Les vétérinaires sapeurs-pompiers : des missions encore méconnues - La Semaine Vétérinaire n° 1815 du 28/06/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1815 du 28/06/2019

SANTÉ PUBLIQUE

PRATIQUE MIXTE

L'ACTU

Auteur(s) : CLOTHILDE BARDE  

Entre sauvetage d’animaux et protection de la population vis-à-vis des risques biologiques, les missions des vétérinaires sapeurs-pompiers sont nombreuses et variées. Comment et où interviennent-ils ? Coup de projecteur sur ce métier.

Les différentes facettes du métier de vétérinaire ne sont pas toujours bien connues. Parmi celles-ci, on peut citer les missions de protection des populations et de secours des animaux, dont se chargent les 303 vétérinaires sapeurs-pompiers (VSP) engagés de façon volontaire ou professionnelle au sein du Service de santé et de secours médical (SSSM)1 en France. Par leurs diverses compétences, ils agissent en soutien du vétérinaire praticien rural pour la gestion des animaux d’élevage.

Gestion des risques biologiques

Comme l’a indiqué Dominique Grandjean, vétérinaire colonel à la brigade de sapeurs-pompiers de Paris, lors de son intervention au cours de la session du congrès consacrée aux VSP, ils peuvent, par exemple, être amenés à gérer les risques biologiques pour la population. En effet, « de par leur formation et leur vision très large et complète sur le plan biologique, les VSP sont légitimes pour gérer ces risques en partenariat avec les médecins et les pharmaciens du SSSM », a-t-il indiqué. Pourtant, ce rôle est encore méconnu du grand public. Selon lui, « la composante intentionnelle du risque biologique au sens large, qui “enrichit” quasi quotidiennement le paysage médiatique par une approche cataclysmique des plus systématiques, tend à passer sous silence les rôles que l’animal peut y jouer, et par là même l’intérêt que peut représenter pour la société la spécificité de l’approche vétérinaire du problème ». D’ailleurs, leurs missions ne s’arrêtent pas qu’à la lutte contre les agents biologiques vectorisés ou militarisés. Ils interviennent aussi dans la gestion et la prévention des affections zoonotiques, en hausse avec la multiplication de maladies infectieuses dites “émergentes”, dans le contrôle des denrées alimentaires d’origine animale et des animaux morts ou vivants, sauvages ou de compagnie. Enfin, outre la gestion de ces risques microbiologiques (alimentaire, zoonotique, et sociologique), les VSP doivent aussi « faire face à des risques macrobiologiques », a-t-il ajouté.

Téléanesthésie : une discipline de haute technicité

À cet égard, quand ils sont confrontés à des animaux dangereux ou non maîtrisables, les VSP peuvent avoir recours à la téléanesthésie. Et, comme l’a indiqué Florence Ollivet-Courtois, « il faut faire le bon choix en matière de matériel de télé-injection ». Ainsi, selon la taille des animaux à flécher, la distance de tir, les aptitudes physiques des espèces ciblées et le temps d’intervention, le choix peut se porter davantage vers une sarbacane, un pistolet, un fusil ou un bâton d’injection. Par ailleurs, les protocoles anesthésiques doivent être bien réfléchis (pharmacologie, sensibilité de l’espèce cible). En effet, les animaux de grande taille doivent, par exemple, être rapidement réveillés pour éviter l’écrasement musculaire, de même les oiseaux sont des animaux compliqués à téléanesthésier, car ils ne sont pas sensibles à toutes les molécules et leur squelette pneumatique est facilement perforé par le projectile. « Même s’il faut adapter la posologie à la présence de laine, de plumes, d’écailles ou d’épines au site d’injection, les anesthésiants, qui ont un effet cumulatif comme la kétamine, la tilétamine, le midazolam, le diazépam, le zolazépam ou le butorphanol, sont intéressants », précise le conférencier, car, si le poids a été sous-évalué, ou l’injection partielle, il est possible de flécher à nouveau l’animal. Par ailleurs, « gardons en mémoire que plus le produit est concentré, plus il y a de la perte relative lors de la traversée de l’épiderme. Quand il est possible de flécher en deux fois, c’est préférable », a-t-il complété. Enfin, la téléanesthésie et l’urgence ne dispensent pas d’appliquer la réglementation sur la cascade et les temps d’attente. Quand il s’agit d’animaux destinés à la consommation humaine, le protocole choisi peut donc s’avérer de moindre efficacité en comparaison avec un autre protocole qu’il conviendra pourtant d’écarter (atipamézole, tilétamine-zolazépam, etc.). Ainsi, face à une vache non maîtrisable, le vétérinaire rural, s’il a recours à ce type d’anesthésie, devra suivre ces recommandations.

