é limination d’un comportement gênant par la bienveillance - La Semaine Vétérinaire n° 1818 du 06/09/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1818 du 06/09/2019

CONFÉRENCE

PRATIQUE CANINE

Formation

Auteur(s) : LORENZA RICHARD  

Rompre avec les fausses croyances et veiller au bien-être des chiens tout en instaurant avec eux des relations positives est l’approche des troubles comportementaux que propose Stephan Gronostay, vétérinaire comportementaliste à La Madeleine (Nord).

Près de la moitié des chiens reçus en consultation par notre confrère pour des problèmes comportementaux de 2016 à 2018 étaient présentés en raison d’agression au foyer et/ou d’hyperactivité. Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte, notamment la privation de stimulations à l’élevage ou le manque d’interactions régulières et détendues avec l’humain dans la famille.

À l’âge de 8 semaines, quand un chiot est adopté, le stress dû à la perte des repères environnementaux et des contacts sociaux familiers au sein de sa fratrie le rend vulnérable aux mauvaises expériences. De nombreux chiots sont traumatisés par une exposition brutale à la solitude, soit car ils sont laissés seuls la nuit, soit car les propriétaires sont absents toute la journée. La réaction de panique ressentie facilite d’autres apprentissages liés à la peur.

Il est ainsi essentiel que le chiot vive des situations positives pour être rassuré, avec des apprentissages sociaux jusqu’à la douzième semaine, puis environnementaux jusqu’à la seizième semaine. En vue de les favoriser, le vétérinaire ne devrait pas conseiller d’éviter les sorties avant la fin des vaccinations de base, car cela va au-delà de la période de socialisation. Toutefois, une surstimulation entraîne une sensibilisation aux réactions de peur et a un impact négatif sur le développement comportemental, en particulier chez un individu issu d’un élevage pauvre en stimuli adéquats. Toute agression ou jeu brutal avec d’autres chiens, ou toute interaction violente avec l’humain, est un traumatisme potentiel, et l’intensité de toute stimulation devrait être adaptée au tempérament du chien.

Punition et castration, facteurs aggravants

Lors d’une accumulation de situations de stress, l’état de mal-être provoqué accroît la réactivité de l’animal, à l’origine de troubles comportementaux et/ou organiques. Le propriétaire essaie alors de punir l’animal pour stopper un comportement indésirable ou le forcer à obéir. Les punitions s’intensifient souvent progressivement pour obtenir les mêmes résultats, car le chien s’y accoutume et les ignore. Cependant, les cris et les sanctions du propriétaire peuvent renforcer les conduites inappropriées. En effet, quelques animaux se résignent, mais d’autres se défendent, surtout lors de l’application de punitions corporelles (plaquer au sol, etc.), avec un risque élevé de morsure.

L’agressivité du chien est considérée comme un trait de caractère, mais elle est plutôt une réaction comportementale utilisée pour résoudre un conflit. En effet, lors d’un danger potentiel, le chien choisit d’abord de s’éloigner, puis, si le danger persiste, sa réaction est agressive défensive. S’il est amené à se protéger régulièrement au moyen de l’agression, ce comportement évolue et devient une stratégie offensive pour mettre l’adversaire à distance.

Fréquemment, c’est l’ignorance ou l’application de conseils inappropriés qui conduit les propriétaires à utiliser des méthodes coercitives. Le rôle essentiel du vétérinaire dans ce cas est d’effectuer un bilan comportemental fondé sur les données éthologiques actuelles et de conseiller une thérapie comportementale axée sur un encadrement bienveillant des comportements problématiques et sur une rééducation à l’aide d’une méthode positive.

De plus, quand un chien mord, il n’est pas opportun que le vétérinaire conseille systématiquement la castration, car le risque de peur et de sensibilité aux manipulations serait plus grand chez les animaux stérilisés, mâles comme femelles1.

