Particularités des douleurs arthrosiques et neuropathiques du chat - La Semaine Vétérinaire n° 1805 du 06/04/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1805 du 06/04/2019

CONFÉRENCE

PRATIQUE CANINE

Formation

Auteur(s) : AMANDINE CLÉMENT  

Épidémiologie

61 % des chats de plus de 6 ans et 90 % de ceux de plus de 12 ans présentent des lésions articulaires visibles à la radiographie. La plupart sont atteints d’arthrose. L’âge médian est de 10 ans. Anatomiquement, la répartition des lésions concerne le squelette appendiculaire (39 % des cas), puis le squelette axial (32 % des cas), et enfin l’ensemble du squelette (28 % des cas). Ces lésions sont souvent bilatérales et une prédisposition du maine coon pour l’arthrose des hanches et du burmese pour celle des coudes est notée1.

Signes cliniques

Cliniquement, le chat présente peu de boiteries et les épaississements, ainsi que les crépitements ressentis à la palpation-manipulation des articulations sont rares. En revanche, l’ankylose articulaire est courante et les phénomènes d’hyperalgésie et d’allodynie sont fréquemment observés. Ces symptômes frustes sont d’autant plus compliqués à objectiver que le chat est un animal dont l’examen clinique orthopédique est difficile (contention délicate, composante émotionnelle et comportementale forte) et qu’il est susceptible de présenter des comorbidités (maladie rénale chronique, hyperthyroïdie,diabète, dysfonctionnements cognitifs liés à l’âge, etc.).

L’enquête doit donc être menée au cours d’une consultation douleurscrupuleuse qui évaluera, en premier lieu, les troubles comportementaux du chat. En effet, à l’image du Feline Musculoskeletal Pain Index (FMPI), questionnaire mis au point par le laboratoire de recherche comparée sur la douleur en Caroline du Nord (États-Unis), la web application Dolocat permet d’attribuer un score douleur après avoir recensé, auprès du propriétaire, les anomalies comportementales de son chat selon différents items (attitudes et postures, champs comportementaux : d’isolement, d’activités, d’agression). L’intensité et la cinétique de ce score permettent d’adapter le traitement au fur et à mesure des consultations de suivi.

Sur les radiographies des zones suspectes, des images d’ossification et de minéralisation des tissus mous adjacents (intracapsulaires, extracapsulaires ou synoviales) sont fréquemment observées.

Traitement

Pharmacologique

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS). Le méloxicam est un AINS autorisé pour un usage à long terme (> 6 mois)2. Il est efficace sur les douleurs inflammatoires chroniques (0,3 mg/kg par voie sous-cutanée [SC], puis 0,05 mg/kg/j avec un relai per os [PO] possible en diminuant la dose à 0,01-0,03 mg/kg/j), appétant et commode d’utilisation. Malgré la fréquence rapportée des vomissements secondaires à son emploi (chez 18 % des chats pour lesquels les conditions d’emploi ne sont pas connues et en raison des fortes comorbidités), il est utilisé avec un bénéfice clinique net en respectant quelques précautions d’emploi (mettre en place une alimentation humide, jamais d’utilisation conjointe avec un anti-inflammatoire stéroïdien, contrôles réguliers des statuts rénal et hépatique, ainsi que de la pression artérielle, utilisation concomitante raisonnée d’un inhibiteur de l’enzyme de conversion de l’angiotensine [IECA]).

La gabapentine, un antiépileptique (Neurontin®3) est remarquable par son efficacité sur les douleurs neuropathiques (très présentes chez les chats dont le diagnostic d’arthrose est souvent tardif), souligne Thierry Poitte. Elle régule les canaux calciques voltage-dépendants et présente une action antihyperalgésiante (par diminution de la libération de deux neuromédiateurs, la substance P et le glutamate, et par augmentation des contrôles descendants inhibiteurs noradrénergiques). Elle présente aussi des vertus anxiolytique et orexigène. La posologie est de 5 mg/kg PO, deux à trois fois par jour. Son utilisation “hors-AMM” nécessite de faire reconditionner des gélules appétentes de 10, 20 ou 50 mg (par exemple, auprès du laboratoire Delpech Marseille).Il n’y a pas de contre-indication particulière à son emploi et l’effet observé dépend du métabolisme de l’individu.

Le mode d’action principal de la clomipramine (Clomicalm®) réside dans la potentialisation des effets de la noradrénaline et de la sérotonine 5-HT dans le cerveau par l’inhibition du recaptage neuronal. C’est un anxiolytique et un antidépresseur, modulateur des contrôles inhibiteurs descendants, utilisé pour soulager les douleurs neuropathiques et traiter les troubles comportementaux en relation avec la douleur (insomnies, dépression, anxiété). La posologie est de 0,25 à 0,5 mg/kg en une prise par jour, le soir. Une attention particulière doit être portée, lors de la mise en place du traitement, aux effets anticholinergique (rétention urinaire, constipation, glaucome), histaminergique (sédation) et µ1-adrénergique (bradycardie, hypotension).

Diététique

La complémentation en chondroprotecteurs, surtout en oméga 3, et la prescription d’une alimentation thérapeutique complètent utilement le traitement pharmacologique (diminution des phénomènes inflammatoires et des lésions oxydatives, augmentation de la synthèse du cartilage, gestion du poids de l’animal et maintien de la masse musculaire).

Enrichissement de l’environnement

Il s’agit d’enrichir et d’adapter le milieu de vie de l’animal à ses besoins physiologiques et comportementaux de façon progressive (marche-pied pour les accès en hauteur, litière évasée sans toit, griffoir posé à plat, phéromonothérapie, distractions et jeux adaptés, sorties, etc.).

Physiothérapie et laser acupuncture

Lorsque les AINS et la clomipramine sont formellement contre-indiqués, la physiothérapie laser peut être un choix judicieux. Thierry Poitte a exposé le cas de deux chats, l’un diabétique intolérant au méloxicam (photos), l’autre atteint du virus d’immunodéficience féline [FIV] et asthmatique, ayant bénéficié du protocole suivant : une séance par semaine pendant 3 à 5 semaines, puis les séances suivantes à + 15 j, + 30 j et toutes les 6 semaines en entretien.

Biothérapies

Les biothérapies regroupent trois approches : les anticorps monoclonaux (le frunevetmab est en cours de développement chez Zoetis), le plasma enrichi en plaquettes (PRP) et les cellules souches.

1 Godfrey D. R. Osteoarthritis in cats : a retrospective radiological study. J Small Anim. Pract. 2005;46(9):425-9.

2 Une deuxième molécule dispose d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour les affections musculo-squelettiques chroniques chez le chat : le robenacoxib (Onsior®). Il s’agit d’un COX-2 sélectif, qui peut être prescrit au long cours (en prévoyant un suivi régulier). L’insuffisance rénale chronique (IRC) n’est pas une contre-indication à son emploi, mais nécessite une évaluation du rapport bénéfice/risque (utilisation possible en cas d’IRC stable avec une normovolémie, en exerçant une surveillance rapprochée).

3 Pharmacopée humaine.

Thierry Poitte Titulaire du DIU douleur, praticien à l’Île de Ré. Article rédigé d’après une présentation faite par CAP douleur au CHV Advetia (Vélizy-Villacoublay, Yvelines), en février 2019.

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