Le diagnostic de la fourbure d’origine endocrinienne (1 re partie) - La Semaine Vétérinaire n° 1804 du 30/03/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1804 du 30/03/2019

ANALYSE

PRATIQUE MIXTE

Formation

Auteur(s) : ANNE COUROUCÉ  

La fourbure est une affection fréquente chez les chevaux et il est aujourd’hui reconnu que celle d’origine endocrinienne représente environ 90% des cas vus en pratique vétérinaire. Ceci est dû à un problème de régulation de l’insuline lié au Syndrome métabolique équin (SME) et/ou au dysfonctionnement de la pars intermedia pituitaire (Pituitary pars intermedia dysfunction ou PPID).

L’article de Menzies-Gow (2019) est une revue d’articles récents publiés sur le diagnostic de la fourbure. Le premier point soulevé est la précocité du diagnostic qui repose sur une reconnaissance rapide de l’affection par les propriétaires, puis sur l’examen et le traitement mis en place par le vétérinaire et/ou le maréchal-ferrant. Pollard et coll. (2017) ont mené une étude impliquant les vétérinaires de “première opinion” en Angleterre et ont montré que les cas de fourbure suspectés par les propriétaires étaient tous confirmés par les praticiens (51 cas). Toutefois, 45% des cas de fourbure diagnostiqués par les vétérinaires n’avaient pas été reconnus comme tels par les propriétaires. Ces résultats suggèrent qu’il est nécessaire de mieux les éduquer afin de permettre une détection du problème plus précoce.

Pour le vétérinaire, une approche logique en pratique est d’effectuer des mesures ou des tests permettant de refléter ce que l’on connaît de la pathophysiologie de la fourbure endocrinienne. Cela permet de classifier les tests en 3 catégories : de niveau 1 (évaluation de l’hyperinsulinémie), de niveau 2 (évaluation de l’insulino-résistance) et de niveau 3 (évaluation de l’obésité et du PPID)1.

Tests de niveau 1 : évaluation de l’hyperinsulinémie

Les tests de niveau 1 s’intéressent à l’évaluation de l’hyperinsulinémie (concentration en insuline, Oral glucose test [OGT] et Oral sugar test [OST]).

L’hyperinsulinémie est un facteur clé de la fourbure. Il est donc indispensable d’utiliser des tests permettant de l’évaluer afin de mesurer le risque accru de fourbure endocrinienne pour un individu donné. Ces tests sont pertinents et faciles à effectuer sur le terrain.

- Dosage de l’insuline basale : Ce test peut être effectué sur un cheval au pré ou au box nourri avec un repas de foin, sans apport de granulés dans les 4 heures précédant le test.

- Insulinémie mesurée après un repas test de glucides : Un repas test de glucides peut être utilisé, notamment pour simuler le scénario d’un cheval ou d’un poney mis au pré au printemps, lorsque l’herbe est la plus riche en glucides. Il existe essentiellement deux choix de repas test : le sucre (OGT) ou le sirop de maïs Karo Light (OST). Ils se distinguent par leur facilité d'utilisation et leur sensibilité.

L’avantage de l’OST réside dans le faible volume de sirop, facile à administrer. Néanmoins, ce test n’est pas aussi sensible que l’OGT en raison de la quantité inférieure de sucre dans la dose administrée. Par conséquent, certains chevaux seront négatifs au sirop de maïs, mais positifs au test de glucose.

La sensibilité plus faible de ce test a conduit Jocelyn et coll. (2018) à étudier les effets de l’administration de doses variables de sirop (0,15 versus 0,30 versus 0,45 ml/kg PV) afin d’évaluer la capacité du test à faire la différence entre des poneys avec un historique de fourbure et ceux n’en ayant pas. La réponse de l’insuline après une dose de 0,15 ml/kg n’était pas significativement différente d’une dose de 0,30 ml/kg. Cependant, la réponse à une dose de 0,45 ml/kg était significativement différente des deux doses plus faibles. L’utilisation de cette dose de 0,45 ml/kg a permis de différencier les poneys ayant présenté des épisodes précédents de fourbure de ceux n’en ayant pas présenté, et donc d’améliorer la capacité du test OST à détecter une dysrégulation de l’insuline.