Abandonner la hiérarchie

Il convient de ne plus penser la relation avec le chien en termes de hiérarchie, qui aboutit à une relation conflictuelle. Des études montrent qu’il n’existe pas de hiérarchie linéaire reposant sur l’agression entre chiens. Les chiens d’un groupe social entretiennent des relations sociales individuelles, amicales ou indifférentes. Tout conflit autour de ressources surgit dans des contextes individuels et peut occasionnellement provoquer une agression. Surtout, l’idée d’une relation de dominance interspécifique entre l’homme et le chien n’est pas fondée. Il convient ainsi de dire au propriétaire que l’humain ne doit pas se considérer comme un chef de meute, que tout chien ne cherche pas à atteindre le plus haut rang dans la hiérarchie sociale, et que le comportement agressif n’est pas un signe de dominance. Le chien de compagnie dépend entièrement de son propriétaire. Il n’a pas d’autre choix que de s’adapter.

Enfin, outre la méconnaissance des signaux de communication du chien indiquant un conflit, du stress ou de la peur, les fausses croyances sont une cause fréquente des comportements gênants. C’est la raison pour laquelle il est important que le propriétaire connaisse les besoins naturels et spécifiques de son chien et les satisfasse au lieu de lui demander de s’adapter à toutes ses exigences. Avant d’appliquer une quelconque correction comportementale, il conviendrait de rechercher les vraies causes et motivations sous-jacentes du comportement gênant.

Associer obéissance et bénéfice

Le vétérinaire joue un rôle d’information à ce niveau. Homme et chien doivent trouver un équilibre entre leurs besoins respectifs dans lequel les motivations intrinsèques de l’animal sont prises en compte. Tout chien, selon son âge et son état de santé, nécessite une promenade quotidienne d’au moins 1 heure par jour, durant laquelle il a des contacts sociaux et se meut en liberté ou en longe. De plus, une activité comme le pistage aide à canaliser un animal dont le besoin d’activité est grand. Il n’est pas acceptable d’imposer à un chien de rester seul toute la journée sans rien faire et de se contenter d’un tour du quartier attaché à une laisse courte. En ville, le chiot requiert une habituation aux différents stimuli urbains (comme les bruits) et une socialisation pour croiser des chiens et des personnes non familiers.

Lors de son éducation, le chien doit assimiler, grâce à une communication homme-animal amicale et aux apprentissages fondés sur le renforcement positif, que la coopération lui apporte un bénéfice. Le propriétaire, qui choisit le chien et détermine son sort, doit ainsi agir de manière responsable et bienveillante, permettre au chien de s’épanouir en satisfaisant ses besoins spécifiques, raciaux comme individuels, lui apprendre à coopérer volontairement, le contrôler de manière raisonnable et lui procurer un sentiment de sécurité.

DU MYTHE À LA RÉALITÉ

Les fausses croyances

• L’homme doit être chef de meute.

• L’agressivité est un signe de dominance.

• Le chien doit toujours obéir.

• Le chiot ne doit pas avoir des contacts sociaux ni sortir avant la fin des vaccinations.

• Le chien agressif doit être castré et remis à sa place dans une hiérarchie au foyer.
Les bons conseils

• L’éducation et la détention de l’animal doivent être bienveillantes.

• La punition peut aggraver un problème comportemental et peut être remplacée par des méthodes amicales.

• Une relation complice, des interactions sociales positives et une éducation axée sur la coopération volontaire sont les éléments essentiels pour une cohabitation harmonieuse entre l’humain et le chien.

• Le propriétaire doit connaître les besoins et motivations spécifiques de son chien afin de les combler.

• L’identification des causes éthologiques et organiques est la condition préalable de toute prise en charge d’un comportement inapproprié.

Stephan Gronostay Vétérinaire comportementaliste à La Madeleine (Nord). Article rédigé d’après une présentation faite au congrès Le chien mon ami (Seevad) au zooparc de Beauval (Loir-et-Cher), en novembre 2018.

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