Quels sont les enjeux européens à venir ? - La Semaine Vétérinaire n° 1818 du 06/09/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1818 du 06/09/2019

SANTÉ ANIMALE

ACTU

Auteur(s) : MICHAELLA IGOHO-MORADEL 

Médicament vétérinaire, bien-être animal, sécurité sanitaire des aliments, développement durable de l’élevage, prévention des émergences de maladies ou encore digitalisation : les évolutions dans le domaine de la santé animale recueillent toute l’attention du Syndicat de l’industrie du médicament et réactif vétérinaires (SIMV), qui ouvre les débats sur ces sujets.

Quels seront les grands enjeux européens en matière de santé animale ? Près de deux mois après les élections du nouveau Parlement européen, le Syndicat de l’industrie du médicament et réactif vétérinaires (SIMV) a organisé, le 2 juillet à Strasbourg (Bas-Rhin), sa traditionnelle conférence annuelle1. Un choix et un lieu symboliques puisqu’à la même date se tenait la session inaugurale du nouveau Parlement européen. À l’ordre du jour de cette rencontre, les grands enjeux européens identifiés par des acteurs clés du secteur. Des représentants de l’Agence nationale du médicament vétérinaire (Anses-ANMV), du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, de la profession vétérinaire et de l’industrie de la santé animale ont donné leurs perceptions et leurs attentes. Les orientations politiques des représentants français ont également été présentées. « Nous avons comme objectif dans cette conférence de comprendre ce nouvel environnement européen, car ce qui se passe en Europe a un impact direct sur notre secteur en France », a souligné Jean-Louis Hunault, président du SIMV. Les problématiques de ce secteur et plus largement celles liées au statut de l’animal seront-elles inscrites à l’agenda des institutions européennes ? Jean-Louis Hunault relève en tout cas que peu de nouveaux eurodéputés sont sensibles et experts sur ces questions. Pour Roxane Feller, secrétaire générale d’AnimalhealthEurope, le mot d’ordre face à ce nouvel environnement politique est « adaptation ».

Le médicament 2.0

S’il y a bien un sujet sur lequel les différents intervenants se retrouvent, c’est celui de la réforme réglementaire sur le médicament vétérinaire. Après l’entrée en vigueur du règlement intervenue le 28 janvier 2019, l’heure est aux discussions sur le contenu des 25 actes délégués et d’exécution qui sont attendus pour sa mise en application d’ici 2022. Il s’agit d’un enjeu essentiel pour le secteur. Les acteurs français comptent faire entendre leurs voix. Jean-Pierre Orand, directeur général de l’Agence nationale du médicament vétérinaire (Anses-ANMV), a rappelé les avancées concrètes de ce texte qui a demandé l’implication de nombreux acteurs. Outre l’élaboration d’une liste d’antibiotiques critiques par la Commission européenne, le texte prévoit la création d’une base de données européennes qui facilitera le suivi des ventes et des usages des antibiotiques. Une approche similaire pour les antiparasitaires est envisagée. Le texte autorise également, sous certaines conditions, la vente en ligne des médicaments vétérinaires non soumis à prescription. Il prévoit aussi des modalités de la cascade qui permettront aux praticiens d’utiliser davantage de médicaments. D’autres mesures encore visent à accroître la disponibilité des spécialités vétérinaires, notamment pour les espèces mineures.

Des menaces sanitaires

En plus des enjeux socio-économiques, l’Europe fait face à des menaces sanitaires. La migration des gènes de résistance aux antibiotiques tels que le gène de résistance à la colistine, la résistance aux antiparasitaires, l’émergence de maladies vectorielles comme la fièvre de la vallée du Rift, le réchauffement climatique et la protection de l’environnement sont autant de défis à relever face à la globalisation mondiale des enjeux sanitaires. Les institutions européennes, dont le Parlement européen, ont longuement débattu et adopté des mesures pour y faire face. Jean-Pierre Orand rappelle ainsi que des communications de la part du Parlement européen et de la Commission européenne ont été lancées. Par exemple, le plan d’action européen de lutte contre la résistance aux antibiotiques ou l’approche stratégique de l’impact des médicaments sur l’environnement. L’Agence européenne du médicament (EMA) a également présenté sa réflexion stratégique sur les sciences réglementaires pour répondre aux problèmes de disponibilité de certains médicaments, dont les vaccins, et encourager la recherche. Loïc Evain, directeur adjoint de l’alimentation et chef des services vétérinaires au ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, rappelle que le cadre de la réglementation européenne sur la santé animale a profondément été revu. Outre le règlement sur le médicament vétérinaire, l’application de ceux relatifs aux maladies animales transmissibles (loi de santé animale) et aux contrôles officiels reste un enjeu important. La vaccination y est présentée comme un outil majeur de prévention des maladies. Ces sujets devraient également mobiliser les acteurs de la santé animale, dont la coopération est essentielle pour prévenir et lutter contre les dangers sanitaires. Les autorités françaises restent mobilisées. Ainsi, une task force biosécurité peste porcine africaine (PPA) a été créée pour accompagner les acteurs dans la prévention.