VSP et praticien : des rôles complémentaires

Un autre scénario auxquels les vétérinaires peuvent être confrontés est l’incendie d’une exploitation agricole ou les accidents impliquant des animaux d’élevage. Souvent sur les lieux après les VSP, le vétérinaire praticien doit cependant avoir quelques notions sur les mesures à mettre en œuvre. En effet, comme l’a indiqué Hugues Guyot (faculté de médecine vétérinaire de Liège, en Belgique), « bien que rare, cet événement est complexe à gérer, car il nécessite de prendre en compte de nombreux facteurs : réaction du propriétaire, évacuation des animaux, triage et euthanasie, complications à court, moyen et long termes et impacts environnementaux ». Pour cela, le VSP joue un rôle d’expertise indispensable, « sur place, il est la seule référence scientifique capable d’établir un diagnostic et un pronostic, et donc de réaliser le triage le plus adéquat en fonction des circonstances connues, car il est garant du bien-être animal », a-t-il expliqué (encadré page 42). En cas de doute, l’animal peut être anesthésié ou médicalement assisté pour supprimer ou limiter autant que possible la souffrance (encadré ci-contre). Ce n’est qu’une fois l’incident résolu que le VSP pourra céder le relais au vétérinaire d’exploitation. Ce dernier aura alors un rôle de suivi important car, comme l’a illustré Hugues Guyot avec l’exemple d’un incendie dans une porcherie, les animaux restants doivent parfois être quand même euthanasiés ensuite si l’étendue des lésions pulmonaires et/ou des brûlures est trop importante. Par ailleurs, le praticien devra rester vigilant quant aux contaminations possibles des aliments par les fumées/suies, dioxines et ferrailles (pneus) qui pourraient être toxiques ou engendrer des réticulo-péritonites traumatiques chez les animaux restants. Enfin, lors de l’évacuation, le vétérinaire d’exploitation doit être mis au courant si les animaux rescapés sont logés dans une autre exploitation dont le statut sanitaire (rhinotrachéite infectieuse bovine [IBR], virus de la diarrhée virale bovine [BVD], fièvre Q, salmonellose, paratuberculose, etc.) diffère. Des prises de sang légales devront alors être réalisées avant réintégration dans le troupeau d’origine. Autre type d’événements, cité par Hugues Guyot, nécessitant l’intervention des VSP : l’accident de la voie publique lors du transport d’animaux ou l’accident sur l’exploitation. « Il n’est pas rare, dans des exploitations bovines ou porcines, de voir des accidents liés au bâtiment occasionner des blessures plus ou moins graves aux animaux », souligne-t-il. Dans de telles situations le praticien intervient aussi en relai après le VSP pour la surveillance ultérieure des infections potentielles.

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QUEL EST LE PROTOCOLE SUIVI PAR LES VSP POUR LE TRIAGE DES ANIMAUX ?

Le triage est une partie délicate pour le vétérinaire, qui ne doit pas se laisser influencer par l’éleveur ou ses proches, qui seront à ce moment-là dans une phase émotionnelle et non rationnelle. Un protocole type peut être suivi.
1. Gestion des brûlures
Il est difficile d’apprécier le degré de sévérité des brûlures chez les animaux de rente. Même si des grilles permettant d’estimer le pourcentage de surface corporelle des bovins atteinte par une lésion1 existent, elles sont peu pratiques d’utilisation en situation d’urgence. En pratique, selon Hugues Guyot, la simple trace de brûlures sur au moins un tiers de la ligne du dos a déjà un pronostic très sombre. Dans un tel cas, même si la guérison est possible, elle est très longue et coûteuse (exemples de cas cliniques à la faculté vétérinaire de Liège, en Belgique). Il est donc préférable d’euthanasier les animaux rapidement, dès que des brûlures apparentes sont présentes en quantité modérée à importante, et ce suivant leur localisation.
2. Gestion des atteintes pulmonaires
Compte tenu du mauvais pronostic économique et zootechnique, dans un tel cas, il est préférable d’euthanasier les animaux dès qu’ils manifestent des atteintes respiratoires (dyspnée, hyperthermie).

1 Coussé et coll., 2014.

QUELS SONT LES PREMIERS SOINS À METTRE EN PLACE LORS D’UN INCENDIE DANS UNE EXPLOITATION ?

Après le triage les premiers soins peuvent être effectués.
Sur les animaux brûlés, il s’agit du cooling, réalisé avec de l’eau propre pour ne pas générer d’infections, à l’instar de ce qui est recommandé en médecine humaine1.
Par ailleurs, la gestion de la douleur est essentielle, surtout si une décision rapide ne peut être prise. Selon le conférencier, des anti-inflammatoires non-stéroïdiens pourront être utilisés. Une sédation profonde avec analgésie pourrait être mise en place sur des animaux en souffrance, avant euthanasie (xylazine 0,2 mg/kg + kétamine 2 mg/kg). De la morphine pourrait être utilisée (0,4 mg/kg) si les animaux n’ont pas été anesthésiés.

1 Cuttle et coll., 2009.

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