LE BÉNAZÉPRIL PRÉSENTE UN INTÉRÊT LIMITÉ - La Semaine Vétérinaire n° 1842 du 21/02/2020
La Semaine Vétérinaire n° 1842 du 21/02/2020

MYOCARDIOPATHIE FÉLINE

PRATIQUE CANINE FÉLINE ET NAC

FORMATION

Auteur(s) : TAREK BOUZOURAA

Lors de cardiopathie chez le chat, l’activation du système rénine-angiotensine-aldostérone génère une suite d’événements qui aboutis sent à l’insuffisance cardiaque. Dans l’objectif d’agir en bloquant cette cascade délétère, certains cardiologues vétérinaires ont supposé par le passé1 que l’emploi d’un inhibiteur de l’enzyme de conversion de l’angiotensine (IECA), lors de myocardiopathie chez le chat, pourrait revêtir un intérêt et retarder la progression pathologique. Une étude de premier rang a récemment été publiée dans le Journal of Veterinary Internal Medicine2.

Des critères d’inclusion, d’exclusion et de randomisation sélectifs

En respectant un protocole prospectif et multicentrique, tous les chats atteints d’une myocardiopathie congénitale ou acquise clairement caractérisée selon des critères épidémiocliniques et échocardiographiques consensuels ont été inclus au sein de plusieurs centres de référence mondiaux par des spécialistes en cardiologie vétérinaire. Ainsi, les chats présentant une myocardiopathie hypertrophique, restrictive, inclassable ou dilatée, une endocardiose ou une cardiopathie congénitale (dysplasie mitrale et sténose aortique) ont été inclus. Les cas d’atteinte contemporaine extracardiaque (hyperthyroïdie, hypertension, épanchement pleural) ont été exclus.

Les chats inclus ont été soumis à une randomisation en prenant soin de constituer deux groupes homogènes au regard des caractéristiques épidémiologiques, cliniques et échocardiographiques. Ils ont reçu, de manière aléatoire et en aveugle, du bénazépril ou un placebo ajouté à un protocole de soin consensuel (associant principalement des diurétiques en cas de congestion, des antiaggrégants : aspirine et clopidogrel, voire un antiarythmique) lors de leur prise en charge et de leur suivi. Ainsi, du bénazépril a été administré à 77 chats et un placebo à 74 chats à la place de l’agent étudié. Le nombre de sujets dont la cardiopathie a évolué vers une décompensation a atteint un total de 29/77 pour le groupe recevant du bénazépril (38 %) pour un total de 22/74 chats recevant le placebo (30 %). Ces valeurs ne différaient pas statistiquement. La principale conclusion de cette étude est que l’emploi de bénazépril avec un protocole de soins usuel n’o re pas nécessairement d’avantages en matière de qualité et de durée de survie, ni au regard des critères échocardiographiques évalués durant le suivi. En e et, il n’existait pas de différence significative entre les deux groupes à la fin de l’étude.

Plusieurs limites à l’étude

En considérant le nombre de cas recrutés, la grande diversité des affections diagnostiquées et l’importante variabilité des stades d’insuffisance cardiaque considérés, les auteurs ont estimé qu’il était délicat de tirer des conclusions définitives. En e et, chez des chats présentant une cardiopathie préclinique dont la progression est insidieuse et lente, l’impact biologique d’un médicament dont l’activité sur le système cardiovasculaire demeure faible et limitée sera difficilement appréciable dans le temps au sein d’un groupe aussi limité. Cette notion est renforcée par le faible nombre de cas ayant présenté un épisode congestif durant le suivi avec ou sans bénazépril (respectivement 38 % et 30 %). Par ailleurs, l’étude présente pour principale limite de rapporter des résultats publiés en 2019, soit 13 à 17 ans après la récolte des données ayant eu lieu entre 2002 et 2006, donc il y a longtemps au regard de l’évolution des connaissances scientifiques, des progrès du diagnostic échocardiographique (nouveaux marqueurs fiables) et de la prise en charge thérapeutique (la prescription d’antiagrégeant n’étant pas systématique auparavant). Les cardiologues impliqués dans l’étude gardent ainsi à l’esprit que malgré la puissance et le modèle de l’étude décrite, l’intérêt du bénazépril lors de cardiopathie chez le chat devra faire l’objet d’investigations futures.

1. Rush J. E., Freeman L. M., Brown D. J., Smith F. W. Jr. The use of enalapril in the treatment of feline hypertrophic cardiomyopathy. J. Am. Anim. Hosp. Assoc. 1998;34 :38-41 ; Amberger C. N., Glardon O., Glaus T. et coll. E ects of benazepril in the treatment of feline hypertrophic cardiomyopathy. Results of a prospective, open-label, multicenter clinical trial. J. Vet. Cardiol. 1999;1 :19-26 ; Taugner F. M. Stimulation of the renin-angiotensin system in cats with hypertrophic cardiomyopathy. J. Comp. Pathol. 2001;125 :122-129.

2. King J. N., Martin M., Chetboul V. et coll. Evaluation of benazepril in cats with heart disease in a prospective, randomized, blinded, placebo-controlled clinical trial. J. Vet. Intern. Med. 2019;33 :2559-2571.

Selon une étude, l’emploi de bénazépril avec un protocole de soins usuel n’o re pas nécessairement d’avantage en matière de qualité et de durée de survie, ni au regard des critères échocardiographiques évalués durant le suivi.© Clinique Vétérinaire Armonia
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