La maladie virale hémorragique dans le viseur - La Semaine Vétérinaire n° 1808 du 27/04/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1808 du 27/04/2019

FILIÈRE CUNICOLE

PRATIQUE MIXTE

L'ACTU

Auteur(s) : SAMUEL BOUCHER 

Face à la multiplication des foyers de maladie virale hémorragique du lapin, la filière a mis en place depuis un an un plan de lutte volontaire qui se fonde sur la prévention et la gestion renforcée des foyers.

Depuis 2016, une recrudescence d’épisodes de maladie virale hémorragique du lapin, maladie non réglementée par l’état, à RHDV21 touche la filière lapin de chair, mettant à mal plus de 25 % des élevages professionnels. Pour y faire face, elle a décidé depuis le mois de juin 2018 de mettre en place un plan de lutte concertée avec tous les maillons de la chaîne. Objectif : atténuer l’impact sanitaire et économique de la maladie en réduisant de moitié le nombre d’élevages atteints et en évitant les récidives.

Pour ce faire, la filière a défini trois axes stratégiques : l’accroissement du respect des règles de biosécurité, l’amélioration de la surveillance des foyers et la mise en place de mesures renforcées au sein d’un foyer. En outre, si la vaccination de tous les animaux pouvait être techniquement une excellente solution, elle n’est pas envisageable économiquement pour l’ensemble de la filière et seuls les reproducteurs sont concernés. Vacciner un lapin de chair coûte en effet plus cher que la marge qu’il dégage. Ainsi, la vaccination, sous prescription vétérinaire, est désormais rendue obligatoire pour le cheptel adulte, et ce, dès le sevrage des futurs reproducteurs.

Former à la biosécurité

Afin d’accroître le respect des règles de biosécurité, des documents pédagogiques synthétisés par l’Institut technique de l’aviculture (Itavi), le Clipp (interprofession de la filière cunicole) et la Société nationale des groupements techniques vétérinaires (SNGTV) ont été envoyés à tous les éleveurs. Parallèlement, 25 vétérinaires et techniciens d’élevage couvrant l’ensemble des structures de production ont suivi une formation à la SNGTV leur permettant d’apprendre aux éleveurs à réaliser un auto-diagnostic. Dans ce cadre, un plan d’actions adapté aux moyens de chaque élevage est établi en concertation avec l’encadrant.

Ce plan de maîtrise sanitaire doit prendre en compte la définition de l’unité de production, un plan de circulation, la formation du personnel et la réalisation et l’utilisation d’un sas trois zones. Il doit envisager tous les intrants potentiels et s’intéresser à la gestion de l’abreuvement et de l’alimentation, des nuisibles, des nids et des lots d’animaux. Enfin, il doit prendre en compte la maîtrise des flux sortants lors du transfert des animaux et de leur départ à l’abattoir, et s’intéresser aux effluents, à la gestion des cadavres via l’équarrissage et aux lapins de plein air. à ce jour, le dispositif enregistre un peu moins de 400 éleveurs formés.

Parfaire la gestion des foyers

En cas de foyer, un renforcement des mesures de biosécurité est prévu en cours d’élevage ou lors du vide sanitaire. Un sens de circulation est imposé. Des tenues spécifiques doivent être portées et les mains désinfectées à chaque manipulation d’animal suspect. La gestion des intrants est renforcée, celle des cadavres doit se faire via des sacs bio-équarrissables et les lieux de stockage doivent être nettoyés et désinfectés régulièrement. La lutte contre les insectes est renforcée pour limiter la prolifération des vecteurs potentiels. Des solutions virucides adaptées aux virus nus (Calicivirus) sont à pulvériser tous les deux jours.

Enfin, après le vide de la salle, un audit de décontamination complet doit être réalisé par le vétérinaire avec des contrôles à l’aide de chiffonnettes ou de boîtes contact. Parallèlement, tous les animaux en phase de croissance présents sur l’élevage sont vaccinés ou revaccinés, à condition qu’ils soient à plus de 10 jours de la vente et en âge d’être vaccinés. La vaccination est prévue pour deux bandes consécutives. Un rappel de vaccination est réalisé sur tous les animaux adultes ayant été vaccinés depuis plus de 5 mois (et plus de 4 mois en cas de récidive). Pour les élevages sous surveillance, la vaccination est fortement recommandée.

Construire un dispositif de surveillance

En cas de foyers confirmés (diagnostic vétérinaire si possible confirmé par réaction en chaîne par polymérase, dit PCR), un dispositif de surveillance, géré par une cellule de gestion de crise, est mis en place. Il permet de recenser les nouveaux cas et d’identifier les élevages en lien épidémiologique ou situés dans une zone de 1,5 km de rayon. Ces derniers feront l’objet de mesures de biosécurité renforcées. Les informations géographiques sont envoyées immédiatement par courriel à tous les acteurs enregistrés dans le dispositif. Ainsi, tout nouveau foyer ou toute récidive peut être rapidement connu. L’ensemble des informations est, de plus, envoyé à l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) et à l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) pour le traitement des données épidémiologiques.

1 RHDV pour « Rabbit haemorrhagic disease virus ». Depuis 2010, un nouveau génotype, le RHDV2, a émergé en Europe et a remplacé dans certains pays les souches de RHDV classiques.

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