L’élevage de précision permet-il de moins traiter ? - La Semaine Vétérinaire n° 1815 du 28/06/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1815 du 28/06/2019

NOUVELLES TECHNOLOGIES

PRATIQUE MIXTE

L'ACTU

Auteur(s) : TANIT HALFON 

Les outils de monitorage améliorent la prévention des maladies. Ils participent aussi à l’émergence de la médecine de précision.

L’élevage de précision et les outils connectés qui l’accompagnent permettront-ils de réduire les traitements, notamment antibiotiques ? C’est la question que s’est posé Sébastien Assié, maître de conférences en pathologie du bétail à Oniris, aux dernières journées nationales des groupements techniques vétérinaires. Pour lui, la réponse est oui. Si les outils de monitorage permettent en premier lieu un pilotage fin du troupeau, ils présentent d’autres utilités. Ils pourraient notamment être employés pour de la surveillance syndromique1, un phénotypage haut-débit (utilisation de mesures en continu pour caractériser des phénotypes d’intérêt) ou encore une meilleure compréhension des phénomènes pathologiques (utilisation de mesures en continu pour mieux comprendre les conditions d’apparition d’une maladie). À la clé : une meilleure prévention et donc une réduction des intrants médicamenteux.

Vers une médecine de précision

À ces perspectives s’ajoute celle de la médecine vétérinaire de précision. Définie comme l’art de prévenir et de soigner les animaux de manière plus prédictive et personnalisée”, cette médecine repose sur des informations précises, dont celles issues des outils de monitorage2. Médecine individuelle, elle pourrait permettre de réduire, voire de supprimer, le nombre d’animaux traités, et les traitements antibiotiques de masse, comme ceux effectués dans le cadre de métaphylaxie. De la même manière, les doses d’antibiotiques pourraient être adaptées à chaque animal.

La recherche en cours

Plusieurs travaux de recherche se penchent sur cette question. Des études ont notamment montré la preuve de concept “détection précoce-traitement adapté”.

D’après plusieurs études, les antibiotiques de la famille des fluoroquinolones auraient une activité augmentée en présence d’un inocolum bactérien de petite taille. Cette assertion a d’abord été démontrée en laboratoire pour la marbofloxacine. Une étude de terrain, menée sur des jeunes bovins à l’engraissement, a par la suite confirmé cette hypothèse : une dose de marbofloxacine cinq fois inférieure à celle de l’autorisation de mise sur le marché était suffisante pour traiter des animaux suspectés de bronchopneumonies infectieuses bovines et détectés précocement via un suivi en continu de la température ruminale. Seul problème : un nombre de cas détecté plus important aboutissant à un excès de traitement. Ainsi, cet exemple montre que l’élevage de précision peut modifier un protocole thérapeutique vers une moindre consommation d’antibiotique. D’autres recherches sont à mener, notamment concernant l’exposition des animaux aux agents pathogènes et les outils de diagnostic précoce, deux voies de futures investigations.

1 Suivi en continu d’un ou plusieurs indicateurs non spécifiques du danger surveillé reflétant l’état de santé d’une population et permettant d’assurer la détection précoce d’un risque infectieux ou non, déjà connu ou non, ou d’évaluer l’impact ou l’absence d’impact de ce risque sur la santé de cette population (bit.ly/2FxgZ8p).

2 D’autres données restent nécessaires, notamment sur le génome des animaux et les pathobiomes.

DES OUTILS ENCORE PEU ADAPTÉS À LA SANTÉ

Pour l’instant, les outils de monitorage présentent des limites pour évaluer la santé animale. Ainsi, au départ, ils ont été développés pour d’autres usages, excepté les robots de traite capables de détecter des mammites. Ainsi, ils n’apportent qu’indirectement des informations sur la santé du troupeau. Par exemple, les dispositifs de mesures de température visaient à détecter les chaleurs et les vêlages. De la même manière, le suivi de l’ingestion et de la rumination avait pour objectif d’alerter sur la survenue des chaleurs. En outre, les données collectées par ces outils ne sont pas forcément spécifiques d’un trouble de santé, et les alertes générées dépendent du contexte. Dans un groupe de jeunes bovins en engraissement, une hyperthermie détectée par un thermobolus aura de grande chance d’être associée à des troubles respiratoires, ces derniers étant une cause fréquente d’hyperthermie dans ce contexte1. Au contraire, dans un troupeau de bovins laitiers, une hyperthermie d’une vache laitière est plus difficilement attribuable à une maladie en particulier. Pour le conférencier, il serait utile de développer des outils spécifiquement consacrés à la santé animale qui, au lieu de générer des alertes de santé (hyperthermie ou non, par exemple), pourraient établir un diagnostic.
1 La prévalence élevée des maladies respiratoires chez les jeunes bovins augmente la valeur prédictive positive de l’outil.
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