Mise en place d’un laboratoire d’aromathérapie : le retour des plantes pour soigner les élevages - La Semaine Vétérinaire n° 1815 du 28/06/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1815 du 28/06/2019

AROMATHÉRAPIE

PRATIQUE MIXTE

L'ACTU

Auteur(s) : FRANÇOIS RUAUD AVEC CLOTHILDE BARDE  

Comment aménager un laboratoire d’aromathérapie au sein de sa clinique vétérinaire ? C’est ce qu’ont appris les participants à l’atelier pratique animé par Loïc Jouët et Julien Daspet, lors du dernier congrès de la SNGTV.

Lors de leurs travaux pratiques consacrés à l’aromathérapie, les vétérinaires Loïc Jouët et Julien Daspet (Ille-et-Vilaine), membres de la commission des médecines complémentaires de la Société nationale des groupements techniques vétérinaires (SNGTV), ont discuté en petit comité de la mise en place d’un laboratoire d’aromathérapie au sein d’une clinique vétérinaire. Ils en ont expliqué les aspects réglementaires et pratiques et ont illustré leurs propos avec la réalisation d’une préparation à base d’huiles essentielles (HE) pour lutter contre l’œdème mammaire de la vache laitière.

L’aromathérapie a le vent en poupe

L’aromathérapie, qui désigne l’utilisation des HE en thérapeutique, est de plus en plus employée dans les élevages laitiers, notamment en agriculture biologique (ou AB, qui représente jusqu’à 30 % des élevages sur la clientèle des praticiens de Redon, en Ille-et-Vilaine), ont indiqué Loïc Jouët et Julien Daspet. Face à ce constat, les vétérinaires de la SNGTV ont décidé de s’investir dans l’encadrement de cette pratique. En effet, alors que les médicaments sont soumis à des autorisations de mise sur le marché (AMM) ou sont encadrés par les règles de préparation magistrale extemporanée (PME), les compléments alimentaires, les produits d’hygiène ou les HE utilisés à vocation curative se dédouanent du cadre réglementaire classique.

Vers un encadrement des pratiques ?

« Les enjeux actuels pour les praticiens sont donc d’élargir les moyens thérapeutiques et de répondre à une demande de la clientèle, tout en jouant leur rôle pour la sécurisation des pratiques », ont indiqué les conférenciers. Ils peuvent aussi participer à la recherche sur l’efficacité de la médecine par les plantes, ont-ils ajouté. Selon eux, l’utilisation de préparation à base d’HE par les vétérinaires devrait se rapprocher du cadre des PME, bien qu’il n’ait pas été conçu initialement pour les médicaments à base de plantes. Le Répaas1 a d’ailleurs travaillé à la rédaction d’un guide de bonnes pratiques de la préparation magistrale des médicaments à base de plantes. L’objectif n’est pas de régulariser la situation, mais de montrer que les vétérinaires cherchent à encadrer les pratiques.

En pratique, pour monter un laboratoire d’aromathérapie, il semble intéressant de consacrer un local à cette activité. Ce dernier doit être approprié à la réalisation de PME et doté d’un équipement spécifique (hotte, armoire de stockage des matières premières à usage pharmaceutique [MPUP], etc.). « La personne qui réalise la PME sera le vétérinaire avec son auxiliaire spécialisé vétérinaire (mais ne peut légalement être considérée comme préparatrice en pharmacie) ». Cependant, « il semble envisageable de déléguer la tâche à un personnel formé sous la responsabilité d’un vétérinaire (dans l’idéal un temps réservé par semaine à la réalisation des PME) », car ce professionnel reste garant de la qualité, de la sécurité et de la traçabilité des préparations à base d’HE.

Une garantie de qualité et de sécurité

Par ailleurs, les conférenciers ont insisté sur l’importance de privilégier des MPUP fournies par des laboratoires certifiés. « Réglementairement, il ne faudrait utiliser que des plantes inscrites au tableau 1 du règlement européen relatif aux limites maximales de résidus des substances actives utilisables 2 ou sur la liste Out of scope de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) 3 », ont-ils ajouté. Les délais d’attente de sept jours pour le lait et de 28 jours pour la viande (à doubler en AB) devraient être utilisés, mais semblent inapplicables selon eux. De plus, en ce qui concerne la traçabilité, il convient d’établir un registre des entrées des produits commandés (numéro de lot, date limite d’utilisation optimale [DLUO], conformité, date de réception, mode de stockage, classeur des normes des HE), d’étiqueter les PME (composition, précautions d’emploi, mode d’application, temps d’attente, traçabilité, DLUO4, coordonnées du cabinet vétérinaire) et de tenir un registre des sorties (date de préparation, numéro de lot, personnel intervenant, composition, volume préparé, DLUO, client ou stock). Enfin, ne pas oublier de rédiger une ordonnance classique pour la prescription de la PME, de limiter son stock et de veiller aux conditions de stockage, ainsi que de procéder au contrôle régulier des produits finis.

1 Réseau de phytothérapeutes de l’Association française des vétérinaires pour animaux de compagnie (Afvac), l’Association vétérinaire équine française (Avef) et de la Société nationale des groupements techniques vétérinaires (SNGTV).

2 bit.ly/31J5ap7.

3 bit.ly/2WXFmHj.

4 Un an, sauf si la DLUO des MPUP est supérieure à un an.

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