La Semaine Vétérinaire n° 1820 du 20/09/2019

FILM

DITES-NOUS TOUT

MICHEL BERTROU  

Ce film cultive le mystère. Splendide et minimaliste, il croit en la capacité des images et des sons d’éveiller en nous des sensations ineffables comme celle que suscite la nuit sous un toit le crépitement continu de la pluie. La scène d’ouverture en serait la sublimation onirique. Dans un halo, les arbres d’une futaie s’écroulent les uns après les autres sous les pas d’un géant invisible. Nous assistons alors, au cœur des montagnes de Galice, au retour d’Amador, quadragénaire émacié, qui vient de passer deux ans de prison pour actes pyromanes. Sa vieille mère l’accueille d’un « Tu as faim ? » et ne le juge pas. L’hiver s’écoule dans la routine de leur quotidien âpre, immergé dans la nature, en compagnie d’un chien et de trois vaches. Amador le taiseux se fond dans le paysage détrempé qui reflète sûrement ce qu’il traverse en lui-même. Le printemps arrive, déliant les corps. Une avenante vétérinaire aide Amador à sortir sa vache d’une mare. Les ramenant dans son pick-up, elle lui dit à propos d’une chanson que diffuse l’autoradio : « Tu n’as pas besoin de comprendre les paroles pour aimer la musique. » On ne saurait mieux justifier ce cinéma. La chanson et la caméra glissent doucement à l’arrière, sur la vache qui nous regarde de son œil mouillé. L’émotion de ce plan est indéchiffrable et pourtant réelle. La fin embrasera la tension qui planait comme une menace sur ce monde perdu… et dans le for intérieur d’Amador. Innocent ou coupable, il est la figure même de l’expiation.

Viendra le feu d’Oliver Laxe, avec Amador Arias, Benedicta Sanchez, Espagne, 1 h 25, sortie le 4 septembre.

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