Traitement des hépatopathies chroniques : résumé du consensus Acvim - La Semaine Vétérinaire n° 1818 du 06/09/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1818 du 06/09/2019

SYNTHÈSE

PRATIQUE CANINE

Formation

Auteur(s) : TAREK BOUZOURAA 

L’American College of Veterinary Internal Medicine (Acvim) émet des recommandations thérapeutiques pour la prise en charge des hépatopathies chroniques chez le chien1.

Place des “protecteurs hépatiques”

L’acide ursodésoxycholique2 est un acide biliaire aux bénéfices multiples prescrit lors d’hépatopathie chronique choléstatique (cholangiohépatite, cholécystopathies, essentiellement). La S-adénosylméthionine (SAMe) est un facteur antioxydant dont l’activité biologique est incontestable, bien que les études cliniques soulignant ses bénéfices soient peu nombreuses. La silymarine (extraite du chardon) a prouvé une activité hépato-protectrice en association avec de la SAMe (Zentonil®) lors d’hépatotoxicose induite par l’administration de lomustine chez le chien. La vitamine E possède également des propriétés antioxydantes et, bien que peu d’études détaillent son intérêt, son effet bénéfique est admis par les experts.

Restriction des apports de cuivre lors d’hépatopathies cupriques

La restriction à vie des apports de cuivre devient indispensable dès que la concentration hépatique en cuivre dépasse 600 μg/kg de matière sèche. La prise en charge diététique seule est insuffisante en cas de concentration supérieure à 1 500 μg/kg, ce qui justifie l’emploi de D-pénicillamine comme chélateur, antioxydant, antifibrotique et anti-inflammatoire. Cette dernière doit être administrée à jeun. Le suivi requiert une nouvelle quantification du cuivre tissulaire, tandis que la normalisation de l’activité des alanines aminotransférases (Alat), bien que moins sensible, suggère une réponse favorable. Après normalisation, une supplémentation en zinc peut être proposée en relais de la chélation, en maintenance, pour réduire l’absorption intestinale de cuivre par compétition sur ses récepteurs et favoriser son élimination hépatobiliaire. Cette supplémentation ne doit jamais être proposée durant la phase de chélation. Les antioxydants classiques peuvent être ajoutés sur le plan thérapeutique (voir ci-après). L’identification et la prise en charge d’une éventuelle hépatopathie sous-jacente sont également indispensables.

Le recours à une immunosuppression doit être justifié

Une hépatopathie dysimmunitaire ne peut être envisagée qu’après exclusion d’une infiltration néoplasique, d’une hépatopathie cuprique et d’une cholangiohépatite infectieuse. Dans ce contexte, une immunosuppression avec de la prednisolone seule (1 mg/kg/j) ou en association avec de la ciclosporine (10 mg/kg/j) peut-être envisagée. Afin de réduire les effets délétères relatifs à la corticothérapie, certains experts recommandent l’emploi seul de ciclosporine, voire de mycophénolate-mofétil2 (10 à 20 mg/kg/j). Cependant, la réglementation actuelle en France n’autorise pas sa prescription et son usage chez les animaux de compagnie.

La restriction protéique n’est pas recommandée

Aucune étude ne justifie le recours à un aliment dont l’apport protéique est réduit, hormis lors d’encéphalose marquée. Les protéines de source laitière ou végétale pourront néanmoins être privilégiées. L’apport de lipides n’a également aucunement besoin d’être réduit. En cas de présomption de coagulopathie, une supplémentation en vitamine K et vitamines B6, B9 et B12 peut-être proposée. La restriction en sodium n’est pas nécessaire.

1 Webster C. R. L., Penninck D. G., Center C. A. et coll. Acvim consensus statement on the diagnosis and treatment of chronic hepatitis in dogs. J. Vet. Med. Intern. 2019;33:1173-1200.

2 Pharmacopée humaine.

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