Gestion des abomasites du veau - La Semaine Vétérinaire n° 1816 du 05/07/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1816 du 05/07/2019

CONFÉRENCE

PRATIQUE MIXTE

Formation

Auteur(s) : CLOTHILDE BARDE  

Conséquence d’une atteinte du rumen ou de la caillette, la distension abdominale est une manifestation clinique du jeune veau qui peut être un véritable défi pour les vétérinaires. Le conférencier David Francoz s’est intéressé plus particulièrement, parmi les affections responsables, aux abomasites, qui désignent un « syndrome caractérisé par l’apparition soudaine d’une distension abomasale à l’origine d’une douleur abdominale et avec une évolution rapide vers la mort ». Étant donné son caractère aigu et sa gravité clinique, il est essentiel de savoir identifier et de traiter correctement ce syndrome.

Des données à compléter

L’étiologie de l’abomasite est difficile à identifier même si des facteurs prédisposant sont rapportés. Ainsi, comme l’indique une étude de 20071. Ce syndrome pourrait être secondaire à une fermentation abomasale excessive d’un substrat hautement fermentescible (alimentation ou produit thérapeutique) en présence d’enzymes bactériennes fermentaires (Clostridium spp. 2,3,4,Escherichia coli 5, 6, Sarcina ventriculi 7, 8, Lactobacillus spp. 7, 8 ou Campylobacter spp. 9). L’apport de grands volumes de lait lors d’un seul repas journalier, de lait froid, la privation en eau, l’alimentation à horaires irréguliers, le gavage par sonde œsophagienne, l’hygiène inadéquate de l’équipement d’alimentation et/ou un défaut de transfert d’immunité passive sont autant de facteurs de risque d’apparition de cette maladie. Par ailleurs, ce syndrome affecte principalement les très jeunes veaux laitiers sevrés de moins de 3 mois10 et se caractérise par une distension abdominale, une anorexie, un bruit de flot à la succussion, une couleur anormale des muqueuses, une tachycardie, une déshydratation, un abattement, ainsi qu’un décubitus.

Un éventail varié d’examens complémentaires

Le diagnostic clinique peut être confirmé par divers examens complémentaires. Parmi ceux-ci, l’intubation orogastrique, rapide et facile à réaliser, permet de différencier une atteinte du rumen et de la caillette11 et de récolter du contenu abomasal (évaluation macroscopique et bactériologique) chez les veaux non sevrés. Par ailleurs, l’échographie abdominale sert à évaluer la position de la caillette, celle de l’antre pylorique-pylore, d’évaluer le contenu et la paroi de la caillette. Lors d’abomasite, la taille de la caillette est augmentée et la paroi revêt un aspect hétérogène, avec des zones hyperéchogènes compatibles avec la présence de gaz11. Les paramètres hématologiques et biochimiques ne donnent, quant à eux, que peu d’informations, car ils sont variables suivant les animaux.

Un traitement rapide est impératif

Une fois le diagnostic établi, il est essentiel, insiste David Francoz, que le traitement soit instauré rapidement. Le vétérinaire pourra, dans un premier temps, mettre en place une fluidothérapie de soutien. Celle-ci devra être adaptée (type et débit) au cas par cas pour corriger le choc hypovolémique, puis les désordres électrolytiques et acido-basiques. Dans le même temps, une antibiothérapie orale ou par voie parentérale doit être administrée au veau. Ce traitement doit cibler des bactéries comme les clostridies (β-lactamines, tétracyclines)3,7. En ce qui concerne l’analgésie, les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et les opioïdes (butorphanol) peuvent être utilisés. Enfin, pour soulager la distension abdominale, étant donné que l’effet d’un tube orogastrique est souvent limité3, l’insertion d’une aiguille ou d’un cathéter de façon transcutanée peut être indiquée sur un veau en décubitus dorsal ou latéral gauche7, 3. Toutefois, il convient de veiller aux risques de péritonites et de rupture de la paroi abomasale.

Un pronostic sombre

En parallèle, la mise à jeun et la reprise alimentaire avec des repas fractionnés ou l’utilisation de molécules avec des effets prokinétiques peuvent être indiqués. Ainsi, l’érythromycine ou la lidocaïne ont montré des effets intéressants au centre hospitalier universitaire vétérinaire (CHUV) de Saint-Hyacinthe en une perfusion intraveineuse continue (infusion de chlorhydrate de lidocaïne à 3 mg/kg/h après une dose de charge de 1 mg/kg sur 15 min “hors-AMM”). En prévention, seule la vaccination des mères (contre Clostridium perfringens type A) a montré des effets bénéfiques3, selon David Francoz. Cependant, malgré tous ces conseils, le pronostic reste généralement sombre3 (taux de létalité de 60 % sur 20 cas au CHUV, par exemple) d’autant plus en cas de déshydratation, de décubitus, d’hypothermie, d’acidose métabolique, de leucopénie ou de neutropénie12.

Retrouvez les références bibliographiques de cet article sur bit.ly/2FWi9e7.

Éloi Guarnieri, David Francoz Vétérinaires productions animales au CHUV de la faculté de médecine vétérinaire de Saint-Hyacinthe (Montréal). Article rédigé d’après la présentation faite lors des journées nationales des GTV à Nantes, du 15 au 17 mai 2018.

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