Modèle de diffusion du virus H5N8 - La Semaine Vétérinaire n° 1809 du 04/05/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1809 du 04/05/2019

ÉTUDE

PRATIQUE MIXTE

Formation

Auteur(s) : TANIT HALFON 

Des chercheurs se sont intéressés à la dynamique de l’épizootie d’influenza aviaire en 2016-20171. Pour cette étude, deux périodes de temps, correspondant à deux phases différentes de gestion de l’épizootie, ont été préalablement définies. La première période s’étend du 28 novembre 2016 au 2 février 2017, durant laquelle un abattage préventif des canards avait été réalisé dans un rayon de 3 km autour des foyers dans les départements du Gers, de la Haute-Garonne, des Hautes-Pyrénées, des Landes et des Pyrénées-Atlantiques. Sur la deuxième période, du 3 février au 23 mars 2017, l’abattage préventif concernait toutes les volailles dans une zone de 1 km autour des foyers et de tous les canards dans un rayon de 3 km ou de 10 km si plusieurs foyers étaient détectés, dans tous les départements. Dans l’analyse de cette étude, seuls les foyers détectés par surveillance passive ont été inclus, soit 218 foyers, 137 pour la première période et 81 pour la seconde2.

Des changements de dynamique spatio-temporelle

Pendant la première période, l’analyse montre que les foyers sont fortement agrégés dans le temps (dates de suspicion proches) et l’espace (localisations géographiques proches)3. Les nouveaux foyers étaient plus susceptibles d’apparaître sur une courte période de temps (13 jours au maximum ) et à une faible distance (moins de 8 km) d’un autre foyer, suggérant des événements de transmission de proximité spatiale. La deuxième période était, elle, caractérisée par une agrégation spatio-temporelle des foyers moins marquée. Cinq agrégats de foyers ont été identifiés, distincts dans le temps et l’espace. Ainsi, un premier était situé dans le nord du département du Tarn, un deuxième dans l’ouest du Gers, un troisième dans le sud-est des Landes, un quatrième dans le sud des Landes et un cinquième dans le nord des Hautes-Pyrénées. Une diffusion de 16,5 à 52,7 km, sur une période de 10 à 25 jours, caractérisait les quatre premiers agrégats. Le dernier montrait une faible diffusion, 11,4 km, sur seulement 2 jours. De plus, la progression de l’apparition des foyers s’effectuait d’est en ouest.

Une transmission à longue distance

L’analyse a montré une vitesse de diffusion moyenne de 5,5 km par semaine. Cette moyenne, vraie pour la première période, était plus élevée pour la seconde, avec un pic à 7,9 km par semaine autour du 20 février 2017. Cette hausse de la vitesse de propagation de la vague de foyers indique que les mesures de réduction de la densité des élevages de volailles n’ont probablement pas empêché les événements de transmission à longue distance et ont eu un effet limité sur la vitesse de propagation des foyers pendant la période étudiée. Cette augmentation de vitesse pourrait être associée à des processus de transmission à longue distance, tels que les transports d’animaux vivants entre les exploitations, qui sont fréquents dans la filière canards gras. L’ensemble de ces données montre la nécessité de mettre en œuvre des mesures strictes de contrôle, telles que de l’abattage rapide des élevages infectés et des restrictions locales de mouvement, en association avec un haut niveau de biosécurité.

1 Guinat C., Gaëlle Nicolas G., Vergne T. et coll. Spatio-temporal patterns of highly pathogenic avian influenza virus subtype H5N8 spread, France, 2016 to 2017. Euro Surveill. 2018;23(26):1700791.

2 484 foyers ont été déclarés, dont 464 dans des élevages commerciaux.

3 Un groupe de foyers au sein duquel les foyers sont fortement agrégés dans le temps (dates de suspicion proches) et l’espace (localisations géographiques proches) est un cluster, ou agrégat spatio-temporel.

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