;16:547-562. – Liehmann L., Degasperi B. et coll. Mycoplasma felis arthritis in two cats. J. Small Anim. Pract. 2006;47:476-479. – Zeugswetter F., Hittmair K. M., de Arespacochaga A. G. et coll. Erosive polyarthritis associated with Mycoplasma gatae in a cat. J. Feline Med. Surg, 2007;9:226-31
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