Une rencontre qui met l’accent sur le dialogue public/privé - La Semaine Vétérinaire n° 1802 du 15/03/2019
La Semaine Vétérinaire n° 1802 du 15/03/2019

SANTÉ ANIMALE

ACTU

Auteur(s) : MICHAELLA IGOHO-MORADEL 

Des chercheurs académiques ont présenté leurs travaux de recherche en santé animale lors d’une rencontre organisée par le Réseau français de santé animale et l’Institut national de la recherche agronomique. L’intelligence artificielle sera au cœur de l’élevage de demain.

Quelles sont les réponses scientifiques aux enjeux actuels en santé animale et plus particulièrement ceux liés aux évolutions des pratiques d’élevage ? Lors d’une rencontre1 organisée le 7 mars à Paris par le Réseau français de santé animale (RFSA), au siège de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), la recherche académique d’aujourd’hui a présenté aux industriels ses solutions pour l’élevage de demain. « L’élevage est remis en cause par des enjeux sociétaux. Nos chercheurs apportent leurs solutions. Les sujets abordés lors de cette séance sont importants pour l’avenir de l’élevage », souligne Philippe Mauguin, directeur général de l’Inra. Alternatives aux antibiotiques et aux antiparasitaires ou encore avancées de l’intelligence artificielle pour un élevage de précision, ces réponses concernent directement la pratique vétérinaire. Jean-Louis Hunault, président du Syndicat de l’industrie du médicament et réactif vétérinaires (SIMV), rappelle d’ailleurs que l’objectif du RFSA est de répondre aux besoins des professionnels de la santé animale.

Réduire les anti-infectieux

Face aux attentes sociétales, le monde de l’élevage opère une profonde mutation de son paradigme pour intégrer des problématiques telles que le bien-être animal. Pour Christian Ducrot (Inra), ces évolutions entraînent un changement de posture scientifique et influencent les thèmes de recherche. Ces transformations sont sources d’innovations pour des approches thérapeutiques différentes. Par exemple, Hervé Poste (Inra-École nationale vétérinaire de Toulouse [ENVT]) a démontré l’efficacité des tanins comme alternatives aux anthelminthiques de synthèse. Il cite notamment le recours au sainfoin, dont l’efficacité in vivo a été testée, pour maîtriser les strongyloses digestives. Toujours dans un objectif d’optimisation de l’usage des antibiotiques en élevage, Alain Bousquet-Mélou (Inra-ENVT) a insisté sur la nécessité de « contribuer autant que faire se peut à un maintien du contrôle par la thérapeutique des infections bactériennes chez les animaux tout en supprimant l’impact négatif sur les flores ». Pour cela, il préconise le recours aux antibiotiques écocompatibles, actuellement disponibles. L’objectif étant de diminuer la pression de sélection sur le microbiote intestinal lorsqu’un antibiotique est utilisé. « Il est question aussi de réduire la pression des antibiotiques sur les écosystèmes bactériens dans l’environnement. Les vétérinaires pres cripteurs doivent s’interroger dans leur pratique sur l’impact sur l’environnement des antibiotiques utilisés », a-t-il ajouté.

Des outils pour évaluer le bien-être

La recherche académique se tourne aussi résolument vers la mise en place d’outils de diagnostic ou de monitoring du bien-être des animaux. Fabrice Laurent (Inra) a présenté des outils pour tester l’efficacité de nouvelles molécules antiparasitaires, tels que des systèmes de fluorescence pour repérer le parasite recombinant dans le cas d’une coccidiose aviaire. L’intelligence artificielle permet aussi de surveiller en temps réel des émergences et aide à la prise de décision pour la gestion sanitaire de l’élevage. « En utilisant les données en temps réel, on peut travailler à la reconstitution de l’historique des infections et reconstituer le scénario de transmission le plus probable d’un élevage à un autre. Ces informations sont importantes pour la prise de décision pour la mise en œuvre de mesures de biosécurité », a souligné Jean-Luc Guérin (Inra-ENVT), qui a présenté un outil de séquençage de 3e génération. D’autres projets souhaitent également mêler les expertises académique et industrielle, pour aller vers une thérapeutique de précision et la détection précoce des maladies, tels que le projet PigletDetect pour les porcelets en post-sevrage, présenté par Didier Concordet (Inra-ENVT), ou encore le consortium Stemah, qui veut créer de nouveaux outils d’aide à la décision à destination des acteurs de la santé animale.

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