Le boom des enjeux sociétaux

Les nouveaux députés européens prendront-ils le train en marche ? Plusieurs sujets d’actualités devraient influencer leur agenda, mais aussi celui de la Commission européenne, pour répondre aux attentes sociétales en matière de bien-être animal. La nouvelle législature pourrait faire face à une recrudescence de dossiers à ce sujet. Roxane Feller a cité, par exemple, cette pétition, lancée en septembre 2018 par des organisations de défense des animaux d’élevage, qui veut mettre fin à l’élevage en cage. Cette initiative citoyenne européenne (ICE) oblige la Commission européenne à se prononcer dans ce domaine. Le Parlement européen devrait, quant à lui, déclencher une audition. Elle a également mentionné les mouvements “anti-vax” qui rassemblent des propriétaires d’animaux de compagnie de plus en plus septiques face à la vaccination. De son côté, Loïc Evain rappelle que certaines pratiques très controversées (castration des porcelets, caudectomie ou encore pointage) retiennent l’attention de la Commission européenne, d’organisations non gouvernementales (ONG), mais aussi des pouvoirs publics français. « Le législateur teste la vidéosurveillance dans des abattoirs et met en place une expérimentation des abattoirs mobiles », a-t-il souligné.

1 bit.ly/31PDwWC.

Pour en savoir plus

Voir La Semaine Vétérinaire n° 1811 du 1/6/2019, pages 10 et 11.

LE BREXIT, UN CHANTIER INÉDIT

Quel est l’avenir de l’Europe après le Brexit ? La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE) aura une incidence sur la composition du Parlement européen. En cas de Brexit, des partis risquent de perdre des sièges. Mais ce n’est pas l’unique domaine concerné. « D’un point de vue organisationnel, il y a une modification de fond avec le Brexit. Nous travaillons à ses conséquences dans le domaine du médicament vétérinaire. Sans accord, nous serons face à un pays tiers et des modifications importantes sont à prévoir », souligne Jean-Pierre Orand, directeur de l’Agence nationale du médicament vétérinaire (Anses-ANMV). Le Brexit a également un impact sur la politique sanitaire, notamment dans l’Hexagone. « 80 % du trafic entre le Royaume-Uni et l’Union européenne passe par la France. Notre principale préoccupation est la mise en place de postes frontaliers comme il en existe aujourd’hui pour les importations de pays tiers », explique Loïc Evain (Direction générale de l’alimentation, DGAL). En 2019, le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation compte recruter 185 équivalents temps plein : au Havre, à Brest et à Dunkerque et pour six nouveaux postes à créer, entre autres, à Dieppe, à Caen, à Cherbourg et à Saint-Malo, afin de maintenir la fluidité du trafic. Ces postes seront ouverts 24 h/24 et 7 j/7. « Nous avons du mal à recruter des vétérinaires. Nous démarchons des vétérinaires roumains et espagnols », précise-t-il.

LE VÉTÉRINAIRE, UN ACTEUR MAJEUR

Et le vétérinaire dans tout ça ? La conférence annuelle du Syndicat de l’industrie du médicament et réactif vétérinaires (SIMV) a aussi été l’occasion de rappeler le rôle central du vétérinaire pour faire face aux enjeux européens à venir. Éric Lejeau, secrétaire général du Syndicat national des vétérinaires d’exercice libéral (SNVEL) et vice-président de l’Union européenne des vétérinaires praticiens (UEVP), a invité au renforcement du rôle des vétérinaires sur les trois santés (animale, humaine et environnementale) pour aller au-delà du concept One Health, notamment dans un contexte de développement de l’antibiorésistance, des enjeux environnementaux (maintien de la biodiversité, résidus de médicaments dans les eaux) et sociétaux (bien-être animal). Il a ainsi insisté sur l’implication de la profession pour la réussite du plan ÉcoAntibio 1 qui pourrait servir de modèle en santé humaine. « Il serait important d’optimiser les relations avec la médecine humaine pour ne pas rentrer dans une compétition médecine animale/médecine humaine », a-t-il indiqué. Selon lui, les praticiens pourraient aller encore plus loin si leur démarche est soutenue : « À un moment donné, il faudra financer ces investissements faits par les vétérinaires afin que cette dynamique puisse se poursuivre (…). Nous aimerions passer d’un principe de précaution à un principe de prévention, où les vétérinaires seraient considérés comme des gens responsables. » Par ailleurs, les attentes des praticiens comprennent une prise en compte de la nécessité du maintien du maillage vétérinaire. « Les enjeux autour de la politique agricole commune (PAC) sont importants. On pourrait envisager que des aides soient orientées pour des plans de prévention en élevage pour la mise en place de plan de vaccination, par exemple. Cela participerait à un maintien du maillage vétérinaire dans les territoires », poursuit-il. Il pointe particulièrement le problème d’attractivité socio-économique du métier de vétérinaire, ainsi qu’une incompatibilité d’organisation avec le reste de la société. Enfin, il encourage le lancement d’une réflexion pour une harmonisation des formations vétérinaires au niveau européen.

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