Biosécurité en élevage : quelles missions pour le vétérinaire ? - La Semaine Vétérinaire n° 1815 du 28/06/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1815 du 28/06/2019

PRÉVENTION

PRATIQUE MIXTE

L'ACTU

Auteur(s) : CLOTHILDE BARDE 

De la nurserie au box de vêlage, le vétérinaire peut apporter des outils indispensables en élevage pour assurer la mise en place de mesures de biosécurité efficaces. Par ailleurs, de par sa connaissance globale de l’élevage, il jouera un rôle essentiel dans la réalisation d’enquêtes épidémiologiques. Panorama de ces différentes missions.

La situation sanitaire d’un élevage ne peut s’améliorer durablement qu’avec une maîtrise de la biosécurité. Pour ce faire, il est tout d’abord nécessaire de respecter quelques règles de désinfection et de nettoyage des bâtiments d’élevage.

Une méthodologie stricte

Ainsi, comme l’a présenté Virginie Billiault (Géosane) avec l’exemple d’un protocole de désinfection en nurserie de veaux, « une certaine méthodologie doit être respectée en élevage de bovins pour diminuer l’exposition des animaux aux agents pathogènes ». Tout d’abord, la décontamination. Elle ne peut être abordée sans la prise en compte des abords : les lieux réservés au vêlage et au démarrage des jeunes veaux doivent être correctement désinfectés et entourés de barrières sanitaires suffisantes. De plus, les différentes phases du protocole de décontamination (dégrossissage, lavage, détergence pour élimination du biofilm) doivent être impérativement respectées pour préparer une bonne désinfection ensuite. Le choix du désinfectant et de sa concentration pourra alors être étudié en fonction de la problématique de l’élevage. Dans ces missions, « le vétérinaire pourra jouer son rôle de conseil (procédure à respecter pour aboutir à une désinfection optimale, choix d’un désinfectant efficace et conforme à la réglementation biocide) », a indiqué Virginie Billiault.

Des risques spécifiques

À titre d’exemple, au sein de la nurserie des veaux, une attention toute particulière doit être apportée au risque de cryptosporidiose à Cryptosporidium parvum, l’un des principaux agents pathogènes responsables de diarrhées néonatales chez les veaux nouveau-nés, selon Nicolas Masset (Oniris), et ce d’autant plus que l’arsenal thérapeutique disponible est très limité. En effet, les spécificités de ce parasite font de la cryptosporidiose une maladie très contagieuse prenant une allure épizootique en période de vêlages au sein des élevages. « L’élaboration d’un plan de maîtrise de la cryptosporidiose nécessite une bonne connaissance du parasite et de ses particularités, afin d’identifier les points de contrôle possibles pour préconiser des mesures correctives adaptées. Elle ne peut s’aborder que sous une approche multimodale, où les mesures hygiéniques sont centrales », a-t-il ajouté. Toutefois, même si la biosécurité en nurserie est cruciale, « il serait illusoire d’espérer une amélioration significative de la maîtrise sanitaire en élevage bovin en se limitant à ce seul moment, a expliqué Virginie Billiault. C’est au niveau de l’exploitation tout entière qu’il faut raisonner avec les règles désormais classiques de biosécurité, reprises notamment lors de la visite sanitaire bovine ». Ainsi, chez les bovins adultes, comme l’ont indiqué Grégoire Kuntz et Félix Mahé (groupement de défense sanitaire de Bretagne), d’autres agents pathogènes tels que la toxine botulique (Clostridium botulinum) représentent des dangers sanitaires à risque économique grave. Dans le cas du botulisme, sa gestion nécessite d’informer les éleveurs sur les mesures de biosécurité à appliquer sur les stockages des constituants de la ration alimentaire : fourrages, compléments de la ration… En effet, selon eux, « le risque de maladie augmente avec la mécanisation de la distribution des aliments associée à l’augmentation de la taille des troupeaux et il est encore trop souvent sous-estimé, voire ignoré ».

Des contaminations croisées

Par ailleurs, les interactions entre les différentes espèces au sein d’une même exploitation ne doivent pas être ignorées. En effet, comme l’a illustré Yves Buret (commission épidémiologie de la Société nationale des groupements techniques vétérinaires), des contaminations croisées ont pu être démontrées entre des ateliers de vaches et de volailles dans un même élevage. Dans l’exemple cité, le vétérinaire traitant a été sollicité par l’organisation professionnelle agricole pour réaliser une enquête épidémiologique à la suite de l’identification sur une chiffonnette réglementaire de Salmonella Typhimurium dans un bâtiment de pintades. Il a alors pu démontrer que la contamination du bâtiment de pintades était liée à une contamination de la basse-cour privée et de l’atelier bovin allaitant de l’élevage. En effet S. Typhimurium est un sérotype zoonotique et ubiquiste isolé en portage chez de nombreuses espèces animales (porcins, rongeurs, oiseaux, bovins) et sa persistance dans l’environnement est longue (de plusieurs semaines à plusieurs mois). C’est pourquoi « il est essentiel de mettre en place les mesures nécessaires pour prévenir toute contamination entre ateliers », a-t-il conclu. À cet égard, des mesures de biosécurité peuvent être recommandées par le vétérinaire afin d’éviter la recontamination du bâtiment aviaire après sa désinfection. De plus, pour prévenir les risques de salmonellose aviaire en élevage comportant plusieurs productions, comme cette maladie n’est pas réglementée actuellement pour les bovins, « il peut être intéressant, selon lui, de réagir face à toute expression clinique bovine de salmonellose en réalisant une enquête épidémiologique pour en déterminer l’origine et donc la date de contamination (réservoirs et risques de contamination croisée) ». Enfin, il a insisté sur l’importance de donner des explications, car l’observance des éleveurs est conditionnée par la compréhension.

Un dialogue nécessaire

« Le dialogue sera d’autant plus nécessaire que la biosécurité procède d’une motivation collective, sanitaire, économique et politique, alors que sa mise en pratique reste individuelle », selon lui. Les vétérinaires sont, par conséquent, des acteurs essentiels pour le déploiement pratique de la biosécurité dans les élevages. Comme l’a indiqué Bernadette Le Normand (MC Vet Conseil), « il est indispensable que les vétérinaires en filière bovine aient une démarche cohérente et active dans ce domaine ».

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