Que vous apportent les stages tutorés mis en place en rurale ? - La Semaine Vétérinaire n° 1805 du 06/04/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1805 du 06/04/2019

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Auteur(s) :  LORENZA RICHARD  

UN PIED DANS LA VIE ACTIVE

Le tutorat, c’est un pied dans la vie active. Ce stage formateur permet d’acquérir une confiance en soi, d’évoluer avec le filet de sécurité qu’est le tuteur et de devenir autonome. Dans les premiers temps, beaucoup d’observation et d’adaptation au fonctionnement de la clinique sont nécessaires, puis le stagiaire commence à prendre en charge des cas. À l’école, chaque élève doit suivre de cinq à huit cas dont le diagnostic différentiel et les examens complémentaires sont très poussés. L’inconvénient est que la révision des bases, la réflexion approfondie et l’établissement du diagnostic différentiel sont moins abordés en tutorat, où environ 15 nouveaux cas sont suivis par jour, avec souvent les mêmes problématiques. La formation est plus empirique, par manque de temps. Cependant, je suis désormais autonome en rurale pour la perfusion des veaux, la pose de cathéter à l’oreille ou à la jugulaire, l’épidurale et la rachianesthésie, la gestion de la diarrhée de veau, la prophylaxie, le retournement de matrice, le prolapsus vaginal, etc. Le stagiaire est aussi formé à la canine dans les moments de “creux”, d’abord à travers l’observation, puis la réalisation de préconsultations, en attendant que le tuteur prenne en charge le cas, et enfin de consultations seul.

Delphine de Chérade de Montbron

UNE FORMATION PRATIQUE INCOMPARABLE

Je me sens mieux en tutorat qu’à l’école. Les six vétérinaires de la clinique dans laquelle j’effectue mon stage se rendent disponibles pour me former, chacun avec leur vécu. Je vois ainsi six façons de travailler sur le terrain, dans lesquelles je peux piocher ce qui me convient le mieux. Le contact avec les éleveurs est réel, et permet de mieux appréhender la clientèle. Le stagiaire est plongé dans la réalité du terrain, économique comme pratique. C’est aussi le moyen de pratiquer beaucoup de gestes techniques de base, et à ce titre la formation en obstétrique et en chirurgie est incomparable, car être seul avec le vétérinaire formateur permet de “toucher à tout”. Je pense qu’on est peut-être moins formé sur la théorie et le raisonnement qu’à l’école, cependant, sur le terrain, soigner semble être la priorité avant l’établissement d’un diagnostic très approfondi. De plus, le tutorat facilite le lancement dans la vie active en donnant la possibilité de négocier notre premier contrat. En effet, beaucoup d’annonces de vétérinaires demandent des compétences minimales, et comme j’ai été formé au suivi de reproduction en élevage laitier et allaitant bovin, je peux faire valoir cette compétence. La clinique où je suis est aussi équipée pour hospitaliser des veaux, ce qui me permettra de proposer des aménagements simples et peu coûteux afin de développer ce service.


Alexandre Laurent

L’ACQUISITION D’UNE AUTONOMIE SUR LE TERRAIN

La 5e année de bovine donne une bonne formation aux étudiants. Notamment, le mois d’autopsie est, pour moi, indispensable pour apprendre la technique à appliquer ensuite sur le terrain. Cependant, quand un cas est envoyé à l’école, je me rends compte que beaucoup de temps est passé à faire du secrétariat, et je me dis que j’ai de la chance d’être en tutorat. En effet, les gestes de base sont acquis et le stagiaire est autonome en finissant son tutorat. Il ne me semble pas que cela soit le cas en restant à l’école. Mon autonomie ne sera pas totale en obstétrique, mais je pense que la formation dépend de la région où le stage est effectué et de la possibilité de rester pour suivre les gardes. Le tutorat est une très bonne expérience, qui nous confronte aux éleveurs et à la réalité du terrain, avec ses difficultés sociales et financières. Il serait plus profitable de l’effectuer avant la formation bovine à l’école, par exemple, sous la forme d’un internat, afin de bénéficier d’une expérience de terrain. À l’issue de mon stage tutoré, je suis embauchée trois jours par semaine, ce qui va me permettre de réaliser les actes de base seule et de continuer à me former au sein d’une structure et d’une clientèle que je connais déjà.

Madeleine Chauvelot
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