Avec Galliprant ®, Elanco ambitionne de changer les habitudes de prescription lors d’arthrose - La Semaine Vétérinaire n° 1805 du 06/04/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1805 du 06/04/2019

NOUVELLE CATÉGORIE D’AINS

PRATIQUE CANINE

L'ACTU

Auteur(s) : VALENTINE CHAMARD  

Grâce à son mode d’action inédit, en aval des cibles des AINS classiques, le grapiprant promet de révolutionner la prise en charge des animaux arthrosiques, en particulier les jeunes.

Le grapiprant n’est pas un AINS 1 de plus, mais bien une nouvelle catégorie d’AINS, avec une nouvelle approche », prévient Marc Gogny, diplomate ECVPT2, lors de la conférence de presse organisée le 11 avril pour le lancement de Galliprant®. Avec cette molécule de la famille des piprants (qui ne sont pas encore disponibles en santé humaine), Elanco estime pouvoir changer les habitudes de prescription des praticiens pour traiter l’arthrose canine. En effet, le principal frein dans la prise en charge précoce de l’arthrose est la crainte des effets indésirables des AINS lors de prise au long cours… Ce blocage peut désormais être levé par le profil d’innocuité des piprants.

Un antagoniste compétitif…

Le grapiprant est un antagoniste sélectif du récepteur EP4 de la prostaglandine PGE2, principal médiateur de l’inflammation et de la douleur arthrosique (schéma). Il agit ainsi beaucoup plus en aval que les AINS “classiques”, qui sont, eux, des inhibiteurs enzymatiques (action sur les cyclo-oxygénases). « Un mode d’action très novateur », souligne Marc Gogny. De ce fait, l’homéostasie rénale, l’hémostase et l’intégrité gastro-duodénale ne sont pas altérées. Les seuls effets indésirables rapportés sont des vomissements et de la diarrhée transitoires, « qui pourraient être liés à l’excipient car ils sont aussi retrouvés dans le groupe placebo qui n’a reçu que ce dernier , mais en aucun cas à une érosion de la muqueuse digestive ». En revanche, les PGE2 EP4 étant nécessaires à la réparation tissulaire gastroduodénale, un “lavage” d’une semaine est requis en relais d’un AINS “classique” pour éviter une aggravation d’éventuelles lésions érosives digestives préexistantes. N’ayant pas d’action sur le récepteur EP3 de la PGE2, les piprants n’ont pas d’effet antipyrétique.

… doublé d’un volume de distribution élevé

« Ce mode d’action ne suffirait pas s’il n’était doublé d’un volume de distribution élevé », poursuit le pharmacologue. Molécule neutre, stable et très lipophile, le grapiprant a une distribution large et homogène et franchit la barrière hémato-méningée (donc la moelle épinière, offrant un effet antihyperalgésique central et une action sur les douleurs d’origine mécanique et/ou centrale, et pas seulement anti-inflammatoire). Par ailleurs, les antagonistes compétitifs ont une courbe d’efficacité “effet-dose”, ce qui autorise une souplesse dans la dose employée. Sa biodisponibilité par voie orale est de 70 %, avec un pic d’effet obtenu en 1 heure (décalé à 3 heures en cas de prise alimentaire concomitante, sans modification de l’efficacité). Son élimination se fait essentiellement par voie digestive, « une nouveauté par rapport aux AINS “classiques” », souligne Marc Gogny. Sa durée d’action est de 8 à 12 heures, permettant, en une prise quotidienne le matin, de couvrir la période d’activité du chien. Les études de terrain confirment l’efficacité de la molécule (48,1 % de succès thérapeutique après 28 jours de traitement, versus 31,3 % pour le groupe placebo) et son innocuité (pas d’effet indésirable à 15 fois la dose recommandée de 2 mk/kg/j pendant 9 mois chez des chiens sains, si ce n’est des troubles digestifs passagers dans 15 % des cas, retrouvés également dans le groupe placebo).

Traiter tôt et longtemps

« Il est donc désormais possible de traiter précocement les chiens arthrosiques, y compris les jeunes, ce qui est la clé pour rompre le cercle vicieux de l’arthrose (douleur-perte de mobilité-fonte musculaire-prise de poids-instabilité articulaire-douleur), et ce sur le long terme », s’enthousiasme Charlotte Olry, chef de produit chez Elanco. Afin de favoriser la prise en charge précoce, l’équipe commerciale du laboratoire met à disposition des vétérinaires le questionnaire d’évaluation Load (Liverpool Osteoarthritis in Dogs) pour les propriétaires et l’outil Coast3 (Canine Osteoarthritis Staging Tool) pour les vétérinaires. Lancé début 2017 aux États-Unis, Galliprant® a reçu le prix Best Companion Animal Product par Animal Pharm. 89 % des vétérinaires américains en ont recommandé après un premier essai.

1 Anti-inflammatoire non stéroïdien.

2 European College of Veterinary Pharmacology and Toxicology.

3 Voir La Semaine Vétérinaire n° 1803 du 5/4/2019, pages 27 et 28.

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