Impact de l’alimentation des veaux sur leurs performances laitières - La Semaine Vétérinaire n° 1806 du 06/04/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1806 du 06/04/2019

CONFÉRENCE

PRATIQUE MIXTE

Formation

Auteur(s) : CLOTHILDE BARDE  

Les pratiques d’élevage des veaux laitiers ont des conséquences 2 ans plus tard sur leurs performances de production laitière et sur l’économie de l’élevage. Cependant, comme cet intervalle de temps est long, la plupart des éleveurs ont tendance à consacrer moins d’attention et d’effort qu’ils ne le devraient aux animaux de cet âge. Ils suivent ainsi les programmes d’élevage traditionnels qui préconisent, outre la sélection génétique, de réduire la durée de la période de lactation du veau pour minimiser les coûts d’élevage. Or, les femelles de renouvellement ont une valeur très importante pour le futur troupeau laitier. C’est pourquoi le conférencier Alex Bach a souhaité rassembler les connaissances actuelles sur les pratiques alimentaires recommandées chez les veaux laitiers.

Des connaissances chez l’homme

Des études1 révèlent que, chez l’homme, la nutrition a des impacts sur le long terme sur le métabolisme (performance, composition corporelle, fonction métabolique de la progéniture). Selon le conférencier, il est donc probable que les vaches laitières ne soient pas seulement influencées par la sélection génétique, mais aussi par la façon dont leurs mères ont été nourries pendant la gestation, et ensuite par la ration qui leur a été distribuée en tant que veaux et génisses2.

Impact sur les performances futures

Après les premiers résultats obtenus chez des rats3, des travaux menés sur des vaches laitières ont aussi permis de montrer que l’alimentation du veau pendant les deux premiers mois de vie permet d’améliorer le rendement laitier sur le long terme4. De même, des méta-analyses réalisées dans d’autres études2, 5 ont démontré que, pour chaque augmentation de 100 g par jour du taux de croissance des veaux pendant les deux premiers mois de vie, environ 225 kg de lait produit supplémentaire pouvait être attendu. De plus, il existe un lien entre le taux de croissance des veaux ou les conditions du part (dystocie ou non) et leur taux de survie au cours de la seconde lactation6, 7 : il y aurait un plus fort risque de mortalité au sevrage et à la mise à la reproduction chez les génisses issues d’un vêlage dystocique. Par conséquent, selon le conférencier, en fournissant aux veaux une alimentation suffisante pour répondre à des besoins de croissance rapide (plus de 800 g par jour) pendant les deux premiers mois de vie et en optimisant les pratiques de vêlage, l’éleveur n’obtient pas seulement plus d’efficacité, il assure aussi une meilleure productivité économique et laitière des génisses.

Importance de la nutrition lactée

Comme il l’a rappelé, la première chose dont il convient de s’assurer est que le veau nouveau-né reçoive la quantité d’anticorps, de facteurs de croissance, d’hormones et de nutriments adaptée à la prévention des maladies au plus jeune âge grâce à un apport correct de colostrum, car cela impacte les performances futures de l’animal. Le veau est ensuite nourri avec de l’eau, du lait entier ou un lactoremplaceur, ainsi qu’avec un aliment de croissance. Or, selon lui, l’eau devrait être disponible ad libitum pour favoriser la colonisation bactérienne du rumen, la prise d’aliment solide de croissance et, par conséquent, la croissance des veaux. Ces derniers ont en effet besoin de consommer, en plus du lait ou du lacto remplaceur, 4 à 6 l d’eau pour chaque kilo d’aliment de croissance consommé. Un programme nutritionnel idéal consiste donc en un apport de 6 l par jour avec un taux de dilution de 12,5 % (jusqu’à 15 % en hiver), bien qu’au-delà de 8 l par jour cela compromette la prise alimentaire d’aliment de croissance8. Enfin, à l’âge de 63 jours les veaux devraient être présevrés via la réduction de l’apport de liquides et totalement sevrés à 70 jours, indique Alex Bach. Puis, pour maintenir un taux de croissance d’environ 1,2 kg par jour après le sevrage, ils ont besoin de consommer environ 1,8 kg d’aliment de croissance à 63 jours et plus de 2 kg à 70 jours.

