La performance des outils connectés pose question - La Semaine Vétérinaire n° 1815 du 28/06/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1815 du 28/06/2019

E-SANTÉ

PRATIQUE MIXTE

L'ACTU

Auteur(s) : TANIT HALFON  

L’essor des nouvelles technologies en élevage cache une absence de cadre réglementaire d’évaluation de leur performance. Ce qui interroge sur la qualité des données récoltées.

Mesure de la position de la queue avec un accéléromètre 3D, évaluation des contractions abdominales avec un capteur de pression, détermination de la composition du lait avec des analyseurs optiques… la vache laitière est actuellement hyperconnectée, comme l’a expliqué Raphaël Guatteo aux journées nationales des groupements techniques vétérinaires. Mais si les outils de monitorage en élevage se multiplient, sont-ils vraiment fiables ? Pas si sûr. Le problème : ils ne disposent d’aucun cadre réglementaire, comme cela est le cas en humaine, à l’exception des robots de traite qui doivent prétendre à la norme ISO/FDIS 20966 impliquant une sensibilité d’au moins 80 % et une spécificité d’au moins 99 % pour la détection des mammites cliniques. Néanmoins, en pratique, ces pourcentages sont rarement atteints. Dans ce contexte, il serait opportun de réfléchir aux modalités d’évaluation de ces outils. Et pourquoi pas d’élargir la définition du dispositif médical1 aux animaux, afin d’assurer une standardisation de l’évaluation en matière d’efficacité et de sûreté.

Que mesure l’outil ?

Le premier paramètre à connaître, avant même la sensibilité et la spécificité, serait la fidélité de la mesure, c’est-à-dire la corrélation entre le réel et le mesuré. Pour certaines mesures, le réel est plus difficile à appréhender. Par exemple, l’évaluation de la rumination passe par des dispositifs qui s’adaptent mal à un usage au champ, et qui sont généralement, de fait, validés pour un usage en bâtiment, plus proche d’un dispositif expérimental. « Il faut savoir ce que l’outil mesure et dans quelles conditions cela a été évalué », a résumé le conférencier.

Quelle est la valeur informative de l’outil ?

Disposer d’une bonne sensibilité (Se) et d’une bonne spécificité (Sp) est primordial, au risque d’aboutir à une mauvaise utilisation de l’outil et des données générées, voire à une perte de confiance de celui-ci, aboutissant à des excès ou à des insuffisances de traitement. Cependant, son évaluation est complexe, la conséquence étant que les performances de l’outil sont rarement disponibles. En pratique, évaluer la Se et la Sp consiste à comparer l’état de santé “vrai” obtenu à partir d’une méthode de référence, à l’état “mesuré” par un outil. Mais en matière de santé animale, le choix de la méthode de référence ne va pas de soi. Par exemple, l’observation visuelle par les éleveurs peut donner des résultats variables, notamment pour les boiteries ou les troubles respiratoires, le risque étant de sous-estimer la spécificité des alertes. Autre exemple : confirmer un trouble de santé peut nécessiter l’emploi de plusieurs méthodes de référence (bactériologie, dosages biochimiques, etc.), ce qui est coûteux. En outre, l’efficacité de l’outil dépend aussi du contexte d’élevage. En cas de forte prévalence d’une maladie, l’alerte générée par l’outil aura moins de chances de correspondre à un faux positif.

L’outil est-il précoce et rentable ?

La précocité, par rapport à des méthodes usuelles, fait également partie des critères de performance. Par exemple, pour les détecteurs de vêlage, les performances varient suivant la nature de l’alerte, soit “vêlage prévu dans les 24 heures” ou l’expulsion du dispositifindiquant que le vêlage est en cours. Il est ainsi possible d’avoir des dispositifs moins sensibles, mais plus précoces. L’efficacité d’un outil de monitorage fait aussi intervenir des aspects technico-économiques. Néanmoins, les travaux à ce sujet sont peu nombreux et ciblent principalement la détection des chaleurs. Par exemple, une simulation incluant 120 vaches laitières hautes productrices en vêlage étalé2 a montré un gain économique de 1 750 € par an pour un coût d’équipement de 2 060 € par an (sur cinq ans), pour un gain de sensibilité de détection des chaleurs passant de 40 % avant équipement à 80 % après équipement. En revanche, aucun gain économique n’a été obtenu pour des troupeaux de taille moyenne. Si les outils de monitorage apparaissent plus pertinents pour les exploitations de grande taille, avec des faibles performances de détection des chaleurs, sur le terrain, des éleveurs qui obtiennent déjà de bons résultats s’équipent tout de même. La raison : un impact positif sur le confort au travail.

L’outil est-il dangereux ?

La question de l’innocuité comme de l’impact environnemental serait également à prendre en compte. Parmi les points à examiner : comment récupérer les outils à l’abattoir ? Autre exemple : une étude sur l’efficacité du dispositif intravaginal iVet® Birth monitoring, censé alerter sur le déclenchement de vêlage, a montré qu’au lieu de produire un impact positif sur la mortalité des veaux il était, au contraire, associé à un taux significativement plus élevé de dystocies, en lien avec la constriction vulvaire qu’il induisait !

1 Les dispositifs médicaux doivent justifier de critères de sécurité et de performance. En se basant sur l’article L.5211-1 du Code de la santé publique, les outils de monitorage d’élevage pourraient s’apparenter aux dispositifs médicaux implantables actifs.

2 Le vêlage étalé n’oblige pas à équiper tout le troupeau.

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