LA TÉLÉMÉDECINE : UNE OPPORTUNITÉ POUR LA PROFESSION ? - La Semaine Vétérinaire n° 1841 du 14/02/2020
La Semaine Vétérinaire n° 1841 du 14/02/2020

EXPRESSION

LA QUESTION EN DÉBAT

Auteur(s) : MYLÈNE PANIZO

Le développement de la e-santé laisse entrevoir la possibilité de proposer de nouveaux services aux clients, dont la télémédecine, qui devrait bénéficier d’un cadre réglementaire en 2021.

LE TÉLÉDIAGNOSTIC : PRATIQUE MAIS AVEC DES LIMITES

JULIEN FRITZ (N 14)

Praticien à Saint-Laurent-du-Var (Alpes-Maritimes)

Je travaille dans un centre de vétérinaires spécialistes dont une petite partie de son activité est consacrée au télédiagnostic dans le domaine de l’imagerie médicale. L’objectif est d’interpréter principalement des images de scanner et des radiographies d’animaux de compagnie, envoyées par des vétérinaires exerçant dans toute la France. Les vétérinaires qui font appel à notre service travaillent majoritairement dans des structures qui possèdent un plateau technique conséquent, notamment un scanner, mais qui n’ont pas de spécialistes en imagerie pour en assurer l’interprétation en temps réel. Le télédiagnostic présente toutefois des limites : il arrive que le choix de l’examen n’était pas le plus judicieux ou que la présence d’artefacts techniques complique, voire empêche, une interprétation de qualité. Si des biopsies sont indiquées, le délai dû au télédiagnostic impose une seconde anesthésie générale.

UNE AIDE POUR DES ESPÈCES SENSIBLES AU STRESS

COLINE PRÉVOST (A 15)

Praticienne à Carouge (Genève, Suisse)

En tant que vétérinaire ayant une forte activité nac, je pense que la télémédecine peut avoir un grand intérêt pour ces espèces, surtout pour les oiseaux et les reptiles. Elle permet d’analyser leurs conditions de vie. La majorité des affections observées chez ces espèces est liée à une mauvaise alimentation ou à des installations inadaptées. La télémédecine évite de manipuler l’animal, d’autant plus que les nac sont souvent sujets au stress et sensibles aux variations de température. Pour les propriétaires habitant loin de la structure vétérinaire, la télémédecine pallie cet inconvénient. Elle permet d’obtenir davantage d’informations que par téléphone, et ainsi de rassurer, de donner les premiers conseils ou bien de motiver les propriétaires à aller consulter. Cependant, je crains que l’on ne passe à côté d’un diagnostic sans avoir eu l’animal entre les mains. Il est également à craindre une perte de clients si des services de télémédecine indépendants de nos structures se développent.

REPLACER LE VÉTÉRINAIRE AU CŒUR DE L’ÉLEVAGE EN L’ACCOMPAGNANT

CLÉMENCE LAMBOLEZ (A 18)

Consultante en nutrition pour les animaux d’élevage

Titulaire d’un diplôme d’État en alimentation bovine, je travaille pour une société de conseils qui réalise de la téléassistance et de la téléexpertise dans le domaine de la nutrition en élevage. Des vétérinaires ruraux font appel à nos services par manque de connaissances en nutrition ou pour obtenir un appui technique (conseils sur des analyses à mener, par exemple). Ils m’envoient leurs données d’élevage par e-mail, mais l’essentiel de la communication est réalisé par téléphone. Nous délivrons uniquement des conseils, c’est à eux de décider de leur démarche diagnostique. La téléexpertise et la téléassistance permettent aux vétérinaires qui nous contactent d’acquérir des connaissances et de renforcer la confiance des éleveurs. Le but est de replacer le vétérinaire au cœur de l’élevage en l’accompagnant, particulièrement dans des domaines où la concurrence par des non-vétérinaires se fait de plus en plus ressentir.

1. Voir La Semaine Vétérinaire n° 1838 du 24/1/2020, pages 32 à 37.

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