La ration idéale pour une croissance maximale

Sachant que la mise en place précoce de meilleurs plans de nutrition chez les veaux conduit à de meilleurs rendements laitiers2, à une plus grande biodiversité de la microflore intestinale et à une meilleure réponse immunitaire des veaux, il est intéressant d’optimiser leur prise alimentaire9, 10. Si l’objectif est que le veau ait une croissance rapide (> 750 g de poids vif par jour) pendant les premiers jours de vie, il sera nécessaire d’augmenter la quantité de lait fournie. Cependant, les veaux nourris ainsi ont tendance à avoir plus de difficultés à réaliser une transition alimentaire vers de la nourriture solide et une partie de l’optimisation de la croissance du veau obtenue avant le sevrage est alors perdue. En effet, des études montrent que les veaux nourris précocement avec des aliments solides présentent un développement de la flore intestinale plus précoce conduisant à une activité métabolique ruminale meilleure11. La consommation d’aliment de croissance peut être augmentée en incluant des ingrédients appétants comme le blé, le sorgho, le maïs ou le soja, en évitant les aliments à base de gluten de maïs et d’avoine12. Par ailleurs, plusieurs études récentes13, 14 ont montré que, pour garantir une bonne prise d’aliments solides par les veaux, il convient de leur donner un accès ad libitum à de la paille ou à du foin haché. Ainsi, si l’on fournit à de jeunes veaux des granulés de croissance contenant 180 g de fibres insolubles dans les détergents neutres (NDF)/kg et 195 g de matière azotée totale (crude protein)/kg en association avec différentes sources de fourrage haché, les chercheurs ont observé que cet apport de fibre supplémentaire augmente la prise d’aliment solide (de plus de 23 %) et le taux de croissance des animaux, sans pour autant produire un impact négatif sur la digestibilité des nutriments15. Une exception est cependant faite avec le foin d’alfalfa16.

1 Fall C. H. D. Evidence for the intra-uterine orogramming of adiposity in later life. Ann. Hum. Biol., 2011.

2 Bach A. Ruminant nutrition symposium : Optimizing performance of the offspring : nourishing and managing the dam and post natal calf for optimal lactation reproduction and immunity. J. Anim. Sci. 2012.

3 McCance R. A. Food, growth and time. Lancet, 1962.

4 Davis Rincker L. E., Weber Nielsen M. S., Chaplin L. T. et coll. Effects of feeding prepubertal heifers a high-energy diet for three, six or twelve weeks on mammary growth and composition. J. Dairy Sci., 2008.

5 Bach A. Associations between several aspects of heifer development and dairy cow survivability to secondlactation. J. Dairy Sci., 2011.

6 Heinrichs A. J., Heinrichs B. S. A prospective study of calf factors affceting first la ctaion and lifetime milk production and age when removed form the herd. J. Dairy Sci., 2011.

7 Barrier et coll.

8 Bach A., Domingo L., Montoro C., Terré M. Short communication. J. Dairy Sci., 2013.

9 Ballou M. A. Immune response of holstein and Jersey claves during the preweaning and immediate postweaned periods when fed varying planes of milk replacer. J. Dairy Sci., 2012.

10 Malmuthuge N., Li M., Goonewardene L. A. et coll. Effetct of calf starter feeding on gut microbila diversity and expression of genes involved in host immune responses and tight junctions in du-iary calvs during weaning transition. J. Dairy Sci., 2013.

11 Anderson K. L., Nagaraja T. G., Morrill J. L. et coll. Ruminal microbial development in conventionnally or early-weaned calves. J. Anim. Sci., 1987.

12 Miller-Cushon et coll.

13 Thomas D. B., Hinks C. E. The effect of changinig the physiclaform of roughage on the performance of the early weaned calf. Anim. Sci. 1982.

14 Phillips C. J. C. The effects of forage provision and group size on the behavior of calves. J. Dairy Sci., 2004.

15 Castells et coll.

16 Kincaid R. L. Alternative methods of feeding alfala to calves. J. Dairy Sci., 1980.

Alex Bach Professeur à l’Icrea et au département de production des ruminants Irta (Catalogne). Article rédigé d’après une présentation faite lors de l’ International Summit on Dairy Cattle, organisé par le laboratoire Bayer, du 5 au 7 mars.

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