UNE PERTE D’ACCRÉDITATION TRÈS POLITIQUE - La Semaine Vétérinaire n° 1843 du 28/02/2020
La Semaine Vétérinaire n° 1843 du 28/02/2020

FACULTÉ VÉTÉRINAIRE DE LIÈGE

ANALYSE

Auteur(s) : TANIT HALFON

Alors qu’elle avait été approuvée en 2010, la faculté vétérinaire de Liège a perdu son accréditation européenne de l’AEEEV. Si le système d’évaluation des étudiants est à revoir, le vrai problème est politique.

La limitation du nombre d’étudiants « non-résidents » en Belgique à 20 % pour le cursus vétérinaire et l’instauration, via un décret, d’un concours en fin de 1re année n’y ont rien fait. L’Association européenne des établissements d’enseignement vétérinaire (AEEEV)1 a décidé en décembre de ne pas renouveler son accréditation à la faculté vétérinaire de Liège (Belgique). En cause : un système d’évaluation des étudiants jugé obsolète, sans contrôle adapté notamment des compétences cliniques, et dont les épreuves orales ne sont pas standardisées. Ainsi qu’un nombre excessif d’étudiants, restreignant leur temps d’exposition aux cas cliniques, associé à un manque de personnel encadrant. « Le décret ministériel qui limitait le nombre d’étudiants en 2e année, courrait pour une période de quatre ans, et il arrive à expiration cette année, explique Georges Daube, le doyen de la faculté. Nous sommes en train de négocier son renouvellement avec le ministre, c’est en bonne voie. » Pour le personnel encadrant, le rapport pointe du doigt la question de la pérennité des financements. « En 2003, nous avons disposé de crédits exceptionnels pour engager du personnel afin d’encadrer un afflux massif d’étudiants. Les crédits sont renégociés chaque année. Dans ce contexte, toute une série de postes ne sont pas officiellement stabilisés. Mais le recteur de l’université devrait garantir le maintien du niveau de personnel », affirme le doyen de Liège. Les négociations en cours, qui étaient pourtant connues des experts, n’auront pas permis de garder l’accréditation.

Vers une solution pérenne ?

En clair, l’AEEEV manquait de garanties. « L’association rend in fine un service à la faculté, car un rapport d’audit objectif et indépendant est le moyen le plus efficace pour convaincre les politiques de prendre une décision pérenne quant à l’adéquation du nombre d’étudiants aux capacités d’enseignement disponibles », souligne Pierre Lekeux, coordinateur de l’AEEEV. Un pari qui sera gagnant ? « La filière vétérinaire est la seule pour laquelle nous avons des éléments de comparaison à l’échelle européenne. Des éléments chiffrés essentiels pour corriger nos lacunes, et les montrer aux politiciens », conçoit Georges Daube. Pour lui, les décisions politiques ont amené à des situations aberrantes. « Avoir 600 diplômés par an en Belgique quand en France il y a en 650, ce n’est pas normal. En Wallonie, nous n’avons besoin que de 50 à 60 praticiens francophones par an pour remplacer les départs en retraite », indique-t-il. De plus, 250 diplômés par an dans deux ans, c’est encore trop. « En théorie, notre capacité d’accueil est de 200 étudiants », précise-t-il. Pour autant, il reste prudent : « En Belgique, nous avons tardé à mettre en place un concours d’entrée, car cela n’aurait sélectionné que des étudiants issus des classes sociales supérieures. Nous ne voulons pas arriver à cela, donc il faudra aussi discuter des modalités du concours. » Si cette perte d’accréditation pourrait ternir l’image de la faculté, Georges Daube n’est pas inquiet car la qualité de l’enseignement n’est pas remise en cause, et les négociations avec les politiques suivent leur cours. Il espère d’ailleurs pouvoir demander une nouvelle visite de l’AEEEV dès le début de l’année 2021.

1. Ou A3EV ou EAEVE pour European association of establishments for veterinary education.

Une procédure bien codifiée

L’évaluation de l’AEEEV a pour objectif de vérifier que les qualifications apportées par la formation sont compatibles avec les directives européennes et les standards européens relatifs à l’enseignement supérieur. Pour ce faire, des experts de l’association vérifient une centaine de critères1 regroupés sous différentes thématiques. Pour chaque critère, trois résultats sont possibles : critère conforme, critère partiellement conforme, ce qui correspond à une déficience mineure, et critère non conforme. Ce dernier cas correspond à une déficience majeure. À la clé : un rapport qui sera ensuite examiné par l’Ecove2, un comité constitué de membres de l’AEEEV et des fédérations vétérinaires européennes, qui pourra suivre les conclusions du rapport, ou non. La présence d’une seule déficience majeure entraîne une accréditation provisoire valide pour trois ans. Avec plusieurs, il y a perte d’accréditation. Cette dernière est valable sept ans.

1. www.bit.ly/2VbFlx9.

2. European Committee of Veterinary Education.

Abonné à La Semaine Vétérinaire, retrouvez
votre revue dans l'application Le Point Vétérinaire.fr