L’Académie vétérinaire prône un rapprochement des études médicales et vétérinaires - La Semaine Vétérinaire n° 1816 du 05/07/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1816 du 05/07/2019

ENSEIGNEMENT

ACTU

Auteur(s) : MARINE NEVEUX 

L’AVF a rendu, le 20 juin, un avis sur l’intérêt de favoriser, dès le recrutement des étudiants dans les écoles nationales vétérinaires, des interrelations entre les futurs professionnels de la santé humaine et de la santé animale.

Le constat est dressé : celui d’un déficit de vétérinaires qui s’accentue dans différents domaines en France. D’abord en zone rurale, mais aussi « dans tous ceux liés au concept One Health : recherche, santé publique et industrie pharmaceutique », explique Pierre Saï. Inspecteur général de la santé publique vétérinaire (IGSPV) au Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER), il est responsable, avec Gilbert Lenoir, président de la première section recherche et enseignement de l’Académie vétérinaire de France (AVF), de l’avis émis par cette dernière, le 20 juin. à titre d’exemple, aujourd’hui, seulement 1 % des diplômés vétérinaires poursuivent avec un doctorat de 3e cycle. « C’est trop faible, alors qu’il y a une importante demande du secteur de l’industrie et de la recherche », constate Gilbert Lenoir. De même, le nombre de diplômés des écoles nationales vétérinaires (ENV) qui montrent un intérêt pour la santé publique est insuffisant, constate Pierre Saï.

Tous deux connaissent bien le sujet et ses enjeux pour avoir été, l’un, enseignant en physiologie et directeur d’Oniris, et, l’autre, chercheur pendant 20 ans à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) puis hospitalo-universitaire. « Face à ce déficit qui s’accentue dans plusieurs domaines, les ENV doivent apporter leur système de recrutement et de formation », poursuit Pierre Saï.

Concernant le problème posé par le déficit de confrères en zone rurale, le ministère de l’Agriculture s’est penché sur la question de la ruralité et a apporté des solutions efficaces via le tutorat et une réforme en cours du mode de recrutement. En complément, l’AVF s’attache donc à ne pas oublier les autres enjeux essentiels de la profession et le positionnement d’excellence de la formation des vétérinaires.

Une culture commune dès le début des études

Au printemps, l’Assemblée nationale a tranché sur la réforme de la première année commune aux études de santé (Paces), qui devrait disparaître d’ici à deux ans pour être remplacée par plusieurs voies d’accès aux filières médecine, pharmacie, odontologie, maïeutique. Et la filière vétérinaire, alors ? En effet, qu’en est-il de la santé vétérinaire, indissociable de la santé humaine, et de la formation qui est avant tout celle de biologistes ? Cette évolution de la formation médicale a ainsi créé un terrain propice à une réflexion indispensable sur le système de recrutement et des voies de formation.

En outre, la formation vétérinaire peut-elle conserver son niveau d’exigence d’études supérieures et sa pluridisciplinarité qui en font sa richesse si elle est restreinte aux seuls enjeux identifiés par son ministère de tutelle, celui de l’Agriculture ?

L’avis de l’AVF propose ainsi de recruter une proportion significative d’étudiants entrant dans les écoles vétérinaires dans les effectifs du 1er cycle des études en santé, en complément des voies de recrutement déjà existantes ou en cours de création. De plus, « au niveau du 1 er cycle des études médicales, et lors de certains modules du cursus dans les ENV et les facultés de médecine, les médecins et les vétérinaires doivent envisager d’avoir quelques enseignements communs, explique Pierre Saï. Il convient en effet de partager dès le début des études cette culture du One Health et les transversalités qui en découlent pour qu’elles soient plus efficaces pendant leurs activités professionnelles ultérieures ».

Un environnement pluridisciplinaire pour développer l’excellence

« Les étudiants vétérinaires méritent d’être dans un environnement pluridisciplinaire, renchérit Gilbert Lenoir. Ils doivent avoir accès à des sciences dures, à des échanges avec les universités, etc. » D’autant que « les écoles nationales vétérinaires recrutent des personnes qui ont une excellente capacité de travail, les systèmes universitaires pourraient enrichir leur approche ». D’autres grandes écoles ont d’ailleurs déjà su tirer bénéfice de ces échanges : AgroParisTech a ainsi intégré l’université Paris-Saclay pour disposer d’un environnement stimulant en recherche et formation. « Outre la formation professionnelle et technique, nos écoles disposeraient ainsi d’une formation par la recherche », poursuit Gilbert Lenoir, un domaine où les vétérinaires excellent, comme en témoigne le travail de nombreux confrères dans des structures de renom : instituts Pasteur, Mérieux, etc. « Les vétérinaires sont souvent bien placés, car ils disposent d’une vision globale, large, et d’un recul. » Et pourtant, aujourd’hui encore, dans le concept de santé, on ne perçoit pas le terme de “Une seule santé”, déplore Gilbert Lenoir, « et quand on parle de santé, on ne voit pas le terme de “vétérinaire” ».

Quelle mutualisation ?

En pratique, comment envisager ces échanges ? à ce jour, rien n’est arrêté, même si des expériences ont été faites, mais « la faisabilité d’un partage est grandement améliorée par le numérique et les systèmes virtuels », explique Pierre Saï. « Ces évolutions pourraient être réalisables assez vite et ne soulèvent pas de difficultés budgétaires », ajoute Gilbert Lenoir. Des enseignants de certaines disciplines communes pourraient dispenser des cours communs aux étudiants en santé humaine et en santé animale.

Les élèves qui s’orientent vers des études médicales auront-ils un attrait pour la santé animale, et vice versa ? « Un sondage réalisé à la faculté de médecine de Nantes il y a quelques années, a montré que les étudiants consultés étaient intéressés pour placer un choix potentiel sur les études vétérinaires », se souvient Pierre Saï. L’avis de l’AVF pourrait ainsi toucher 10 à 15 % des étudiants recrutés dans les ENV.

Quel pourrait être le calendrier de telles perspectives ? L’échéance d’un an pourrait être tenue. D’ailleurs, des initiatives ponctuelles et locales existent déjà entre les universités et les ENV. Les développements à envisager sont multiples : éclairer les étudiants sur les voies qui existent, définir des accords au plan national, consolider des cours communs pour les étudiants en santé humaine et en santé animale, créer des unités de valeur pour les étudiants, affirmer la pluridisciplinarité, etc. Il appartiendra aux ministères de concrétiser ces objectifs.

LES RECOMMANDATIONS DE L’ACADÉMIE

L’Académie vétérinaire de France conseille de :

• recruter une proportion significative des étudiants entrant dans les écoles nationales vétérinaires dans les effectifs du 1er cycle des études de santé à l’occasion de sa réforme, en complément des autres évolutions de recrutement qui sont en préparation ;

• mutualiser, tout au long des deux cursus, des séquences d’enseignements dans des disciplines communes à la formation des médecins et des vétérinaires, ainsi que dans des domaines d’approches professionnelles ultérieures complémentaires, notamment liées à toutes les dimensions du concept “Une seule santé” ;

• rendre effective, dans le respect du programme Enseignement supérieur et recherche agricoles, piloté par le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, une cotutelle de ce dernier et du ministère chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche, en relation avec le ministère de la Santé, sur les sujets à l’interface des cursus de formation des vétérinaires et des professionnels de la santé humaine.
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