Le cri d’alarme des “éleveurs de l’avenir” contre l’élevage intensif - La Semaine Vétérinaire n° 1804 du 30/03/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1804 du 30/03/2019

POLÉMIQUE

PRATIQUE CANINE

L'ACTU

Auteur(s) : LORENZA RICHARD  

La Confédération des éleveurs de l’avenir (Cedav) alerte les vétérinaires sur la production des chiots dans les fermes d’élevage et les invite à ne pas encourager ces pratiques.

La production intensive de chiens, considérés comme objets de consommation, est facilitée par l’aval des pouvoirs publics », a déploré Françoise Martin, présidente de la Confédération des éleveurs de l’avenir (Cedav), lors du séminaire Le Chien mon ami, au zooparc de Beauval, qui s’est déroulé les 24 et 25 novembre 2018. Pour cette dernière et la vice-présidente de la Cedav, Isabelle Persson, également éleveuse, la modification de la législation relative aux Installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE), datée du 23 octobre 2018, va dans le sens des élevages de plus de 100 reproducteurs.

Alors qu’une déclaration auprès des directions départementales de la protection des populations (DDPP) était obligatoire pour les structures détenant de 10 à 50 chiens, le seuil est levé à 100 animaux. Une autorisation était nécessaire pour les établissements à partir de 50 chiens, elle l’est désormais à partir de 251 animaux. Le statut des structures comptant entre 101 et 250 chiens est intermédiaire.

« Cet aménagement des seuils va permettre aux élevages intensifs d’augmenter encore leur production, en simplifiant les démarches pour augmenter le cheptel à 100 animaux, a regretté Françoise Martin. Il est impératif que les structures d’élevage offrent de l’espace, de l’hygiène, un environnement sensoriel pour les chiots et assurent la santé et l’équilibre émotionnel des reproducteurs, avec un personnel suffisant et compétent, qui soigne et interagit positivement avec les animaux. »

Une réglementation inadaptée ?

Pour la présidente de la Cedav, les « fermes élevages » ne peuvent pas satisfaire les besoins des chiens, ni socialiser les chiots, et des animaux meurent par défaut de soins, en raison notamment de l’insuffisance de personnel. « L’arrêté du 3 avril 2014 fixant les règles sani taires et de protection des animaux d’élevage n’aborde pas l’environnement sensoriel des animaux et ne fait pas état d’un nombre de personnel en fonction du nombre de reproducteurs, » a-t-elle souligné, en espérant que la législation évolue.

De plus, Françoise Martin a dénoncé le fait que la plupart des élevages intensifs produisent pour des animaleries ou des salons du chiot. « les animaux y sont vendus dans des espaces restreints, sans occupation ni accès à l’extérieur, sont livrés dans des boîtes en carton perforées, ou encore entreposés dans des boîtes de transport. Comment réfléchir à la notion de bientraitance d’un animal, comme être sensible, dans ces conditions de business qui vont à l’encontre du bien-être des chiens ? »

En France, dans les salons du chiot, 250 animaux environ sont vendus chaque week-end, « mal socialisés et souvent livrés avec leur lot de maladies. De plus, le prix élevé sous couvert d’une inscription au Livre des origines français (Lof) est un argument fallacieux car cela n’est pas un gage de qualité , assure la présidente de la Cedav. Il n’y a en effet aucune vérification des géniteurs, les chiots peuvent être issus d’autres parents que ceux indiqués et les dates de naissance peuvent être changées, car plus un chiot est petit, mieux il se vend. » Plus grave encore pour elle : ces achats compulsifs amènent à de nombreux abandons chaque année.

« Le vétérinaire ne doit pas être complice »

L’éleveuse reproche également une carence des contrôles des DDPP et le fait que certains vétérinaires aient géré ou gèrent encore la vente de chiots issus de grands élevages en animalerie. « Le comportement de certains vétérinaires n’est pas représentatif de tous, mais cela contribue à diffuser une mauvaise image de la profession, censée être la garante du bien-être des chiens, a expliqué Françoise Martin. Cela va en effet dans le sens du stéréotype du praticien intéressé par l’argent et qui s’enrichit sur le dos des animaux, ou qui est complice de la maltraitance animale. »

Pour se détacher de cette image, l’éleveuse invite les vétérinaires à « faire réfléchir les futurs propriétaires à l’achat d’un chiot, qui n’est pas un objet de consommation, à déconseiller les salons du chiot, les animaleries ou autres intermédiaires, et à encourager la vente directe dans un élevage présentant l’assurance du bien-être, de la bientraitance des reproducteurs et de l’éveil des chiots. »

Remarque : contactée par nos soins, la Direction générale de l’alimentation n’a pas souhaité s’exprimer sur ce sujet.

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