La chaleur, un traitement d’avenir contre Varroa ? - La Semaine Vétérinaire n° 1813 du 14/06/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1813 du 14/06/2019

ABEILLES

PRATIQUE MIXTE

L'ACTU

Auteur(s) : TANIT HALFON 

Au dernier Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas, en janvier 2019, une start-up française, BeeLife, recevait deux prix prestigieux pour une ruche connectée équipée de panneaux solaires, permettant de “chauffer” l’intérieur pour lutter contre le parasite Varroa destructor. Si la technologie récompensée a, de prime abord, de quoi surprendre, le traitement thermique est connu depuis les années 1980 et est déjà utilisé par des apiculteurs professionnels dans différents pays. « Il existe plusieurs systèmes disponibles sur le marché, quelquefois sous la forme de prototypes : ceux qui traitent uniquement les cadres du couvain operculé et ceux qui traitent la ruche en entier » (encadré), explique Jean-Daniel Charrière, ingénieur agronome et responsable du Centre suisse de recherche apicole d’Agroscope. Le principe : tirer avantage du fait que la sensibilité à la température est plus grande pour Varroa que pour les abeilles adultes et le couvain. Comme il le précise, une température de 41 °C serait létale pour le parasite. Apis mellifera, elle, supporterait des températures pouvant aller jusqu’à 44 °C. Helena Prokova, apicultrice, conférencière à l’école professionnelle en apiculture de Banska Bystrica en Slovaquie et coordinatrice d’un réseau international d’apiculteurs utilisant l’hyperthermie dans les pratiques apicoles, est convaincue de l’intérêt du procédé. « C’est un traitement d’avenir, à condition d’avoir une certaine discipline, souligne-t-elle. Nous avons utilisé la chimie pendant des années, elle a bien fonctionné, mais son usage se heurte actuellement aux changements de pratiques apicoles et climatiques. » Avec une saison hivernale qui tarde à s’installer, les couverts fleuris sont présents plus longtemps. Ce contexte favorable à la ponte jusqu’en automne, l’est aussi pour le développement du parasite.

Des obstacles multiples

« Il existe peu d’études concernant l’innocuité des dispositifs, précise Jean-Daniel Charrière. On pourrait très bien imaginer des effets secondaires sur la durée de vie, la fécondité des mâles… » L’efficacité des dispositifs existants est, de plus, variable. La question des conséquences du traitement sur les autres pathogènes des abeilles, notamment viraux, se pose aussi. Si Jean-Daniel Charrière n’a pas de réponse, une étude menée par le bureau d’études société Ecodesign a montré que le dispositif Varroa Controller® accélère le développement du virus de la maladie des ailes déformées chez les larves, qui sont alors détectées et évacuées de la ruche, permettant ainsi d’éviter le transfert de virus aux générations suivantes1. Autres limites : pour les systèmes traitant la totalité de la colonie, « une grande difficulté est que les abeilles réagissent fortement à toute augmentation de température, et évacuent la chaleur de la ruche pour abaisser la température du couvain, ce qui risque de faire perdre en efficacité », souligne l’ingénieur. Enfin, le traitement thermique ne dispense pas totalement de traitements chimiques. Des freins sont également notés sur la faisabilité technique, comme le souligne Julien Vallon, coordinateur pollinisation et ressources à l’Itsap2, Institut de l’abeille : « La méthode est très séduisante, mais sa mise en œuvre peut être compliquée et/ou coûteuse, avec des investissements pour la plupart des dispositifs, la nécessité de disposer d’une source d’énergie, d’investir dans des panneaux solaires au risque de se les faire voler, de manipulations parfois nécessaires des cadres, de temps de traitement d’une colonie… et parfois cela est difficilement acceptable par les apiculteurs transhumant ou devant gérer un cheptel important. » Même constat pour Jean-Daniel Charrière : « à mon sens, le plus grand problème concerne le travail que cela réclame et le nombre réduit de cadres qui peuvent être traités en même temps ». « C’est une stratégie complètement nouvelle de lutte contre Varroa, admet Helena Prokova. Elle demande de la réflexion avant de l’intégrer dans l’organisation de travail ».

1 bit.ly/2IBhuPH.

2 Institut technique et scientifique de l’apiculture et de la pollinisation.

PLUSIEURS DISPOSITIFS COMMERCIALISÉS

Il n’existe à ce jour aucune liste1 recensant les différents dispositifs commercialisés de traitement thermique des ruches. Parmi ceux-ci, citons :
- Varroa controller®, peut-être le plus connu. Il consiste à traiter uniquement les cadres de couvain operculé. Il peut contenir jusqu’à 20 cadres par séances ;
- Vatorex®. Ce système, mis au point par un apiculteur allemand, repose sur un fil, capable d’être chauffé, compressé dans une plaque de résine, qui sera insérée dans une ruche. Cette dernière peut être équipée de plusieurs cadres chauffants ;
- CoCoon®. Comme pour le précédent dispositif, ce système chauffe la totalité de la ruche grâce au couplage d’un panneau solaire à un système électronique ;
- ThermoVarroa : appareil libre de droits pour chauffer uniquement les cadres de couvains2 ;
- Enfin, une consœur vétérinaire travaille sur un appareil couplant chaleur et ozone pour lutter contre le parasite3.
1 En France, mais il n’est pas exclu que de telles listes existent dans les pays d’Europe de l’Est.
2 thermovarroa.com.
3 bit.ly/2MGjU4F.
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