Tests de niveau 2 : résistance à l’insuline

La résistance à l’insuline n’est pas la cause directe de la fourbure mais il existe au moins deux raisons de la mesurer. Tout d’abord, la résistance à l’insuline reste pertinente dans la fourbure car elle augmente l’hyperinsulinémie en tant que réponse compensatoire. Ensuite, les tests de résistance à l’insuline tendent à montrer des améliorations cohérentes lors de changements de gestion diététiques et sont donc utiles pour la surveillance et le suivi du cheval ou du poney. Deux options principales existent pour évaluer cette résistance :

- Le test de réponse à l’insuline (IRT) en deux étapes : Il s’agit probablement du test de résistance à l’insuline le plus simple en pratique. Il consiste à mesurer la glycémie avant et 30 minutes après l’injection d’un bolus d’insuline à 0,1 UI/kg. Les chevaux normaux présenteront une diminution de plus de 50 % de leur glycémie plasmatique initiale 30 minutes après l’administration de ce bolus d'insuline. Le test est positif lorsque la diminution de la glycémie est inférieure à 50 % de la valeur basale.

- Le test de l’insuline-glucose (CGIT) : Ce test peut également être utilisé pour indiquer la présence d'une résistance à l’insuline. Du glucose (150 mg/kg) est injecté sous forme de glucose à 50 % (30 ml/100 kg), suivi d’une injection d’insuline (0,1 UI/kg). Des prélèvements fréquents pour mesurer la glycémie et l’insulinémie sont réalisés pendant 2 à 3 heures. Une version simplifiée du test consiste à ne mesurer la glycémie qu’à 45 minutes (la réponse normale doit permettre un retour à la valeur initiale) et l’insulinémie à 75 minutes (réponse normale < 100 mU/l).

1 Les tests de niveau 3 seront abordés dans le prochain numéro de La Semaine Vétérinaire.

Article rédigé d’après l’article de Menzies-Gow N. J. (2019), Clinical insights : Diagnosis of laminitis. Equine Vet. J., 51, 143-144 ; d’après l’article publié par le Liphook Equine Hospital, Royaume-Uni, bit.ly/2YXDM5p ; et les recommandations publiées en 2016 par le Equine endocrinology group, Recommendations for the diagnosis and treatment of Equine metabolic syndrome (EMS), bit.ly/2ovQruW.

Pour en savoir plus :

- Bertin F. R., de Laat M. A. The diagnosis of equine insulin dysregulation. Equine Vet. J. 2017. 49(5):570-576.

- Copas V. E., Durham A. E. Circannual variation in plasma adrenocorticotropic hormone concentrations in the UK in normal horses and ponies, and those with pituitary pars intermedia dysfunction. Equine Vet. J. 2012. 44(4):440-443.

- Jocelyn N. A., Harris P. A., Menzies-Gow N. J. Effect of varying the dose of corn syrup on the insulin and glucose response to the oral sugar test. Equine Vet. J. 2018. 50(6):836-841.

- Knowles E. J., Moreton-Clack M. C., Shaw S., Harris P. A. et coll. Plasma adrenocorticotropic hormone (ACTH) concentrations in ponies measured by two different assays suggests seasonal cross-reactivity or interference. Equine Vet. J. 2018. 50(5):672-677.

- Pollard D., Wylie C. E., Verheyen K. L. P., Newton J. R. Assessment of horse owners’ ability to recognise equine laminitis: a cross-sectional study of 93 veterinary diagnosed cases in Great Britain. Equine Vet. J. 2017. 49(6):759-766.

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