Violences domestiques : le rôle de l’animal de compagnie auprès des personnes LGBT - La Semaine Vétérinaire n° 1810 du 11/05/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1810 du 11/05/2019

SOCIÉTÉ

PRATIQUE CANINE

L'ACTU

Auteur(s) : ANNE-CLAIRE GAGNON  

Les animaux de compagnie sont une source importante de soutien pour les personnes LGBT victimes de violences domestiques. Ces dernières saluent l’attitude humaine et professionnelle des vétérinaires.

Trois études1, d’une même équipe pluridisciplinaire anglo-australienne, sont parues récemment pour combler un vide sur le sujet de la place des animaux auprès des personnes LGBT (lesbiennes, gays, bisexsuels et transgenres). Si le lien entre les violences domestiques, celles faites aux animaux et celles frappant les humains, a été exploré depuis une trentaine d’années, la majorité des études s’est intéressée aux familles et couples hétérosexuels.

Ces trois études ont interrogé via un questionnaire sur SurveyMonkey plus de 500 personnes, pour moitié en Australie et en Grande-Bretagne, appartenant aux minorités sexuelles. L’échantillon comprend 60,5 % de femmes, 26 % d’hommes et 11,7 % indéterminés, avec une majorité de gays ou lesbiennes, en couple. 71 % des personnes interrogées ont des animaux de compagnie et 27 % d’entre elles ont été victimes de violences domestiques.

Comme pour les autres études, la violence est plus souvent le fait des hommes que des femmes, ce qui explique que dans les couples lesbiens, le taux de violence soit moindre. 40,5 % des violences sont émotionnelles, 23 % physiques, 16,5 % sexuelles et 11,3 % sont des abus financiers. 20,2 % des violences sont liées à l’identité. 21 % des participants ayant été victimes de violences du fait de leur partenaire ont été aussi témoins de violences faites à leur animal de compagnie.

Cette étude confirme, qu’au-delà des genres et de la diversité des sexualités, les abus dont les animaux sont victimes sont un symptôme d’autres violences.

L’animal de compagnie, un soutien social pour des victimes isolées

Une partie des réponses ouvertes à certaines questions a fait l’objet d’une publication sur les aspects qualitatifs, lorsque les victimes de violences domestiques sont également témoins de violence sur leur animal de compagnie. L’attachement de ces personnes (deux tiers de femmes, un tiers d’hommes) à leur animal de compagnie a également été mesuré à partir de deux grilles différentes. Les violences pouvaient être émotionnelles (la majorité), physiques, sexuelles, financières ou liées à l’identité. Toutes les victimes ont exprimé leur détresse psychologique et le peu de soutien social dont elles ont bénéficié. A partir des 137 témoignages, trois axes sont apparus : les animaux de compagnie sont une source importante de soutien pour les victimes, raison pour laquelle elles les protègent activement, et qui les motivent en cas de violence sur leurs animaux à quitter le partenaire violent. Beaucoup ont témoigné de leurs actions pour mettre en sécurité leur animal de compagnie avant de partir, soulignant, qu’au lieu d’être un frein, la souffrance de l’animal de compagnie peut être une source de motivation pour rompre le cercle de la violence.

L’attitude bienveillante des vétérinaires plébiscitée

Les discriminations sexuelles dont sont victimes ces minorités sexuelles ont fait l’objet d’une étude qualitative avec 19 femmes australiennes interviewées en face-à-face, à propos de la façon dont les professionnels de leur santé et de la santé de leur animal les ont traitées.

Clairement, les professionnels de santé humaine n’ont pas exactement l’humanité qu’elles reconnaissent toutes à leurs vétérinaires, décrits comme très humains, ne portant aucun jugement de valeur sur leur situation de couples, et les considérant d’abord et avant tout comme les maîtres de leurs animaux de compagnie. Les vétérinaires ont une préoccupation légitime du bien-être et de la santé de leur animal de compagnie, dont l’importance en matière de soutien psychologique, lors de situations de crise, est essentielle et souvent mal comprise ou ignorée par les médecins, voire les psychologues.

1 Riggs D. W., Taylor N., Fraser H., et coll. The Link Between Domestic Violence and Abuse and Animal Cruelty in the Intimate Relationships of People of Diverse Genders and/or Sexualities : A Binational Study. J Interpersonal Violence. 2018.

Fraser H., Bartholomaeus C., Riggs D. W., et coll. Service provider recognition of the significance of animal companionship among trans and cisgender women of diverse sexualities. Cult Health Sex. 2019.

Taylor N., Riggs D. W., Donovan C., et coll. People of Diverse Genders and/or Sexualities Caring For and Protecting Animal Companions in the Context of Domestic Violence. Violence Against Women. 2018.

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