Les complications du type brachycéphale chez le chat - La Semaine Vétérinaire n° 1805 du 06/04/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1805 du 06/04/2019

CONFÉRENCE

PRATIQUE CANINE

Formation

Auteur(s) : MYLÈNE PANIZO  

Par leur faciès enfantin et leur caractère attachant, les chiens et les chats de type brachycéphale connaissent un véritable succès depuis plusieurs années et subissent un effet de mode important. Au fil du temps, la sélection génétique a accentué leurs caractéristiques morphologiques (crâne raccourci, face aplatie), pour aboutir à un hypertype morphologique, ce qui n’est pas sans conséquences sur la santé des individus. Persan, himalayen, scottish fold, exotic shorthair et bombay sont les races concernées chez les chats.

Cyrill Poncet lutte contre les hypertypes depuis toujours. Il rappelle que la sélection poussée a entraîné de véritables malformations anatomiques, notamment un enfoncement de l’os nasal et un déplacement curviligne et dorsal de la mandibule. Les difficultés respiratoires ne sont pas rares, aggravées par une sténose fréquente des narines. Dans des cas extrêmes, cela peut aller jusqu’à la détresse respiratoire. Chez le chat, une rhinoplastie (ouverture des narines) permet de favoriser le flux d’air entrant et ainsi d’améliorer la respiration.

Conséquences ophtalmologiques

Les répercussions ophtalmologiques du type brachycéphale sont fréquentes, comme l’a expliqué Guillaume Payen. L’épiphora chronique constaté chez ces animaux est dû à une anomalie du trajet du canal lacrymo-nasal et à l’existence d’un entropion inférieur nasal, plus ou moins prononcé. L’entropion a pour origine un excès du pli de peau situé entre les narines et l’angle interne de l’œil. Le point lacrymal est donc partiellement ou totalement masqué, induisant le débordement de larmes au-dessus du bord palpébral. Cet épiphora a pour conséquence l’apparition d’une blépharite chronique, pouvant induire une infection purulente par macération. Un nettoyage régulier de ces écoulements est recommandé.

Du fait de leur cornée très exposée, les chats brachycéphales sont sujets aux kératites d’exposition. La cornée présente un risque ulcératif et les complications bactériennes (ulcères à collagénases) sont fréquentes chez ces races. Les kératites d’exposition prédisposent également à l’apparition de séquestres cornéens. Il s’agit d’une nécrose du stroma, caractérisée par une zone d’abord ambrée puis brunâtre voire noire sur la cornée. Chez les races brachycéphales, le séquestre cornéen peut être soit primitif, soit associé au retard de cicatrisation d’un ulcère cornéen. Bien qu’une prédisposition génétique ait été exclue, les races brachycéphales sont surreprésentées en raison de l’exposition importante de leur cornée. Le traitement est généralement chirurgical.

Conséquences dermatologiques

L’épiphora chronique prédispose également au développement d’un intertrigo facial. Céline Darmon a présenté le tableau clinique de la dermatite faciale idiopathique féline des persans et races apparentées. Cette dermatite apparaît chez le jeune adulte (environ à l’âge de 1 an). Elle est initialement caractérisée par une dermatite faciale non prurigineuse (elle peut le devenir en cas de surinfection bactérienne ou fongique) et elle est souvent associée à une otite cérumineuse. Elle est à différencier de la séborrhée primaire idiopathique (apparaissant en moyenne à l’âge de 6 semaines et présente sur tout le corps), d’une hypersensibilité et d’un lupus cutané. Elle se traite par une antibiothérapie et des soins locaux. Un nettoyage régulier des plis de la peau et des yeux est indispensable.

Tout comme les chiens de type brachycéphale, les chats peuvent présenter des symptômes chroniques altérant leur santé à plus ou moins long terme. Les vétérinaires sont incités à évaluer précocement l’intensité du syndrome brachycéphale afin de conseiller au plus tôt les propriétaires sur la conduite à tenir. Les éleveurs doivent être encouragés à participer à la lutte contre les hypertypes et à informer les propriétaires.

Cyrill Poncet Diplômé ECVS, spécialiste en chirurgie. Guillaume Payen Diplômé ECVO, spécialiste en ophtalmologie. Céline Darmon Diplômée ECVD, spécialiste en dermatologie. Praticiens au centre hospitalier vétérinaire Frégis à Arcueil (Val-de-Marne). Article rédigé d’après une présentation organisée par le CHV Frégis, en octobre 2018.

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