LE RÔLE PILIER DES VÉTÉRINAIRES À CONSOLIDER - La Semaine Vétérinaire n° 1841 du 14/02/2020
La Semaine Vétérinaire n° 1841 du 14/02/2020

MÉDECINE VÉTÉRINAIRE SOLIDAIRE

ANALYSE

Auteur(s) : MYLÈNE PANIZO

Les vétérinaires œuvrent au quotidien en faveur des animaux des personnes précaires. En parallèle, et pour optimiser la prise en charge de ces animaux, il est nécessaire de mettre en place une coopération et une coordination des différents acteurs.

En France, on dénombre environ 200 000 sans domicile fixe (SDF), dont un tiers possède des animaux, en grande majorité des chiens », a rappelé notre confrère député Loïc Dombreval à l’occasion de la Journée nationale vétérinaire, qui a eu lieu à Paris le 6 février. Une table ronde était organisée par le SNVEL1 autour du thème de la médecine vétérinaire solidaire.

Les animaux pour seul réconfort

Pour ces personnes en rupture avec la société et en déficit affectif, les animaux sont leur seul réconfort. Ils permettent de maintenir le lien social et sont un facteur de réinsertion. Ces animaux subissent de nombreux préjugés : ils sont pourtant la priorité des sans-abri. La grande majorité d’entre eux renonce à des places dans des structures d’accueil pour ne pas se séparer de leur animal, constate Christine Laconde, directrice générale du Samusocial de Paris. En effet, la plupart des centres d’accueil n’acceptent pas les animaux. à Paris, quelques très rares structures accueillent le binôme homme-animal, dont la péniche Le Fleuron, résultant d’un partenariat entre l’Ordre de Malte France et la Fondation 30 Millions d’amis ; elle possède 25 places d’hébergement pour les SDF ayant un chien. D’autres exceptions existent aussi à Lyon et à Marseille.

Malgré les bénéfices dus à la présence d’un animal aux côtés des personnes démunies, certains maires ont pris des arrêtés interdisant le regroupement passif de chiens dans la rue. Plusieurs associations vétérinaires et initiatives locales ont tenté d’apporter des soins aux animaux des personnes en grande précarité. Elles ont été confrontées à des problèmes d’ordre juridique et administratif qui ont nui à leur pérennité (questionnement sur la responsabilité du vétérinaire, sur la prise en charge de l’assurance en cas de complication, médecine foraine interdite, haute autorité de la concurrence s’opposant à une entente tarifaire entre associations et praticiens, etc.).

Un engagement à « faire le bien »

Notre confrère Christophe Buhot, administrateur du SNVEL, a réaffirmé le rôle quotidien des vétérinaires pour œuvrer en faveur des animaux des personnes précaires. Ils répondent au sermon de Bourgelat, dans lequel il est inscrit que les vétérinaires « prouveront par leur conduite qu’ils sont tous également convaincus que la fortune consiste moins dans le bien que l’on a que dans celui que l’on peut faire ». Il est estimé en moyenne que les structures vétérinaires consacrent entre 1 à 5 % de leur chiffre d’affaires aux personnes démunies (actes non comptabilisés, réductions, dons d’aliment ou de matériel, etc.), en plus de leur engagement à trouver des solutions contre les abandons ou les euthanasies non médicalement justifiées. En parallèle, et pour optimiser la prise en charge optimale de ces animaux, il est nécessaire de mettre en place une coopération et une coordination des différents acteurs : associations animales, travailleurs sociaux, pouvoirs publics, en soutien du vétérinaire.

Campagnes intinérantes, consultations gratuites, apport de nourriture

Le dispensaire vétérinaire des étudiants de Lyon, crée en 2008, est un exemple d’initiative réussie. Cette association, gérée par les étudiants de VetAgro Sup, intervient pour apporter gratuitement des soins aux animaux des SDF, et former des travailleurs sociaux quant à la prise en charge de ces animaux. Farida Adlani, vice-présidente de la région Île-de-France chargée de la santé, de la famille et des solidarités, a listé une série de propositions dont certaines ont été élaborées en collaboration avec le conseil régional de l’Ordre des vétérinaires d’Île-de-France. Parmi elles, la mise en place de campagnes itinérantes (vaccination, identification, stérilisation), un partenariat avec l’école nationale vétérinaire d’Alfort pour la création de journées portes ouvertes assurant des consultations gratuites pour les personnes démunies, ou encore l’apport de nourriture et de matériel pour les animaux au sein des épiceries solidaires.

1. Syndicat national des vétérinaires d’exercice libéral.

De gauche à droite, lors de la table ronde du SNVEL : Nathalie Cuman (journaliste), Christine Laconde (Samusocial de Paris), Farida Adlani (région Île-de-France), Loïc Dombreval (député) et Christophe Buhot (Syndicat national des vétérinaires d’exercice libéral).© CNOV
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