Les chaînes de cliniques arriveront-elles en clientèle mixte ? - La Semaine Vétérinaire n° 1815 du 28/06/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1815 du 28/06/2019

ENTREPRISE

PRATIQUE MIXTE

L'ACTU

Auteur(s) : TANIT HALFON  

Des exemples montrent que les structures mixtes peuvent être des cibles dans les stratégies de développement des grands groupes. Le secteur canin reste malgré tout le premier concerné.

Récent, mondial, en forte accélération et irréversible. C’est en ces termes que Philippe Baralon, expert en stratégie et organisation dans le domaine vétérinaire, a décrit le phénomène de “chaîne de clinique” (encadré) lors des dernières journées nationales des groupements techniques vétérinaires. L’objectif de sa présentation était d’évaluer si les clientèles mixtes pouvaient être visées, comme l’ont été récemment plusieurs structures canines1. La réponse n’est pas si simple. « L’activité canine est la première concernée », a d’abord noté le conférencier. Pourquoi ? Pour plusieurs raisons : « Le secteur est attractif du fait d’un grand taux de croissance dans le monde entier. Il est très résilient : en économie, ce marché est considéré comme un marché de loisir ; il a été peu impacté par la crise de 2008. Les modèles économiques sont universels, y compris dans les marchés émergents. Enfin, le secteur est atomisé en plusieurs petites structures, avec des marges d’optimisation possibles. » Mais en y regardant de plus près, il s’avère que le groupe n’est pas synonyme d’activités canines. Ainsi, certains disposent déjà dans leur portefeuille de structures rurales, comme chez Linnaeus, société du groupe Mars au Royaume-Uni, ou encore MonVéto et Métavet en France. Ces acquisitions, et ces exemples en particulier, ne sont cependant pas le fruit d’une stratégie de développement. En outre, en France, les vétérinaires des filières dites industrielles se sont depuis longtemps organisés en groupe (Chêne Vert conseil et le réseau Cristal). Ces groupes, à dominante volailles et porcs, ont également une activité en ruminants.

Une tendance à l’étranger

Au-delà des frontières, les exemples sont plus flagrants. Ainsi, en Australie, le groupe Apiam Animal Health totalise 43 sites mixtes à prédominance productions animales, plus de 150 vétérinaires, 2,7 millions de bovins à l’engraissement, 480 000 vaches laitières et 3,5 millions de porcs. Au Royaume-Uni, Origin2, premier groupe britannique de vétérinaires en productions animales, a été racheté en 2018 par le quatrième groupe britannique VetPartners. Cet investissement fait que ce dernier atteint 20 % du cheptel anglais laitier, 45 % du porcin et 20 % du cheptel global d’animaux de ferme. Le groupe CVS a, quant à lui, acquis 22 cliniques à prédominance rurale au Royaume-Uni, et IVC-Evidensia plus de 100 au Royaume-Uni, en Irlande et aux Pays-Bas. Pour le conférencier, cela montre une tendance : la « corporatisation semble s’étendre aujourd’hui aux productions animales », ce qui pourrait s’avérer « un élargissement des possibilités stratégiques pour une entreprise mixe française » sur le moyen terme. Dès lors, quatre options stratégiques semblent désormais envisageables : le développement autonome sur un site, le développement autonome sur une grappe locale avec plusieurs sites complémentaires, la cession à un groupe français ou étranger, ou enfin la constitution d’un groupe régional/national par fusion et acquisitions pour aller vers un développement autonome, voire la cession en bloc à un acteur plus grand. Au final, si, pour les structures mixtes, l’exercice de prédiction s’avère hasardeux, le conférencier a tout de même bien insisté : « La France est la cible prioritaire de tous les grands groupes ».

1 Depuis 2018, les groupes IVC-Evidensia et Anicura ont fait l’acquisition de plusieurs cliniques canines en France (voir La Semaine Vétérinaire n° 1797 du 22/2/2019, page 10, et n° 1803 du 5/4/2019, page 10).

2 Équivalent de Chêne Vert conseil ou du réseau Cristal en France. Ce groupe possède 30 sites, trois laboratoires d’analyses et une centaine de vétérinaires principalement dans le secteur ruminants, mais aussi en porcs et en volailles.

BIEN DÉFINIR LE TERME DE “CHAÎNE DE CLINIQUE”

Au lieu de “chaîne de clinique”, Philippe Baralon préfère parler de “groupe”, ce terme faisait référence directement à ses caractéristiques capitalistiques, à savoir la présence d’un actionnaire majoritaire. Ce dernier peut être un vétérinaire, une association de vétérinaires, un fonds d’investissement, un groupe industriel ou commercial, ou un marché financier. Ainsi, le “groupe” vétérinaire correspond-il à un ensemble de structures vétérinaires (au moins deux, mais généralement plus – plusieurs dizaines, centaines ou milliers) qui sont liées entre elles par cet actionnaire de référence et une direction générale unique.

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